ANDY'S ALLEY

 

Cette dénomination apparât dans plusieurs documents:

1- pages 394 et 395 de ce . "Le 3 août. Au pont Churchill à Caen, Bulldozer et Scraper canadiens achèvent de dégager une longue artère toute droite qui reprend au début le tracé de la rue de la Marine, et se prolonge maintenant jusqu'au Boulevard des Alliés. Les pierres et les gravats servent à la confection du by-pass et à combler les trous de bombes, c'est la "rue sans nom".

Le 4 août. Face au pont Churchill, "la rue sans-nom" est ouverte par la 23rd Field Cie RCE, et elle est baptisée du nom du lieutenant Anderson, du QG du génie Royal canadien (RCE) de la 1st Army: "Andy's Alley". Un panneau de quatre mètres carrés est planté à chaque extrémité de l'avenue, en lettres rouges bordées de blanc, style bandes dessinées, sur fond bleu du Génie, ponctué dans les angles du signe tactique de l'unité et de la feuille d'érable sur losange rouge et bleu de la 1st Canadian Army (Note de MLQ: cette description correspond au 2nd Canadian Corps ). Andy's Alley draine efficacement les rues dégagées venant du Nord et de l'Ouest, et les pistes de "Cross-country" où ne passent encore que les engins chenillés."

2- Une photo page 417 de ce .

 Le lieutenant Cronyn de London (Ontario) et le Major Mc Tucker de Montréal ouvrent l'Andy's Alley, le 3 août 1944. Cette photo fait la couverture du livre de John Slitz "The Storm Boat Kings The 23rd RCE at Arnhem, 1944".

3- Dans ce livre pages 193 et 194: "Le Génie Allié, construit à l'emplacement du pont des Abattoirs - auquel plus tard sera donné le nom de « Pont Churchill» - une voie nouvelle, laquelle, rectiligne, passait à travers les ruines de ce qui fut la place d'Armes, les rues Nationale et Singer et le Monastère de la Miséricorde, pour déboucher boulevard des Alliés, à proximité de la Tour Leroy. Cette nouvelle artère caennaise permettait de relier directement le Centre-Ville à la rue d'Auge, parallèlement à la rue St-Jean. Elle fut baptisée « Andy' s Alley» par ses créateurs, puis élargie après la fin de la guerre, elle devint... l'actuelle avenue du Six-Juin."

D'une façon indirecte dans d'autres témoignages:

4- dans le témoignage du père  Léandre Perdrel

"Le matin du 4 août, je vais à la Miséricorde pour essayer de retirer le corps du père Bocquene, compatriote. Il a été, paraît-il, retrouvé par les Canadiens lorsqu'ils ont tracé la route."

5- dans le témoignage d'une soeur de la Miséricorde

"Nos Sœurs vont ainsi jusqu'à la Chapelle. Quel spectacle ! Ce sont les pierres de notre belle Chapelle qui servent à encaisser la route."

Pour mieux comprendre, deux photos des Archives municipales de Caen

Photo de l'Andy's Alley où circule un camion Opel réquisitionné par les Alliés.

Sur les ruines de la clinique de la Miséricorde, trois croix blanches ont rappelé longtemps le sacrifice des Equipiers d’Urgence et Nationaux.

 

6- dans son livre "La batille de Caen" Joseph Poirier 3ème adjoint au maire, directeur urbain de la Défense Passive indique:

"5-6 août. La préparation anglaise s'achève. Ce ne sont que défilés ininterrompus de milliers de chars, de camions, de tracteurs, ce ne sont que camions de troupes canadiennes, polonaises, anglaises. De nouveaux ponts sont jetés sur l'Orne. Des rues sont faites au milieu des décombres, des routes d'accès sont tracées. En quelques jours un travail de géant est fait... et les divisions de troupes fraîches ne cessent d'arriver."

7- dans ce livre page 63:

"Avec de gigantesques pelles mécaniques appelées « bulldozers », ils dégagent la rue Saint-Pierre, le boulevard des Alliés, les quais et la rue Neuve-du-Port d'une part, la rue Saint-Jean, la rue Singer et la rue de la Marine d'autre part. Ils ouvrent enfin une voie nouvelle entre la rue de la Marine et le boulevard des Alliés, « la rue sans nom ». Toutes ces artères convergent vers le pont Churchill qui remplace le pont des Abattoirs. "

8- dans ce livre page 98:

McNAUGHTON ANDREW, Moosomin (Canada) 1887- Montebello (Canada) 1966.

Il participe à la Première Guerre mondiale; en 1918, il commande l'artillerie canadienne. Après avoir présidé en 1935 le Conseil national des recherches, il commande l'armée canadienne en 1939. L'échec de Dieppe l'amène à démissionner en 1943. Il devient ministre de la Défense nationale en 1944. Une rue sans nom est ouverte par les Canadiens de la 23e Field Company à travers les ruines de la ville de Caen: elle est nommée en hommage à ce général canadien commandant la 1ère armée canadienne et surnommé Andy. Selon des sources canadiennes, cette dénomination serait en hommage à son fils. L'Andy's Alley devient ensuite l'avenue Triomphale avant d'être définitivement dénommée avenue du 6-Juin-1944 en 1951.

9- dans ce livre page 284:

"Andy's Alley" (nommée d'après le lieutenant A. B. Anderson du Headquarters R.C.E. 1st Canadian Army Troops ). C'est une nouvelle rue, ouverte directement à travers les décombres des bâtiments détruits  entre la rue du Vaugueux et la rue de la Marine, pour collecter le trafic venant de l’Est du château en direction du Sud de la ville. Elle fut inaugurée le 4 août 1944 et construite par le 23rd Field Coy, RCE . En plus, une carte et une photo, voir ci-dessous:

Source .

Source .PA-190015 le 4 août 1944.

A partir d'une photo aérienne de Caen avant la reconstruction tracé de l'Andy's Alley entre la rue de la Marine et le boulevard des Alliés en passant sur les ruines de la Miséricorde, ainsi que le futur tracé de l'avenue du 6 juin.

AGRANDISSEMENT

Sur plans: à gauche avant guerre, à droite de nos jours.

Photos aériennes: à gauche avant juin 1944, source: ce livre à droite fin 1944.Source IGN.

Le débouché d'Andy's Alley, Bd des Alliès, vu de l'église Saint Pierre, voir ci-dessous:

Source. Le photographe est sur le toit de l'église Saint-Pierre, le débouché de l'Andy's Alley sur le boulevard des Alliés.

Photo RAF du 2 octobre 1944.

Photo Delassalle. L'Andy's Alley parallèle au Bassin Saint Pierre coupée par la rue des Carmes. A gauche, l'ancien grenier à sel (puis Douanes), quai Vendeuvre.

Photo colorisée, fonds Romain Stepkow. L'Andy's Alley le long du Bassin Saint Pierre. Le bâtiment à gauche est le couvent des Carmes.

Le débouché de l'Andy's Alley sur le boulevard des Alliés, à gauche en arrière-plan sur le quai la Londe le Marché en Gros dans le hangar Allainguillaume.

La rue qui reprend le plus le tracé de l'Andy's Alley est la rue de la Miséricorde et non l'avenue du 6 juin. Pourtant ce n'est pas ce que "l'histoire" a retenu, quelques exemples:

- selon le Mémorial de Caen
L’avenue du 6 juin est d’abord percée par les Canadiens qui entrent dans la ville en ruine en juillet 1944. Ce qui n’était qu’un passage d’urgence ouvert avec un bulldozer et servant à pénétrer plus rapidement dans Caen a ensuite été réutilisé par l’architecte de la reconstruction Marc Brillaud de Laujardière , reprenant ainsi un projet d’axe central datant des années trente. A sa reconstruction, la zone marécageuse et malsaine d’avant-guerre deviendra la « voie triomphale » avant d’être finalement nommée avenue du 6 juin. Ornée des six immeubles « Tours Marine » (du nom d’une ancienne rue du quartier Saint Jean), l’avenue du 6 juin trace une perspective monumentale des rives de l’Orne vers le château des ducs de Normandie.
Dans les premiers temps de la Libération de Caen, l’avenue du 6 juin fut baptisée Andy’s Alley (« l’allée d’Andy ») par les Alliés, du nom du soldat qui conduisait le bulldozer ayant percé la voie d’accès à la ville
. (sic !)

- dans ce livre page 31:

Caen présente la particularité d'avoir un quartier central nettement plus étroit que les parties nord et sud de la ville entre lesquelles il fait la jonction. C'est le quartier, ou mieux: l'Ile Saint-Jean, resserrée entre le port et la Prairie, vaste espace inondable que nul n'envisage sérieusement de bâtir. Au nord, sont les quartiers de l'activité commerciale et des institutions publiques (préfecture, hôtel de Ville, palais de justice, université); au sud, rive droite, les quartiers d'où partent les routes vers: Rouen, Paris et Le Mans et où est située la gare. Or seule la rue Saint-Jean a relié vraiment ces deux parties de la ville jusqu'à l'été 1944, les projets pour la doubler d'une «voie centrale» n'ayant jamais été menés à bien.

Et voilà que, pour pouvoir facilement et rapidement faire traverser à leurs convois le champ de ruines qui s'étend au centre de Caen, les armées alliées ont non seulement dégagé la chaussée de la rue Saint-Jean, mais encore l'ont doublée à l'est d'une voie nouvelle tracée à travers les ruines, l'Andy's Alley de leur argot militaire, cependant qu'à l'ouest ils esquissaient un contournement de la ville par une route aménagée sur des remblais mordant sur la Prairie. Brillaud de Laujardière reprend à son compte le projet de Danger et la voirie d'urgence tracée par les bulldozers du génie anglo-canadien. Mais dans sa pensée imprégnée de l'histoire ancienne et présente, la «voie centrale» esquissée par Andy's Alley devient la «voie triomphale» qui mène au château des ducs de Normandie, réapparu au milieu des ruines…

- dans cet article:

La guerre a eu pour effet d'imposer pour ainsi dire une nouvelle artère maîtresse, qui, dans l'ancienne île Saint-Jean totalement détruite ( l'église Saint-Jean subsiste. atrocement mutilée), supplantera la rue Saint-Jean;les armées alliées, après le débarquement et la conquète de Caen en ruines, ont, en juillet 1944, déblayé, par des moyens mécaniques d'une puissance jusque-là inouïe, une avenue, l' "Andy's Alley", allant, parallèlement à la rue Saint-Jean à peu prés et plus à l'Est, de l'Orne aux abords de Saint-Pierre (il n'y avait sur son tracé que des tronçons de rues) : rectifiée et élargie, prolongée jusqu'au pied du Château, ce sera la grande voie qui conduira du quartier de la Gare au coeur de la ville (et à la nouvelle Université qui doit s'édifier au Nord du Château et peut-étre aussi sur celui-ci).

- et même sur le site de la ville de Caen:

L'avenue du Six-Juin

Les armées alliées ont tracé à la Libération une voie nouvelle à travers les ruines, l'Andy's Alley . Brillaud de Laujardière reprend à son compte cette voirie d'urgence qui se trouve correspondre aussi à un projet d'avant-guerre de "voie centrale". Elle devient la "voie triomphale" qui mène au château des ducs de Normandie, socle d'un monument-mémorial de la victoire et de la paix et lien avec la nouvelle université grâce à une grande porte monumentale percée dans le rempart. A son autre extrémité, au-delà de l'Orne et de la gare, la "voie triomphale" devait gravir en lacets reliés par des escaliers monumentaux les hauteurs de la rive droite pour gagner la sortie de Caen vers Paris...
Ce plan suscite des oppositions d'où des modifications et des inachèvements, intervenant au long des années de réalisation. Le plan de la place de la Résistance, tronçon central de l'avenue du Six-Juin est une solution de compromis. Le projet d'escaliers monumentaux et de monument-mémorial qui devait en axer la perspective est abandonné. Le prolongement de l'avenue du Six-Juin sur la rive droite n'est pas non plus réalisé. Le contournement nécessaire du château vers la route des plages provoque la destruction de maisons restées intactes de l'ancien quartier du Vaugueux. Cependant la perspective depuis les tours "Marines" vers le château garde à l'avenue du Six-Juin son aspect de voie monumentale.

 

Remerciements à: Patrick Elie, Barry Miller, François Robinard, Michaël Biabaud et Romain Stepkow.



RETOUR SOMMAIRE