Les carrières de la Maladrerie

Témoignage de Gérard MANGNAN paru dans ce livret pages 31 à 42.

ajout MLQ

La famille Mangnan originaire de Bretagne, habite Caen-la-Maladrerie depuis 1930. Thomas Mangnan, le chef de famille est agent de police, et élève avec sa femme Mélanie, quatre garçons : Roger né en 1926 , Gilbert en 1928, René en 1935 et moi Gérard en 1937. Durant l'occupation allemande la famille habite au 164, rue Général Moulin.

Photo collection François Robinard. Habitation Mangnan.

En 1944, j'avais 7 ans. Je me souviens encore des actes et des tristes événements qui se sont déroulés sous mes yeux pendant l'occupation allemande. A la Maladrerie une nouvelle s'est répandue : « Ils ont débarqué ». C'était le 6 juin 1944.

Un ballet incessant de camions, chars Panther, engins divers manoeuvrent dans la Maladrerie et prennent la direction de Bayeux. D'ailleurs un char Panther s'arrête devant notre maison, deux ou trois Allemands en descendent et avec des haches vont couper des branches du lilas situé près des étables de la grand-mère Madame Cauvet, camouflent leur engin et après avoir bien massacré cet arbre, ils disparaissent vers Rots. J'entends encore le crissement des chenilles de ces redoutables machines.

Ce n'était pas la première fois que l'on voyait de telles manœuvres, mais pas avec autant de chars. Des forteresses américaines (des B17 ) en mai et juin 1944 viennent bombarder le terrain d'aviation de Carpiquet. Elles sont assistées de Spitfire pour les protéger de la D.C.A. allemande et les ramener, tant bien que mal en Angleterre.

Localisaation

Durant ces multiples attaques par avions, je garde encore en mémoire ce Spitfire, atteint par la D.C.A. ennemie, exploser, tournoyer dans le ciel et s'écraser à quelques kilomètres de la base. Gilbert prend son vélo quelques heures plus tard et veut voir ce chasseur anglais. Bien sûr il sera refoulé par l'armée allemande mais constate que de cette carlingue calcinée, deux hommes brûlés sont étendus sur le sol, près de leur avion, d'où ils ont été extirpés.

Tous les jours, ou presque, le ciel est sillonné d'avions anglais et américains, surtout par d'énormes forteresses qui vont pilonner l'Allemagne. Nous ne les entendons pas, mais les chiens de la ferme de Lavieille sont les premiers à nous en avertir, bien avant les sirènes allemandes.

Ces forteresses , des centaines, peut être des milliers volent très haut, à 5 ou 6 000 mètres au-dessus de nos têtes et déclenchent le réveil de l'artillerie allemande. Certains jours, une ou deux de ces machines volantes sont touchées et les aviateurs sont obligés de sauter en parachute, parfois à la dernière minute lorsque l'appareil est en feu. Un soir, nous apercevons, très haut, un parachute en flammes descendre très vite. L'aviateur tente de se libérer de sa torche, il n'y arrive pas, alors il ouvre son parachute de secours qui à son tour prend feu. Nous sommes impuissants à ce drame et toujours la D.C.A. tire sans cesse sur les avions et sur les hommes en détresse !

Pendant une attaque, une automitrailleuse s'est réfugiée le long de notre maison et donne son maximum de tirs. Ma mère n'a pas le temps de fermer la porte nous sommes à l' intérieur, ma mère, René et moi blottis le long d 'un mur. Je vois tomber sur les deux marches qui descendent dans la salle, les douilles de ces infernales machines de guerre. L'automitrailleuse sursaute, les Allemands hurlent et font cracher les armes. Plus loin des canons dissimulés dans la plaine, près de la ferme de Navarro tirent sans arrêt sur les avions. Les sirènes redoublent de puissance. C'est l'enfer et tout s'arrête d'un seul coup après cinq minutes de combat.

Chaque jour nous voyons aussi passer, tirées par des chevaux des charrettes pleines de matelas, vivres, caisses, bidons et parfois, attachées à l'arrière, une ou deux vaches. Des enfants et des femmes sont entassés dans ces charrettes, ils viennent de Rots, Bretteville l'Orgueilleuse et autres bourgades des environs, de Carpiquet, tandis que les hommes tiennent la bride de leurs chevaux lors des croisements avec les engins allemands. Cela nous laisse perplexes.

Pendant ces mauvais moments où sont mes deux frères aînés ? Roger , l'aîné, a 18 ans. Il est mécanicien au garage Studebaker à la Maladrerie. Son patron, Monsieur Lacroix, le connaît très bien pour son ardeur au travail. Aussi il lui donne une voiture à restaurer, en pensant que si, un jour, il y a évacuation à faire, il devra partir en Bretagne, en emmenant ses parents et ses frères. C'est une Renault de l'époque, bonne carrosserie, mais moteur et boîte de vitesses hors d'état de fonctionner. Elle est noire avec des rayures bleues. Pendant des mois et chaque soir, Roger remet donc en état cette voiture. Elle fonctionne à l'essence et il faut en trouver. Les Allemands ont mis main basse sur la station Antar du quartier, c'est la restriction du combustible. Aussi faut-il trouver un autre type d'énergie. Et c'est là, dans ces tristes années d'occupation qu'apparaît le « fameux gazogène » ! La voiture à gazo.

La station service Antar en face de la maison Mangnan. Voir un montage.

Localisation: La station service Antar devant la maison Mangnan (derrière la voiture rouge) avec la borne de l'Octroi de la Maladrerie et à droite l'entrée de la carrière. Pour plus d'explications.

Roger travaillait sur toutes sortes de véhicules du quartier et lorsqu'un véhicule allemand se présentait pour une réparation, il bénissait les dieux, car c'est là qu'il devait prélever un ou deux litres d'essence, à l'insu du conducteur. Le soir vers 19 heures, chaque semaine, il ramène blottie sous sa veste une bouteille remplie de ce précieux liquide. Bien vite cette bouteille va en rejoindre d'autres dans un endroit bien précis. Ce stock sera très utile pour fuir le jour où il le faudra, vers Miniac­Morvan, village breton où il est né, mais hélas, cela n'arrivera pas.

Nous sommes vers le 10 juin, Roger arrive avec sa voiture, le réservoir plein d'essence. Nous sommes tous habillés « en dimanche », disait-on. Nous entreposons les colis, cartons et commençons à nous installer. Nous sommes très heureux de partir vers la Bretagne.

Dans le courant de l'après-midi, il fait beau, des camions allemands passent et se croisent. Notre mère est prise de panique, quelqu'un vient de lui dire que les Allemands mitraillent les voitures de réfugiés. Alors, elle ordonne de retirer tous les colis et cartons de la voiture et nous rentrons à la maison. Nous sommes tous déconcertés. Nous ne comprenons pas. Roger gare la voiture dans le champ de Monsieur Cauvet. Il enlève les roues. La voiture repose sur des grosses pierres.

Quand est venue la décision de descendre dans la carrière ? et qui en a fait le choix ? Je pense à quelques familles de Saint-Germain-la-Blanche-Herbe. Cette carrière, nous gamins du quartier, nous la connaissions et il nous arrivait d'approcher de ce puits. Les énormes poutres surmontées constituaient un portique pour remonter les pierres et cela il y a bien longtemps et nous allongions le cou pour y découvrir un trou sans fin qui nous donne alors bien des frayeurs. Le puits d'accès est en face de la maison Mangnan à 110 m sur la commune de Venoix.

Source: Collection Mme Louisette Berlinguez-Gimonet. Des civils et des Canadiens à l'entrée du puits d'accès de la carrière; juillet août 1944.

Localisation de l'habitation Mangnan et du puits d'accès de la carrière. Source.

Photo François Robinard. On voit bien les deux piles bétonnées qui soutenaient les madriers (les deux autres sont (ou étaient) à l'intérieur du hangar. On ne peut donc les voir et l'espace entre deux est comblé par des pierres de taille de plus petites dimensions.

Bien vite nous quittons ce lieu sordide mais nous y revenions de temps en temps ! Les canons grondent de plus en plus fort. Cette fois-ci mes frères, ma mère et moi, nous sommes conviés à nous présenter à la carrière. Il fait beau, nous sommes le 13 juin 1944, une semaine après le Débarquement.

Des hommes en tricot de peau sont affairés devant le trou béant. Ils ont tous une corde à la main.

Je les connais, ils sont de Saint-Germain-la-Blanche-Herbe : Messieurs Carpentier, Guelle, Deschamps, Berlinguez, Manson. Sur le côté du puits, un lit en fer blanc. On nous fait signe, à René et à moi, de monter dedans. Le lit est attaché par une grosse corde qui est reliée à la poulie de la traverse du portique, et là va commencer notre vertigineuse descente. Nous les deux frères, nous sommes pris d'une peur immense. Il faut enjamber le lit, se coucher bien au fond ou s'asseoir. "Surtout vous ne bougez pas lors de la descente , Compris ?" Tout le monde sait que ce trou fait 27 mètres de profondeur. C'est affreux.

"Source, photo Archives Municipales de Caen", le puits d'accès de la carrière de La Maladrerie.

Le lit quitte le sol, se présente dans le vide. Des voix commandent de partout. Nous sommes pétrifiés. Les mains tiennent les barreaux. Le lit descend. Il est retenu en sécurité par plusieurs cordelettes pour qu'il ne tournoie pas dans le puits. La peur s'efface peu à peu.

Nous descendons sans problème. Je constate l'humidité des pierres et les fougères qui poussent dans les anfractuosités de la pierre, une trappe en pente, creusée dans la pierre qui communique vers l'extérieur. Est-ce une issue de sécurité ? Elle n'est pas très grande, et aussi la fameuse échelle scellée verticalement qui nous suit du haut en bas et qui nous emmène vers l'enfer. Le froid nous surprend. Le carré du ciel diminue à chaque mètre. La corde est bien tendue, rien ne bouge. La descente se poursuit et soudain nous touchons le fond. Descendez !

Dessin au crayon de M. Gérard Mangnan (21 février 2003) représentant le puits principal de la carrière de la Maladrerie, situé à l'angle des rues Général Moulin et Maréchal Gallieni, du 12 juin au 15 juillet 1944.

Des éclats de rires autour du lit. Nous en descendons et nous nous habituons à l'obscurité et reconnaissons nos copains et amis de Saint-Germain qui sont là depuis plusieurs heures.

Ils connaissent les lieux et nous invitent à parcourir les galeries et il y en a ! Ce sont surtout d'immenses salles que l'on a du mal à discerner dans le noir et où on a extrait la pierre par-ci, par-là, et d'immenses blocs dans la masse, soutiennent le plafond. A certains endroits, les pierres suintent du plafond. Elles seront repérées plus tard et sélectionnées pour en faire nos sources en alimentation d'eau potable. Mais il faut creuser le sol et ce n'est pas de la terre. L'organisation se fait dans les heures qui suivent pour savoir où puiser l'eau. Ainsi pelles et pioches agrandissent la cuvette d'eau naturelle, la rendent plus profonde et plus large. Nous en trouvons une autre à plus de 20 mètres et elle aussi augmentera de volume pour satisfaire chacun de nous en alimentation d'eau potable. Parfois certains reviennent avec un demi-seau d'eau rempli, aussi faut-il éviter d'aller tous ensemble aux « Deux Sources » mais prévoir le soir une « expédition » pour être sûr que le lendemain matin nous aurons à disposition quelques litres d'eau pour préparer les repas et la toilette. Quant à la lessive, je n'oserais m'aventurer sur ces corvées, elles devaient êtres réduites au strict minimum ... Nous avons comme compagne, rescapée des bombardements, une poule blanche, une Sussex. « Ce sont de bonnes pondeuses » dit ma mère ... En effet, elle est attachée avec une ficelle de 3 à 4 mètres et rayonne comme nous dans le noir, nous lui donnons à manger bien sûr et nous nous occupons un peu de son sort. Nous ne l'avons jamais remontée mais sûrement mangée !

L'évacuation des eaux usées et autres, ce sera le système « D ». Tout est évacué au plus profond des salles, loin de nos sources alimentaires, cela va de soi.

Mes parents choisissent, grâce à des bougies et à des lampes à carbure, une salle à peu près sèche. Nous marchons presque tous à tâtons, mais par la suite nos yeux s'habituent et l'on a des repères.

De la paille nous est fournie en grande quantité. Nous l'étalons sur une longueur de 7 à 8 mètres. Nous nous retrouvons au pied d'un bloc de pierre, pilier de soutènement, avec Monsieur et Madame Papin et aussi Denise Costil, employée de la ferme Navarro. Ceux-ci ont fui depuis longtemps Saint-Germain, laissant ainsi cette jeune fille de 17 ans à l'abandon.

Photo collection François Robinard. Un pilier de la carrière dans les années 80.

Ma mère voit sa détresse, l'invite à nous suivre dans la carrière. Elle restera avec nous pendant 33 jours à errer dans la pénombre et à sortir parfois. Nous dormons tous les uns à côté des autres, Monsieur et Madame Papin, Denise et nous la famille Mangnan, soit 9 personnes.

En vis-à-vis de nous se trouve la famille Berlinguez, soit 5 personnes et un chien Tommy, qu'il faudra débaptiser et appeler Boby au cas où les Allemands viendraient nous inspecter ... Et ils viendront bien sûr sans notre invitation et à divers moments.

A 20 mètres de nous, dans une autre galerie et un peu plus haut, se trouvent des familles de Saint-Germain-la-Blanche-Herbe. Comme nous ils ont fait leurs lits sur deux rangées, je crois, et ont construit une table immense pour les repas. Nous y retrouvons les familles Carpentier (5 personnes), Guelle (5 personnes plus la grand-mère), Deschamps (4 personnes), Guidot (3 personnes) et Manson (3 personnes).

Nous sommes aux environs de 35 personnes dans cette carrière et il y a des enfants en bas âge de un à deux ans. Madame Papin est enceinte et devra sortir de ce trou pour accoucher « en surface ». Je ne sais pas si c'est avant ou après la mort de Roger , mon frère.

Quelle est notre vie sous ces plafonds humides ?

Photo collection François Robinard. La plafond rempli de stalactites  de la carrière dans les années 80.

Pour nous, les gamins, c'est presque de l'insouciance, on joue dans l'obscurité, on fait des corvées d'eau et on aide à préparer des repas, à éplucher des légumes, écosser les haricots et attendre les adultes ou les adolescents qui reviennent du ravitaillement. C'est très dangereux, non seleument de monter à l'échelle verticale, mais aussi de se procurer de la nourriture. Caen est pilonné, la gare est presque détruite.

La gare SNCF

Dans la rue Général Moulin, les obus pleuvent, les Allemands sont aux abois et résistent, commettent des actes atroces. Mon père qui est agent de Police, grâce à sa tenue de service nous indique ce qui se passe en surface. Des maisons sont écroulées, éventrées et les Allemands s'y adonnent pour piller. Ils ne sont pas les seuls, parait-il. Un jour où il était à son poste de surveillance, à la Banque de France, à Caen, il est obligé de quitter les lieux, les bombes tombent partout Rue Saint-Jean, c'est la grande panique. Il récupère son vélo et rejoint tant bien que mal la Maladrerie. Il est couvert de poussière, passe devant les Allemands et fait un détour pour visiter notre maison. Elle n'a plus de toit, par contre il entend des miaulements et soudain aperçoit « Tunis », notre chat angora, cadeau de Roger, chaton trouvé dans un jardin quelques mois auparavant. Ma mère lui donne ce nom en mémoire de la Tunisie libérée par les troupes de Leclerc , je crois.

Mon père prend alors le chat, le met dans un sac à provision bien ficelé et le descend dans la carrière. A notre grande surprise, il était sain et sauf. Attaché à une corde, «Tunis» a comme copain Tommy ou Boby, attaché comme lui mais à une distance de 8 à 10 mètres. Ce chat est resté une vingtaine de jours dans la carrière. Il en est ressorti en même temps que nous, mais il était devenu très peureux, il ne sait où se cacher dans la maison quand une voiture pétarade, cela doit lui rappeler de tristes souvenirs !. Nous les gamins cela nous amuse. Quel enfer a-t-il dû subir pendant notre absence dans les ruines et que mangeait-il ?

Plus tard mon père ramène une poule et la descend dans les mêmes conditions que notre chat.

Pour le ravitaillement chacun se débrouille. Un membre de chaque famille gravit l'échelle verticale de 27 mètres, se cache des Allemands pendant le trajet qui le mène de la carrière à sa maison et de là il ramène soit des légumes de son jardin, un lapin mort ou vif, des conserves ou des pommes de terre trouvées, je ne sais où, de la farine ce qui était assez rare. Parfois, mon père ramenait du pain et du lait en boite pour les petits Guelle. Par quel moyen ? Peut-être que l'uniforme de gardien de la paix y était pour quelque chose.

Un jour, Gilbert sort pour ravitailler le groupe. Il retourne dans notre maison. Il est alors arrêté et interrogé par les Allemands. Puis il est raccompagné sous bonne garde vers la carrière. Pour la énième fois, Gilbert reprend l'échelle et sa descente aux enfers. Avec Roger Berlinguez .

Il racontera sa mésaventure à mes parents et à d'autres. Il n'a rien ramené. Il recommencera une fois de plus une « sortie » de ravitaillement dans les jours qui viennent, peut-être avec plus de chance.

La maison au milieu de la rue du Corneau aux 3 fenêtres avec balcon orange était pendant le guerre une grange où se cachaient les frères Berlinguez et Mangnan quand ils allaient "au ravitaillement", c'est à dire, aux yeux des Allemands au pillage. Témoignage de Louisette Berlinguez-Gimonet en janvier 2015.

Photo collection François Robinard en janvier 2015. Noter la borne de l'Octroi.

Pour nous, enfants, le temps nous semblait parfois long. Dans la pénombre, nous nous dirigions vers l'échelle, nous levions la tête et, toujours, nous voyions un carré bleu, tout là-haut. Nous ne savions pas grand chose de ce qui se passait en surface. De temps en temps nous avions des nouvelles sur telle maison détruite par les obus et les va et vient des troupes allemandes et des chars. Ces nouvelles, bien sûr, viennent des hommes ou femmes qui « vont au ravitaillement » et à leurs descentes, ils nous racontent ce qu'ils ont vu et ce qu'ils ont pu trouver ou rencontrer.

La famille Berlinguez, dans un sac de pommes de terre, ramènera un lapin vivant qui est vite lâché dans la carrière, près de notre litière. Toujours au même endroit, on lui apporte les épluchures de légumes et comme nous, il doit s'habituer à l'obscurité, « le noir » disait-on, et nous le rencontrions sautillant par ci, par là. Il inspecte lui aussi les galeries.

Lors « d'une sortie » quelqu'un rapporte, à nous, enfants, un jeu de maillets et de boules pour nous divertir sagement. Aussi près du trou, là où il y a un peu plus de lumière, nous installons notre jeu. Nous sommes quatre ou cinq enfants à jouer au maillet quand soudain je m'énerve et j'expédie une boule dans l'obscurité. Mes petits copains crient « va la chercher ».

Armé de mon maillet, je me dirige dans le noir et le nez à ras du sol, je cherche la fameuse boule. J'ai peur tout seul. J'ai le maillet bien tenu à deux mains et soudain quelque chose de vivant, sur le sol, se présente à mon visage. Je frappe. Ce n'est pas un rat. C'est Jeannot le lapin de Mme Berlinguez. Il crie. Il gigote et plus rien. Il ne bouge plus. Il est mort. Je saisi alors le lapin par les oreilles et je le jette le plus loin possible, dans la pénombre. Personne n'a rien vu, mais je ne suis pas fier.

Le soir, un homme de Saint-Germain va comme d'habitude avec la lampe à carbure récupérer quelques litres d'eau aux points bien connus, creusés dans le sol et en cours de route il rencontre gisant sur le sol un animal et bien entendu nous le ramène inanimé encore assommé. Je n'en mène pas large et soudain une voix « C'est Gérard, je l'ai vu ». Je dois avouer ma faute et demander pardon à Madame Berlinguez, alors mon père saisit le lapin par les pattes arrière, le lève et de l'autre main lui supprime à jamais la vie. « Il ne souffrira plus » dit-il. Tout le monde me condamne.

Je suis triste et je voue une haine à mes petits copains pour m'avoir dénoncé. Le temps arrangera cet acte, mais le jeu de maillets a été confisqué. Jeannot terminera sa vie, plus vite qu'il ne le pensait dans les assiettes de la famille Berlinguez. Je ne me souviens pas d'avoir eu un morceau, et pour cause « j'étais un vilain ».

Et en fin d'après-midi, arrive ce terrible drame, la mort de mon frère Roger . Je suis avec mes petits camarades à courir dans les galeries. Je suis dans la pénombre à 10 mètres du puits de la lumière. Et soudain un bruit sourd, un corps vient de s'écraser sur le sol au pied de l'échelle. J'accours. Je me penche. Et je m'aperçois alors que c'est mon frère. Apparaît alors un homme derrière l'échelle, Gilbert Berlinguez qui se plaint des épaules tandis que Roger à demi assommé, ne cesse de répéter « j'ai mal, j'ai mal » et porte les mains à la hauteur de son ventre. Des adultes arrivent sur les lieux du drame et l'emmènent dans les galeries pour l'allonger sur nos lits de paille.

Mon père, dans les instants qui suivent, remonte en surface, récupère son vélo au 164 rue Général-Moulin et se dirige, je crois, vers le Bon Sauveur où un médecin et des brancardiers viendront plus tard pour les deux blessés. Bien vite ce médecin décide de faire remonter Roger et de l'emmener à un hôpital. « C'est sérieux » déclare-t-il après l'avoir ausculté. Quant à son copain Gilbert Berlinguez « pour lui, ce n'est pas très grave ». Lire la version de Roger Berlinguez .

Très vite tous les hommes disponibles s'organisent et installent Roger dans le lit de fer blanc disponible à tant de sortes de corvées et la corde est tirée pour l'extirper de la carrière En surface une ambulance est là pour le diriger rapidement sur le Bon Sauveur.

Nous attendons tous, c'est l'angoisse et très tard dans la nuit ou le lendemain matin, mon père apparaît dans les galeries et, abattu, nous déclare : « Roger est mort sur la table d'opération, cette nuit ». Nous saurons par la suite que des organes vitaux avaient éclaté lors de la chute.

Photographie de Roger Mangnan, sur une moto, rue du Général Moulin à Caen, avant la guerre, tué accidentellement par une chute dans le puits d'accès de la carrière de la Maladrerie, le 23 juin 1944. A droite:  Source: Collection Mme Louisette Berlinguez-Gimonet. Sa tombe en novembre 1945.

Madame Manson déclare plus tard qu'elle était la dernière à descendre par l'échelle. Elle venait de sa maison située à Saint-Germain, quand près de la carrière, elle entend des salves de pistolets mitrailleurs et voit soudain un groupe de jeunes gens courir, effrayés par les tirs, et se précipiter également vers le puits.

Ce sont Gilbert Berlinguez et Roger Marignan . Gilbert prend alors l'échelle. Roger invite Madame Manson à descendre au plus vite. Les rafales se rapprochent et crépitent dans la direction de la Rue Galliéni et vers la carrière, où Roger est le seul à attendre le libre accès de l'échelle. Pour y accéder il faut ramper et se glisser entre les pierres et la poutre qui supporte tout le système de levage et cela demande du temps, ainsi Madame Manson rampe vers l'échelle et Roger attend que le passage soit libre.

Maintenant les balles pleuvent autour du puits alors Roger s'élance sur la corde ... et c'est là, le grand mystère de sa mort. A-t-il lâché la corde ? A-t-il sauté dans le vide sans pouvoir saisir la corde ? Personne ne semble capable d'analyser le drame.

Après réflexion, Roger est tombé brutalement sur Gilbert Berlinguez qui lui, descendait par l'échelle, le décrochant de celle-ci. Je suppose qu'à un moment ses mains ont lâché la corde à environ 10 mètres du fond du puits et a essayé de s'agripper à quelque chose, mais malheureusement la chute vertigineuse en avait décidé autrement.

La corde n'a pas été coupée par les rafales, disent les témoins de la scène. La preuve en est que quelques heures plus tard Roger sera hissé vers l'extérieur.

Selon certains, Gilbert, mon frère, et Michel Deschamps auraient débobiné une dynamo de voiture et auraient accroché ces fils de part et d'autre de la Rue Galliéni et provoqué ainsi la colère des Allemands, lors du repli de cette armée vers Venoix. Là serait la cause des mitraillages. Je garderai toute ma vie le souvenir d'une famille blessée à tout jamais.

Après ce drame qui endeuilla la carrière, au lendemain du 23 juin, date de la mort de Roger , nous avons eu une visite d'une patrouille allemande. En fin de journée, soudain, des cris de voix gutturaux et des bruits de bottes cloutées se font entendre dans l'échelle de la descente. Personne ne bouge. Des uniformes apparaissent dans l'endroit où nous dormons. Un officier allemand, revolver au poing, lampe de poche avec allumage par compression de la main se détache du groupe hurlant. Il est accompagné de plusieurs soldats, tous armés, les fusils dirigés dans tous les sens. Ils nous menacent. Ils cherchent des résistants. Ils se déplacent dans l'obscurité, nous quittent et se dirigent vers les paillasses des réfugiés de Saint-Germain-la-Blanche-Herbe. Même scène. Des cris. La peur est dans tous les corps et l'officier s'avance dans l'obscurité avec sa lampe. Il n'ose pas aller plus loin et soudain tire une balle dans le noir profond.

C'est le repli, la tactique de la protection à chaque galerie, car je crois que, même armés, ces Allemands n'en mènent pas large dans la pénombre et s'attendent sûrement à une riposte. Nous sommes tous cloués, à la lumière de notre lampe à carbure qui fonctionne toute la journée. Cette lampe offre depuis quelques jours un plus d'éclairage. En effet, elle est équipée depuis peu d'un bec à deux flammes et ainsi nous discernons mieux les environs de notre misérable refuge, et les mouvements des Allemands. Maintenant les cris, les vociférations se font de plus en plus lointains et font place au bruit des bottes ferrées sur les barreaux de l'échelle métallique. Ils partent, un lourd silence règne dans les galeries, personne n'ose se déplacer dans le noir et il faudra attendre un long moment pour reprendre vie et constater qu'il n'y a pas de mine placée ici et là.

Le lendemain matin, c'est l'obscurité complète dans le puits. Celui-ci est bouché. Les madriers qui étaient entassés sur les côtés du puits, obstruent maintenant l'entrée et sur ceux-ci sont placés mines, grenades, explosifs divers reliés entre eux par des fils de fer ! Il faut la bravoure de certains pour gravir l'échelle et voir s'il y a moyen de sortir. Pour nous, enfants, le carré de ciel bleu n'existe plus, et cela va durer trois ou quatre jours. Devant cette situation, tous les hommes « de la carrière» décident alors une expédition dans les ténèbres pour essayer de trouver une sortie.

L'organisation est bien en place. Je ne sais pas si ils ont une boussole, mais Gilbert mon frère, a un rouleau de fil de fer et le déroule lors de leur avancée dans les ténèbres.

Il y a plusieurs lampes, des réserves de combustible de carbure de calcium et d'eau. Et chacun s'avance dans toutes les galeries, marque le passage par des repères sur les énormes blocs de pierre avec le noir de fumée des lampes ou écrit avec des pierres tendres.

Photo collection François Robinard. Traces des lampes à huile dans la carrière (années 80).

A un moment précis, c'est l'obstacle, personne ne peut aller plus loin. Tout est écroulé. C'est infranchissable. Tous les hommes, cinq ou six font demi-tour et reprennent le sens inverse de leur parcours...

Partis plusieurs heures, ils reviennent dépités et nous déclarent qu'ils croient avoir été sous la ligne de chemin de fer Paris-Cherbourg. Ils avaient estimé la distance au nombre de pas qu'ils avaient effectués au retour. Jamais d'autres recherches n'ont été effectuées.

Localisation de la ligne ferroviaire et de l'entrée de la carrière. Source.

Deux ou trois jours passent et finalement une autre patrouille allemande, plus humaine et voyant la situation, enlèvera tous les explosifs ainsi que les madriers qui cachaient notre prison souterraine. Nous devons être début juillet 1944. Les obus ne cessent de tomber sur la Maladrerie et la campagne environnante. Des troupeaux de moutons et de vaches sont abandonnés par-ci, par-là et sont victimes des éclats qui les blessent ou les tuent. Les hommes valides s'organisent et partent avec des moyens de fortune pour ramener les bêtes mourantes, surtout des moutons. Ils sont descendus, eux aussi dans le lit blanc. Ils bêlent ; le sang coule de leurs blessures et c'est alors que Guy Quidot intervient. Il est, dans la carrière, le transporteur des bêtes, et aussi le boucher. Du fond du puits de la carrière, il attend avec sa brouette les bêtes blessées. Il les emmène dans une galerie très précise et là les bêlements cessent définitivement. Nous, les enfants sommes écartés de la scène finale. Bien sûr, il découpe la bête en plusieurs morceaux et en distribue à chaque famille. Ces faits se sont multipliés, je ne sais combien de fois et parfois cela suscite des « histoires entre groupes de réfugiés » ». C'est toujours les mêmes qui ont les meilleurs morceaux ! ». Alors chacun attend, une autre occasion pour avoir enfin, le morceau de viande désiré.

Gilbert, mon frère, avec une autre personne ont trouvé un veau abandonné qui erre dans les champs. Ils le ramènent vers la carrière et il est abattu d'un coup de pistolet par un groupe de soldats anglais, mais c'est après le 9 juillet, au moment où sont prises les photos par Madame Berlinguez.  Avec l'appareil photo de Mme Paris.

Source: Collection Mme Louisette Berlinguez-Gimonet. Des civils dony Guy Quidot accroupi au centre devant le veau mort avec un Canadien près de l'entrée du puits d'accès de la carrière à gauche en arrière-plan; juillet août 1944.

Dernier triste souvenir au fond de la carrière, c'était début juillet, quelques jours après « notre vue retrouvée » au déminage de l'entrée du puits. Dans la fin de journée un groupe d'Allemands emprunte l'échelle et s'installe au pied de celle-ci. Ils sont chargés de bouteilles et d'une boîte insolite, surtout en de telle circonstances. Ils ouvrent cette boîte. C'est un phonographe. Soudain, de la musique et des chansons allemandes se font entendre. J'en retiens encore les notes. C'était « le plaisir des bois » me dira plus tard Gilbert, mon frère. Pendant plusieurs heures, ils boivent et envoient les bouteilles vides se fracasser le long des murs, le phonographe, sans cesse, est remonté, et inonde les galeries de cette musique nostalgique bavaroise..

Dans notre vie de troglodytes qui dure depuis un mois nous n'avons que très peu de nouvelles. Si ce n'est qu'un jour, le 9 juillet « on a vu des Anglais dans la Maladrerie ». Bientôt apparaissent, armés et casqués des hommes en uniforme, dans la carrière. Leurs tenues sont moins vertes que les tenues allemandes. Sur leurs casques se trouvent des petits coussins blancs, bien serrés par un treillis de toile. Tout le monde se pose la question « A quoi ça sert, ça ? » « C'est un pansement en cas de blessure ».

Source.

Certains soldats parlent un vieux français, d'autres pas. Ils sont Canadiens ou Anglais et constatent notre refuge et notre précarité. Ils se posent la question « Comment pouvez-vous vivre dans de telles conditions ? » Et bien vite nous ramènent toutes sortes de boîtes et produits dont le contenu, la forme métallique nous indiquent que c'est du « corned-beef », des gâteaux secs et surtout, pour les hommes, des cigarettes, par paquets de 50, dans des boîtes de conserve métallique. C'est un autre monde, un autre peuple qui vient nous délivrer. C'est la fête sous terre. On s'embrasse. Les fusils sont sur un tas de cailloux, le long d'un immense bloc de pierre. Nous, les enfants nous les regardons, admiratifs, ces fusils, comme des libérateurs. Nous n'approchons pas trop près car ces armes ont dû tuer.

Nous, les gamins, nous demandions aux Anglais et Canadiens des cigarettes blondes. Ils refusent. Nous donnent des chewing-gum ou du chocolat, mais parfois, en défi, nous en obtenons une et commence alors, pour eux, la partie de fou rire.

La première cigarette blonde, pour un enfant de 7 ans est inadmissible mais ils veulent voir comment je m'y prends, ainsi que mon frère René pour allumer et tenir la cigarette dans la bouche. Evidemment c'est l'échec complet, je me brûle, je ne sais pas aspirer et cela a mauvais goût. Je crache et je jette cet infâme brûlot par terre, alors des éclats de rire fusent de partout et, tout vexé, j'abandonne la partie pour aller me réfugier dans un endroit, où l'on ne se moque pas de moi.

Nous sommes le 15 juillet 1944. Les adultes sont montés les premiers et nous attendent autour du trou. Certains ont été hissés par la corde, assis ou allongés dans le lit blanc. Je pense à la grand-mère Guelle, âgée de 60/70 ans qui inlassablement faisait des galettes dans une semi-obscurité au pied de l'échelle et qui aujourd'hui doit refaire surface comme nous. Le lit blanc l'a descendue. Le lit blanc la remontera. Nous les gamins, les enfants de la guerre, on imite nos parents. On remontera par l'échelle. Du carré bleu là-haut, au plafond de la carrière, 27 mètres nous séparent ». Surtout tu regardes les barreaux devant toi. Tu tiens bien l'échelle. Tu te reposes, s'il le faut ». Mon frère René est devant moi, à un mètre au-dessus. Il grimpe, lui a 9 ans. Il est mon aîné de deux ans. Je rivalise, c'est l'enfer. Je suis, je monte. Ma mère, qui est au-dessous de moi, me rassure. Tout un film se passe dans ma tête. Roger a dû lâcher la corde, ici, à cette hauteur. Je poursuis mon ascension, et mon regard s'arrête sur les fougères qui poussent dans les anfractuosités de la pierre. Un frisson me parcourt le corps. Les jambes se font molles, mais je grimpe toujours à la verticale.

« Ne te retourne pas, ne regarde pas en bas ». Et enfin, l'échelle s'arrête à la hauteur du sol. Des mains alors me saisissent, m'arrachent de l'échelle, me font passer entre des pierres et la poutre principale du monte-charge. Je suis dehors, ma mère suit.

Source: Collection Mme Louisette Berlinguez-Gimonet. Tête de puits de la carrière de la Maladrerie, à Caen, vue de, face et de profil, prise après la Libération, juillet-août 1944.

De la carrière nous nous dirigeons vers notre maison et nous voyons des trous dans les murs, des clôtures arrachées et un ballet incessant de voitures et d'engins militaires anglais. Soudain notre maison se présente à nous.

Elle n'a plus de toit. Celui-ci s'est écroulé par le premier étage dévasté par des obus qui ont fait voler les fenêtres en éclat.

Comme on le voit sur la photo où Denise Costil distribue des cerises aux troupes anglaises, les déblais ne font que s'accumuler, au fil des jours, sur le trottoir.

Source: Collection Mme Louisette Berlinguez-Gimonet. Coupure de presse canadienne. Devant leur maison au N°164 rue du Général Moulin, M. Mangnan et en retrait sur le pas de la porte à gauche Mme Mangnan derrière Mme Papin qui a accouché dans la carrière du bébé qu’elle tient dans ses bras. La jeune fille qui distribue des cerises aux Canadiens est Mlle Denise Costil, servante de la ferme Navarro. De nos jours.

Maintenant la grande pièce du rez-de-chaussée est nettoyée, balayée. Nous pouvons faire la cuisine et la « grande toilette ». Ma mère a attendu le moment pour avoir suffisamment d'eau, la chauffer et procéder au décrassage de ses deux derniers fils : René et moi Gérard. Une glace encadrée par du bambou, ce qui se faisait à cette époque, nous renvoie notre image. Nous explosons de rire, nous ne nous reconnaissons plus. Nous sommes dans un état misérable, sales et les cheveux remplis de tout un monde qu'il faudra détruire : les poux. La séance de décrassage commence. L'eau arrose mon corps, c'est de l'eau chaude. Je ferme les yeux, mon âme s'envole pour me rappeler que plus loin à 100 mètres de la maison et sous terre, aucun confort ne se présentait. Je ne me souviens pas d'avoir changé de vêtements, ni passé un gant de toilette sur le visage durant ces 33 jours dans le noir et là, aujourd'hui, c'est un vrai bonheur, un bain de jouvence, une renaissance.

Mes cheveux sont lavés au savon. Le shampooing, on ne le connaît pas, et là, dans mes cheveux, tout un monde grouille et s'agglutine à ma tignasse graisseuse ». Mais ce sont des poux !« dit ma mère

Alors commence le « grooming », mot anglais que je n'aime pas mais que les scientifiques ou biologistes utilisent pour désigner l'épouillage entre les primates, et ce geste rapproche ainsi les cousins anthropoïdes. Chez moi l'épouillage est plutôt mal reçu. Je subis le peigne à poux, peigne blanc, en os ou en ivoire, à double denture, grosse et petite, et le supplice commence. Un vinaigre de forte odeur inonde ma chevelure tandis que le peigne ratisse et récupère les poux. J'attends patiemment la collecte de ces parasites et il y en a !

Tout trempé, et puant le vinaigre, je vais dehors, au soleil, me sécher. Assis sur une pierre, je savoure les rayons du soleil de l'été 44. Ils effacent en partie nos conditions précaires et nous invitent à un futur meilleur où les hommes entre eux ne rivaliseront plus avec les armes, mais vivront en parfaite harmonie, retirant ainsi leurs querelles pour offrir ce qu'ils cachent parfois en eux de très fort ! La Paix.

Quant à la carrière de la rue Maréchal Galliéni, je n'y suis jamais retourné, et cela depuis presque 60 ans. Peut-être qu'un jour, je redécouvrirai les lieux...

Avril 2003

Remerciements:

à François Robinard pour la remise de ce témoignage et son aide.

à Mme Louisette Berlinguez-Gimonet pour ses photos et ses renseignements.

 

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