ÉPURATION

 

 

 

 

Ces différents éléments sont extraits de ces livres: , et .

 

    Au cours de l'année 1945 la cour de justice de Caen prononce treize condamnations à mort, dont cinq par contumace, quinze condamnations aux travaux forcés à perpétuité et cent pour une durée limitée. Les peines de réclusion s'élèvent à 44, celles de prison à 209; deux peines d'amendes sont infligées. Le pourcentage des acquittements est de 19 %.
La chambre civique décide de 256 dégradations à vie et de 403 pour des durées limitées. Il y a quarante réhabilitations, ce qui donne un pourcentage d'acquittements de 32 %.

Fin septembre 1944, ouverture de deux camps d'internement pour le Calvados à Sully et à Bonneville-sur-Touques. Fin novembre: respectivement 251 et 200 internés. Fin novembre, fermeture du camp de Sully. Fin décembre, 300 internés à Bonneville-sur-Touques.

Source. Tableau de Stella L M Schmolle. Des collaborateurs derrière des barbelés à Vaucelles. Vaucelles est la commune limitrophe au Sud de Sully.

Pierre Cornières

En novembre 1947, le tribunal militaire de la IIIe Région de Rennes jugeait un agent de la Gestapo de Caen, Pierre Cornières. Il s'était engagé en 1941 dans la G.F.P. avant de partir travailler en Allemagne au titre du S.T.O. Devenu mouchard de la Gestapo, il dénonçait et pour chacune de ses délations, ainsi qu'en attestait son carnet, il percevait une prime. Il aimait également à se faire passer pour un lieutenant de la Feldgendarmerie ou un officier de la Gestapo. Il fut condamné à cinq ans de prison et 12 000 francs d'amende.

 

Six membres de l’Université de Caen sont sanctionnés.

 

Le commissaire de police caennais muté à Brest à l’automne 1941est condamné à sept années de travaux forcés pour intelligence et relations cordiales avec l'ennemi; son successeur, bien que parti en retraite en 1943, est condamné à quinze ans d'indignité nationale par la cour de justice de Quimper le 7 septembre 1945. Le chef de la sûreté de Caen écope de trois années de prison, bien qu'il ait tenté de justifier son action par son obéissance aux ordres de ses supérieurs.

 

  Un rapport des renseignements généraux de Caen rédigé en novembre 1946 faisait état de 3 révocations, de 4 mutations d'office, de 4 rétrogradations et de 2 sanctions internes pour les policiers de l'arrondissement de Caen.

 

Au début de l'année 1945, Pierre Philippe, ancien vice-président du tribunal civil de Caen, était interné avec son épouse au camp de Bonneville-sur-Touques: quelques mois plus tard, tous deux étaient condamnés à cinq ans de travaux forcés pour fréquentation suivie des Allemands. et propagande pour l'occupant. En octobre 1945, la cour de justice du Calvados infligeait cinq ans de travaux forcés à Gastebled, vice-président du tribunal civil, lequel s'était illustré par des « sentiments germanophiles très éprouvés» et avait « attiré l'attention des Allemands sur certaines personnalités caennaises ». Seul le procureur de la République Demongeot était condamné à trois ans de prison.

 

Condamné par le Comité de confiscation des profits illicites du Calvados à plus de 4,5 millions de francs de confiscation et d'amende en 1945, un cafetier caennais dont le fonds a été détruit par les bombardements voit sa somme ramenée à 2,2 millions de francs par le Conseil supérieur de confiscation des profits illicites en 1947. Il considère qu'il a été condamné sans preuve et sur la foi d'accusations « mensongères, calomnieuses et fantaisistes ». Il ajoute: « Après ma démobilisation en 1940, je trouvais les Allemands installés dans mon établissement. Je ne pouvais guère qu'accepter le fait accompli, encore heureux d'avoir obtenu l'autorisation de recevoir de la clientèle civile. Les Allemands sont donc venus consommer dans mon établissement. Si ce fait doit être considéré comme un acte de collaboration, tous mes confrères limonadiers doivent être inculpés. » Malgré ces arguments, la somme est maintenue, sa demande de remise est rejetée ainsi que sa demande d'amnistie en 1951.

 

   Le 10 février 1945 (le 12 selon une autre source), Pascal Bellanger, négociant en fruits à Riva-Bella, collaborateur économique  « le roi du Camembert »  et indicateur de la Gestapo est fusillé dans la cour du château de Caen.

    Evasion de quatre-vingts détenus politiques de la prison de Caen en novembre 1947.

 

EPURATION DE LA PRESSE

à partir de

En application de l'Ordonnance (Code Pénal) du 5 mai 1945 relative à la poursuite des entreprises de presse, d'édition, d'information et de publicité «coupables de collaboration avec l'ennemi» une inculpation a été ouverte, après la Libération, à l'encontre des journaux parus à Caen durant l’occupation.

Les 14 et 15 décembre 1945, devant la Cour de Justice du Calvados comparaît A.M., rédacteur en chef de l’hebdomadaire Le Bonhomme Normand prévenus libres et comparaissant ès-qualités sont trois administrateurs de ce journal.

Verdict : A.M. est relaxé mais frappé d'indignité nationale et radié de la Légion d'Honneur. La Société du Bonhomme Normand est dissoute et ses biens sont confisqués.

Un mois et demi plus tard, les responsables de La Presse Caennaise sont au banc des accusés devant la Cour de Justice du Calvados. P.A est mis hors de cause mais le gérant M.C. est accusé d'avoir laissé imprimer sur les presses qu'il dirige un journal à tendance collaborationniste. Selon les termes de l'accusation, M.C, gérant-administrateur et M.C-V., rédacteur en chef, sont inculpés de trahison et de publication d'articles «nettement défaitistes et collaborationnistes» durant l'occupation allemande.

Verdict : le gérant-administrateur est frappé de dégradation nationale et acquitté ; le rédacteur en chef est condamné à un an d'emprisonnement et à la dégradation nationale. Détenu depuis dix-huit mois, il est immédiatement libéré. L'Imprimerie Centrale de Basse Normandie est dissoute et une partie du patrimoine de
La Presse Caennaise sera confisquée.

Les 12 et 13 février 1946, devant la Cour de Justice d'Ille-et-Vilaine à Rennes, comparaissent P.A., directeur de L'Ouest-Eclair, J.C; directeur politique du journal et A.C, éditorialiste. J.H., dont le cas est disjoint n'a pas pu être entendu; H.J., rédacteur en chef, a obtenu un non-lieu et F.R., gérant, a obtenu, lui aussi, un non-lieu.

Verdict : P.A est acquitté du chef d'inculpation à atteinte à la sécurité extérieure de l'Etat mais frappé de dix ans d'indignité nationale. J.C, est condamné à deux ans de prison et frappé d'indignité nationale à vie. A.C. est condamné à deux ans de prison et frappé d'indignité nationale à vie. La Société « La Presse Régionale de l'Ouest» est dissoute et ses biens seront confisqués dans la proportion de 50 %.

Trois mois plus tard, devant la Cour de Justice du Calvados, trois des responsables du Journal de Normandie sont au banc des accusés : P.L., président-directeur de la «Société Anonyme des Journaux et Imprimeries de Normandie» (S.A.J.I.N.), R.G., directeur d'origine du journal et R.-G.N., directeur administratif et rédacteur en chef du journal. Trois autres devraient être à leurs côtés, J.L., P.B., et G.P., mais ils font défaut et ne pourront être jugés que par contumace.

Verdict : un arrêt de la Cour de Justice du 3 mai 1946 a condamné le Journal de Normandie et la S.A.J.I.N. à la dissolution et à la confiscation de 25 % du patrimoine commun. Les trois inculpés ont été acquittés ainsi que J.L. Jugés par contumace, G.P. et P.B. sont respectivement condamnés à cinq ans de travaux forcés et à dix ans de réclusion. Observation faite que ces deux derniers ont été également acquittés après leur représentation. Détenu depuis vingt-deux mois, R.-G.N. a été immédiatement libéré. Il est à signaler que R.-G.N. n'a pas du tout été frappé d'indignité nationale et que, huit jours après son acquittement, il a été invité à rédiger Liberté de Normandie, organe quotidien du Comité de Libération.

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Lire le procès du Commissaire François Charroy par le Télégramme de Brest. Il avait quitté Caen le 28 octobre 1941 .

 

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