RESISTANCE
Jeanne BARJAUD-VÉRINAUD
En 1940, Jeanne Barjaud qui a un peu plus de 15 ans est lycéenne à l'École Primaire Supérieure, 10 rue Saint-Louis.. Son premier aperçu de la débâcle de l'Armée Française se trouve être un officier originaire de Caen qui a sauté d'un camion au cours de la retraite de sa division et qui cherche assistance. Il s'agit de l'officier Vérinaud. Elle le fait venir chez ses parents qui lui offrent le gîte et le couvert. Vérinaud se rend ensuite chez M. Léon Lamorlette (inspecteur d'académie - Organisation : Patriam Recuperare) pour se procurer des vêtements civils.
Pour beaucoup de jeunes de cette époque, tous les moyens sont bons pour exprimer son aversion pour l'occupant. Avec d'autres amis, les filles, par exemple, mettent volontiers une jupe rouge, un corsage blanc et une veste bleue. Un jour, les garçons sont arrêtés et passent une nuit au violon pour avoir arboré chacun une croix de Lorraine; on leur fait comprendre qu'il est dangereux de continuer ce petit jeu-là.
N'ayant pas repris
l'école, Jeanne suit des cours de sténodactylo. Son père veut la faire entrer
dans l'administration: un poste est disponible aux
Ponts et Chaussées. Bien qu'étant encore en formation mais possédant déjà de
bonnes notions, Jeanne passe un essai en compagnie de six autres candidates et
est retenue comme remplaçante de la titulaire en congé de maternité. C'est ainsi
qu'elle devient la secrétaire d'Eugène
Meslin
,
ingénieur du Service Maritime qui est également chef de la subdivision M 1 du
réseau Centurie, lequel couvre
le Calvados, la Manche et l'Eure.
Leurs bureaux sont au premier étage de l'immeuble des Ponts et Chaussées près du pont de la Fonderie.
Source. Photo Bundesarchiv. juin/juilllet 1944. L'immeuble se situe au carrefour du quai Caffarelli à droite et de l’avenue Pierre Berthelot à gauche, devant le pont de la Fonderie entre le Bassin Saint Pierre et le canal de Caen à la mer. De nos jours.
Il lui dit en voyant
qu'elle portait toujours sa petite
Croix de Lorraine: « C'est bien joli votre
petit insigne mais c'est un peu voyant, maintenant que vous travaillez dans
l'administration, c'est sérieux, il ne faut plus porter ça. » Malgré cela Eugène
Meslin
lui fait confiance et c'est ainsi qu'elle intègre la Résistance. Elle
voit par la suite passer Marcel
Girard
et René Duchez
parmi d'autres. Jeanne a accès à des informations de première
importance et connaît un grand nombre de membres du réseau. Elle est enrôlée
comme agent P1(agent de renseignement travaillant à titre bénévole).
En tant qu'ingénieur,
Eugène Meslin
doit faire des sorties sur la côte en compagnie d'un officier
allemand, pour inspecter les travaux du
mur de l'Atlantique. Il en profite pour
observer et, au retour, avec l'aide de sa secrétaire, il consigne par écrit ce
qu'il a vu avec toutes les explications appropriées. Il lui faut aussi
rassembler toutes les informations reçues individuellement, en faire le tri et
rédiger un rapport. Le courrier est tapé sur une vieille
Underwood, qui est cachée ensuite dans un cagibi. La machine officielle
reste sur le bureau, au cas où du courrier tomberait entre les mains des
Allemands, afin qu'ils n'aient pas à faire de rapprochement.
Tous ces documents sont remis à des agents de liaison qui les acheminent vers Londres.
Remerciements à André Grand.