N'AYEZ PAS PEUR, LA BARAQUE EST SOLIDE...

Madame CAZIN a, tout au long de la bataille, participé aux dangereux secours organisés par les Equipes d'Urgence.

 

             Mon père (Note de MLQ le colonel Besnier), ancien officier de la Grande Guerre avait été désigné pour organiser un éventuel centre d'accueil au Bon Sauveur. Le 6 juin vers 13 h, les premières bombes tombent sur Caen. Il rejoint son poste et je pars avec lui, car j'avais été également affectée au B.S., comme Equipière d'Urgence.

            Je n'étais pas fière... en entendant les avions au-dessus de nos têtes... Mon père me dit: «Tant que tu es avec moi, tu ne crains rien, j'ai toujours eu la baraka !».

Mon frère, 16 ans 1/2 de son côté rejoint son poste aux Equipes Nationales, avec lesquelles ils avaient été, une quinzaine de jours auparavant aider les pompiers à éteindre le gigantesque incendie de Rouen provoqué par un terrible bombardement... Ils en étaient revenus les visages noircis et boursouflés.

            Je rejoins l'Equipe d'Urgence dirigée par Chantal NOBECOURT (Mme RIVIERE) formée de «guides» aînées et de cheftaines... Nous sommes employées à diverses taches de secours et... d'hygiène.

            Une dame très âgée aujourd'hui me disait récemment:

 "Oh ! vous ! vous êtes associées dans mes souvenirs, à l'idée de saleté !!"

            L'eau que nous distribuions pour les toilettes était en effet bien minime : La valeur de deux pots de confiture !

            Nos camarades mirent une demi-journée pour extraire des gravats des ruines de la clinique de la Miséricorde (rue des Carmes) la fiancée d'un des nôtres...

            Chaque nuit deux Equipières d'Urgence étaient envoyées dans l'église Saint Etienne pour être disponibles auprès des réfugiés.

            Je n'y ai passé qu'une nuit de garde, avec une amie, le 13 juillet je crois, après les arrivées, le 9, des Canadiens dans Caen... mais les tirs de l'artillerie allemande continuaient sur Caen... Les murs de l'église résonnaient fort, l'abbé LENORMAND (vicaire à l'époque) sortit de la sacristie où il dormait pour rassurer... et dit :

«N'ayez pas peur, elle est solide la baraque».

            Pour réconforter les gens, nous nous étions munis, ma camarade et moi, d'une bouteille de Calvados que nous avions déposée soigneusement au pied de la chaire. Quand les tirs se sont arrêtés, la bouteille avait disparu.

            Mon père dirigeait le centre du Bon Sauveur. Parmi les réfugiés, il y avait des religieuses de la Charité. L'une d'elle vient un soir lui dire :

"Mon colonel, il faut nous donner un homme pour dormir avec nous. Nous avons si peur."

 

            Témoignage paru en juin 1994 dans la brochure

         ECLATS DE MEMOIRE

TEMOIGNAGES INEDITS SUR LA BATAILLE DE CAEN
recueillis et présentés

par Bernard GOULEY et Estelle de COURCY
par la Paroisse Saint Etienne de Caen
et l’Association des Amis de l'Abbatiale Saint Etienne

 Reproduit avec leur aimable autorisation

 

Une autre anecdote rapportée par Mme CAZIN (Mlle Jeanne-Marie BESNIER):

 

        Le 18 juillet, l’heure du couvre-feu étant légèrement dépassée, j'avais depuis quelques jours réintégré mon domicile, au 3 rue du Carel, pour y dormir (le propriétaire était M. Luc WAVELET, pâtissier traiteur), étant en retard, j'accélère le pas et sors rapidement de la cour d’honneur en franchissant la grille. Arrivée au tournant de la rue du Carel j'entends une forte déflagration derrière moi. Le lendemain matin, je constatais que la grosse boule en pierre surmontant le pilastre gauche de la grille avait été projetée à terre par un obus allemand, juste à l’endroit où j'étais passée la veille au soir ! ! !

Repérage de la boule.

        Quelques jours après cette boule fut roulée jusqu’au 3 rue du Carel par un membre de la famille WAVELET et mise en valeur sur un socle au milieu du jardin. Monsieur LOISON, qui succéda à M. WAVELET, transporta cette fameuse boule à Ouistreham, sans doute en 1978, lorsque les bâtiments de la rue du Carel furent abattus pour laisser la place au Conservatoire régional de musique.

     Depuis elle a trouvé sa place au pied de la « Maison » Loison à l’entrée de Ouistreham.

 

    Cette pierre est historique et demande à être conservée.

 

Traiteur Loison, 76 rue Emile Herbline à Ouistreham.

 

Remerciements à Vincent Cazin.

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