RESISTANCE
Raymond CHATELAIN (1921-1944)
Raymond Châtelain, né le 31 juillet 1921 à Savigny-sur-Braye (Loir et Cher) avait été candidat à Saint Cyr ; seules les circonstances l’empêchèrent d’embrasser la carrière à laquelle il aspirait. Professeur d’anglais et d’allemand au collège d’Honfleur en 1940, il entra au Contrôle des prix.
Membre dess
Équipes
d’Urgence
et engagé dans les F.F.I.
.
Il est cité dans
le témoignage de
Mme Laberthe
femme
de
Jacques Laberthe, co-directeur du Centre d'Accueil N°1
des Petites Sœurs des Pauvres,
sur
les hauteurs de Vaucelles,
à l'angle du Boulevard Lyautey et de la rue Porte Millet et dans le
livre de René Streiff, responsables des
Équipes
d’Urgence
des lycéens Malherbe.
"
Ce 9 juillet (le jour de la libération de
la rive gauche), arrive au Centre d'Accueil, Châtelain,
officier de la
Résistance, qui revient d'une mission au
MANS
en compagnie de M. Jean Renard, chef de cabinet de M. Cacaud ;
bloqué par la rupture des ponts, il s'est joint à notre équipe. Il parle
admirativement allemand et va plus d'une fois nous tirer d'affaire,
très vite nous comprendrons de quelle trempe il était.
Le 12 juillet, dans la soirée, une voiture
allemande à toit ouvert, remonte la grande allée jusqu'au perron. Un officier
est debout dans la voiture, l'arme au poing. II descend et demande une ambulance
avec deux ambulanciers pour aller relever un grand blessé entre les lignes.
Châtelain parlemente avec l'officier. II est
volontaire ainsi que l'ambulancière Mlle de Veye et le brancardier Fontaine. Ils
seront assez longtemps à revenir. Le blessé, un S.S.
très décoré,
était au fond d'un trou de bombe près du pont de Vaucelles. Chaque fois que les
Allemands tentaient d'aller le ramasser, les soldats leur tiraient dessus de la
rive d'en face. Nos ambulanciers, debout avec un
brancard, casque blanc sur la tête, allèrent le chercher sans essuyer de tir et
le conduisirent au premier poste sanitaire allemand à 4 ou 5 kilomètres derrière
les lignes. L'officier S.S. les remercia
chaleureusement. Châtelain en profita pour lui demander que les S.S. ne nous
volent pas notre dernière ambulance et nous laissent tranquilles remplir notre
service. Surtout il avait pu constater ce qu'il voulait savoir, la rue de
Vaucelles et la rive de l'Orne étaient vides de tout soldat allemand. Cette
petite expédition avait permis à Châtelain de repérer les rails du tramway qui
subsistaient, soutenus par une pile du Pont de Vaucelles restée intacte, et qui
pouvaient permettre de passer sur l'autre rive.
Les ruines du pont de Vaucelles avec les rails du tramway, à gauche côté rive droite, à droite côté rive gauche.
C'est là que le 15 juillet il traversa l'Orne avec Gilbert Détolle et Quedeville et rencontra le premier PC canadien à la Banque de France, rue Saint Louis.
Le 18 juillet 12H00, quinze "Johns" du lieutenant Bergeron, qu'accompagne fidèlement le sous-lieutenant FFI Raymond Châtelain, franchissent le pont de Vaucellesen attirant le feu des Allemands. Un "John" est tué, les autres sont dans l'immeuble en ruine de l'angle de la rue de Vaucelles, soutenus par les tirs de mitrailleuses Vickers.
Châtelain gagne le milieu du pont, les gars de Bergeron le couvrent au FM
Bren et avec un petit mortier
de 2 pouces.
Châtelain est passé, il atteint l'éboulis du
Monument de 1870
(Le Monument aux morts de la
guerre de 1870, appelé les Mobiles à l'entrée du Quai de Juillet, place du 36e
RI) et, de nouveau,
il s'en détache, tandis que les Camerons Highlanders of Ottawa de
la Cie D du bataillon de soutien ajustent leur tir sur les mitrailleurs
allemands marqués par de la fumée blanche.
15H00. Un tir
allemand de contre-batterie s'abat sur les Camerons
de la Cie D au
cimetière
Saint-Gabriel. Bergeron demande du renfort qu'il est impossible de lui
offrir tant que les Allemands balaieront le pont et le
quai de
Juillet de leurs mortiers et
MG, interdisant aux pionniers un remblaiement
suffisant pour la troupe puis les
Bren Carrier
régimentaires. Châtelain et Bergeron décident alors de "bricoler" les brèches du
milieu du pont de Vaucelles avec des moyens de fortune. La densité des tirs
croisés augmente encore et c'est maintenant une folie que de vouloir s'aventurer
sur les piliers du pont. Néanmoins, Châtelain passe et repasse bravement en bondissant, mais
l'inévitable rafale le tue net .
Pour commémorer le sacrifice de Raymond Châtelain, la Caserne des F.F.I. rue Grusse fut baptisée "caserne Châtelain" le 4 août 1944.
Source. La caserne de la Scamaroni, 1 rue Grusse. De nos jours.
Une plaque en son honneur sera inaugurée en juillet 1967 à l'angle du quai Eugène Meslin et du pont de Vaucelles, le long des quais de l'Orne.