La libération de Caen

Lire avant le décrochage allemand du saillant de Caen rive gauche.

La libération de Caen par les Anglo-canadiens se fit en deux fois:

        -le 9 juillet, la rive gauche Operation Charnwood

Plan de l'article:

I-1 Pénétration  par le Nord et le Nord-est

       I-1-1 The 2nd Royal Ulster Rifles

        I-1-2 The 3rd Reconnaissance Regiment RAC

       I-1-3 The 1st King’s Own Scottish Borderers

I-1-4 The Royal Winnipeg Rifles

I-2 Pénétration par l'Ouest

     I-2-1 L'Inns of Court Rgt RAC

     I-2-2 The lst Stormont Dundas and Glengarry Highlanders

     I-2-3 The 7th Reconnaissance Regiment

     I-2-4 The North Nova Scotia Highlanders

     I-2-5 The Highland Light Infantry of Canada

    I-2-6  The Regina Rifle Regiment

  I-2-7 La cérémonie place du Lycée

I-2-8 La journée du 9 juillet heure par heure

   

 

        -le 19 juillet, la rive droite Operation Atlantic.

 

I- La pénétration dans Caen, le 9 juillet.

Situation à la veille de l'Operation Charnwood, seules deux divisions alliées du I Corps entrerons dans Caen ce jour là, de l'ouest à l'est: la 3rd Canadian ID qui combat avec la 2nd Canadian Armoured Brigade, et la 3rd (British) ID qui combat avec la 33rd Armoured Brigade .

Source: The Victory Campaign Volume III du Colonel C.P. Stacey.

Source: page 176 de ce livre.

 

Radio Vichy diffuse à 8 h. 30, le communiqué suivant:

 

« La ville de Caen n'ayant pas un caractère stratégique évident. l'état-major allemand a décidé de retirer ses troupes au sud de la ville ».

 

I-1 Pénétration  par le Nord.

I-1-1 Le 2nd Royal Ulster Rifles (RUR), du Lt-col. Ian Harris de la 9th Brigade de la 3rd (British) ID  . (des Irlandais du Nord), voir ici le war diary du Bn pour le 9 juillet.

La veille vers 21H00, la Cie B du 2nd RUR, qu'appuient 8 Sherman de la 33rd Armoured Brigade . tente prudemment  une exploration vers les premières maisons de Caen, rue de Lébisey. Ce qui déclenche un tir précis de mortiers lourds depuis Colombelles et des "88" détonnent détruisant sept des huit Sherman de soutien. "Nous n'avons pas fait 500 m dans le chaos de cratères de bombes et d'obus de marine que déjà il faut rebrousser chemin. Des réseaux de mines sont découverts et marqués. Nous avons subi 80 pertes en trente minutes. "

Carte 7F/I 1943, Colombelles à l'est de l'Orne et la  rue de lébisey.

05 h 00. Une section de la Cie A  celle du Lt R. Wise descend la cote 64 (aujourd'hui dans le quartier de La Pierre Heuzé) vers le Sud-est, appuyée par un peloton de Sherman. objectif: le cimetière Nord-est et le pont de Calix sur le canal.

AGRANDISSEMENT                                                                                AGRANDISSEMENT

Quelques obus de 88 et des centaines d'obus de mortiers provenant de Colombelles ralentissent le mouvement puis interdisent toute progression jusqu'à midi, le Lt R. Wise est blessé.

05 h 15. Une autre section, celle du Lt B. R. Burges, de la Cie A, se dirige vers St-Julien, au Sud-ouest de la cote 64. La progression est extrêmement pénible à travers les champs de cratères des bombes de la RAF et des tirs d'armes automatiques qui infestent encore tout le secteur.

07 h 00. Des carrières de pierre sont dépassées et des mortiers de 8 cm abandonnés sur place sont rendus inutilisables par les pionniers. "La progression reprend à travers un terrain bouleversé. Seule menace, toujours la peste des tireurs isolés équipés d'armes automatiques et de fusils à lunettes. Depuis les hauts murs d'un grand cimetière (le cimetière Nord-ouest ou Saint Gabriel), deux "spandaus" nous arrosent et nous dévions prudemment sur notre gauche. Nous sommes à Saint-Julien, dans les premières maisons de Caen, il est 07h20."

07 h 30. Le Lt B.R.Burges décide de poursuivre vers le centre-ville et la section s'infiltre rue Marescot, vers la rue des Rosiers, quand des crépitements éclatent depuis le Jardin des Plantes. Plusieurs tirs croisés de MG tuent deux sous-officiers irlandais, le Lt B.R. Burges est sérieusement blessé.

08 h 30. La section, prudemment, se replie sur Saint-Julien, à l'abri du remblai de la voie du chemin de fer de Caen à la mer. Elle ne rejoindra la Cie A que le lendemain matin et cette petite unité du 2nd RUR peut se glorifier d'avoir été la première formation alliée dans la ville de Caen, élément précurseur du gros du bataillon qui s'engage à son tour vers la cité.

09 h 30. La Cie B guide le 2nd RUR dans sa descente vers la ville, lentement, en chassant systématiquement les Allemands qui se terrent encore, çà et là, dans les ruines. Le Calvaire Saint-Pierre (en haut de la rue de la Délivrande) est atteint, les blindés sont incapables de franchir les énormes cratères et les montagnes de gravats.

Le 9 juillet, dans le quartier du Moulin-au-Roy, un blindé léger (Morris Light Reconnaissance Car Mark II ) de l’armée britannique se fraie difficilement un chemin à travers les ruines.

09 h 50. Au Moulin-au-Roy, plusieurs groupes de trois à huit Jägern de la 16. Feld-Division (L), bien armés, en tenue camouflée, opposent une résistance. Ils décrochent en se couvrant mutuellement et disparaissent vers les remparts du château. Aucune opposition n'est plus rencontrée mais quelques mines et pièges parsèment le chemin entre les maisons et les petits jardins où est passée la tempête de la bataille, volets pendants, portes arrachées, contenu des maisons répandu dans la rue. Les nombreux petits jardins ouvriers ont été consciencieusement pillés, seules quelques petites pommes de terre ont été oubliées. Dans le cimetière protestant dont les pierres tombales ancestrales n'ont pas été épargnées par l'acharnement du Bomber Command , un petit groupe de Jäger est circonscrit en une brève mais violente échauffourée.

11 h 00. La Cie D a subi des pertes entre la cote 64 et le Calvaire Saint-Pierre. Le Lt Palmer et son Platoon Serjeant sont tous les deux blessés et évacuée, le L/Sjt Bonass assumera le commandement.

 "Photo présentée dans ce livre" Station service café du Calvaire Saint Pierre chez P. Bris rue de la Délivrande.

Les fantassins s'engagent dans un nettoyage consciencieux des maisons, de porte à porte, à la recherche de snipers de l'ultime arrière-garde de la 16. Feld-Division (L).

11 h 30. La Cie B, le Major Hyde en tête, atteint le Boulevard des Alliés

"Archives départementales du Calvados". Bd des Alliés vu du théâtre municipal.

12 h 30. Une patrouille rue des Fossés Saint-Julien rencontre une équipe de déblaiement qui s'active dans les décombres d'un immeuble touché par un obus.

Comment sont ils passés du cimetière protestant au Bd des Alliés ? On ne peut que faire des suppositions: soit l’Est ou l’Ouest du château. Mais on retrouve une patrouille qui rencontre des civils rue des Fossés Saint Julien à 12H30 donc côté Ouest par la rue de Geôle ou plutôt par les fossés du château (plusieurs témoignages indiquent que les soldats complètement perdus dans les ruines avaient pris les fossés pour une rue !).

   

A gauche, "Photo Archives départementales du Calvados" Vue du pied du château, la rue de Geôle en premier plan et la rue Gémare avec au fond le clocher des Bénédictines. A droite, "Photos Archives municipales de Caen". Au pied des remparts du château.

Source. Deux Irlandais du 2nd RUR avec une fillette. Voir ici en gros plan.

13 h 50. Boulevard des Alliés, la Compagnie de commandement du 2nd Royal Ulster Rifles rejoint les quatre compagnies d'assaut, et le lieutenant-colonel Ian Harris les envoie en exploitation vers les ponts sur l'Orne, avec mission de traverser et de mettre un pied à Vaucelles, si le passage est encore possible. Rencontre avec le capitaine Georges Poinlane , échange du mot de passe donné par Londres « Liberté », les FFI caennais fournissent leur assistance aux hommes du Major J. C. S. G. de Longueuil pour atteindre la rive de l’Orne.

Rue Saint Mâlo, à gauche le marché couvert, en arrière-plan le clocher de l'église Saint Pierre sans sa flèche, zone de pénétration du 2nd RUR et du 1st KOSB.

Le parcours approximatif du 2nd RUR (en bleu)

Source page 254 de ; au Nord du Vaugueux, dans la même rue, la 9 juin à 16H30, des civils dont un homme de la DP dépasse un Sherman, un motocycliste guide des camions.

I-1-2 Le 3rd Reconnaissance Regiment RAC (8th Royal Northumberland Fusiliers)  de la 3rd British ID

Le 9 juillet, à 10 h 30, la 3rd British ID n'ayant rencontré sur son chemin qu'une opposition légère de tireurs isolés livre un dernier combat contre un nid de résistance à « La Rochelle », au Nord-est de la ville, et nettoie ensuite le quartier Saint-Jean-Eudes.

    « J'aperçois les premiers soldats en kaki, le casque couvert de feuillage, tapis le long du mur de la rue Guerrière, déclare M. G. Je me dirige alors vers le premier qui prend la rue en enfilade avec sa mitrailleuse. Jamais je n'oublierai cette rencontre avec les fusils braqués sur moi, prêts à tirer.

- Soldats anglais ! m'exclamai-je.

- Yes ! Yes !... Boches ? me demandent-ils.

            Très ému d'entendre pour la première fois ce mot : «  Yes », au lieu des «  ya, ya » si souvent répétés depuis quatre ans, je leur fais comprendre que non. Alors, d'un seul bond, ils se lèvent et avancent dans la rue. Mon fils qui venait de cueillir des cerises leur tend son panier plein. En échange, les soldats lui donnent des cigarettes. J'accompagne les soldats encore quelques mètres puis, réalisant que je cours un certain risque à les suivre, je regagne ma maison. »

La rue de la Rochelle, quartier Saint Jean Eudes (Nord-est de Caen)

13h15 Les blindés légers s'assurent du quartier Saint-Jean-Eudes - l'hôpital, où la chaussée intacte le permet encore. Quelques coups de leurs canons de 2pdr en tourelle ont raison du point fort du château de la Rochelle.

 

 

I-1-3 Le 1st King’s Own Scottish Borderers (KOSB)  de la 9th Brigade de la 3rd British ID . (des Écossais)

 Deux témoins caennais rencontrent des Ecossais à 10H00 venant de Lébisey, ils descendent les pentes du cimetière de la route d’Ouistreham et pénètrent dans la ville par la Garenne (Note de MLQ: située entre l'église Saint Jean Eudes et le canal de Caen à la mer) et à 11H00 à l'hôpital Clemenceau cherchant un médecin pour un blessé transporté dans une jeep sanitaire.

En abordant la rue de Lébisey,

"Archives départementales du Calvados" Entre les rues de Lébisey et de la Délivrande.

la Cie C du lst King's Own Scottish Borderers du lieutenant-colonel George Douglas Renny est mitraillée sur son flanc gauche. Franck Gillard, correspondant du "BBC News" observe cette action dans ses jumelles, micro à la main, enregistreur "Midget" à disque en fonction :"Il est 11 h45 et le contact avec l'ennemi est pris par nos troupes qui poursuivent l'allemand dans la ville. 1.500 m, des MG crépitent dans la vallée à mes pieds. La compagnie écossaise, qui a été accrochée, déploie un écran de fumée et, comme à l'exercice, elle reprend sa marche sans autre procès... Le bégaiement sporadique des armes automatiques et le bruit sourd des éclatements de grenades viennent troubler le calme matin de ce dimanche gris".

Photo IWM,  page 247 de ce livre, avec l'aimable autorisation de l'auteur. Franck Gillard, le 9 juillet à Caen.

     Un autre reporter participe physiquement à la pénétration de cette unité dans Caen ce matin, Alan Melville, du "RAF Press-Center", voici son témoignage:

"Pour un correspondant de presse, il y a toujours l'obsession d'être le premier sur l'événement, et, ce 9 juillet, il fallait être le premier dans Caen ! Dès l'aube, nous prenons la route en Jeep, Mike est au volant. A travers le bois de Lébisey, convoité depuis le 6 juin, l'excitation grandit en même temps que la Jeep se faufile entre les obstacles, l'attrait du neuf en quelque sorte!

Nous arrivons dans un lotissement de maisons détruites, au sommet de la colline qui domine la ville, tout en haut de la route qui file en pente (la rue de la Délivrande, le cercle rouge carte ci-dessous), vers d'autres ruines qui se consument.

"Archives départementales du Calvados". La rue de La Délivrande.

Le bois de Lébisey au Nord de Caen

Cet îlot d'habitations est sous le feu de batteries d'artillerie qui, de l'est et du sud de la ville, gratifient les approches nord de Caen de leurs 105, 122 ou 150. Les chars sont vulnérables, empêtrés dans le réseau des cratères en montagnes russes causés par le Bomber Command . Une salve plus serrée me fait me précipiter sous l'un des blindés. J'abandonne la Jeep et appelle Mike sans succès. Je file alors, entre deux arrivées à vous déchirer les tympans, jusqu'à une maison ouverte aux quatre vents. Un officier écossais est sur mes talons, et questionne à la ronde si quelqu'un sait où trouver le Major Chapman ? Une voix, près de la fenêtre sans vitres, lui répond qu'il est descendu dans Caen. Le jeune capitaine se précipite aussitôt hors de cette maison-des-courants-d'air et je lui emboîte le pas en le questionnant sur ses intentions : - rejoindre "Fishy"; son commandant, pour lui transmettre un message apparemment important. Je lance à Mike qui devrait être là, mais sans le voir, de prendre l'enregistreur Mignet dans la Jeep et de venir avec nous, dans la ville. Pas de réponse mais le capitaine est parti sans attendre et je n'ai pas le temps d'aller jusqu'à la Jeep, n'ayant pas l'intention de m'aventurer seul dans les ruines où guettent certainement des snipers. Je réalise pleinement pourquoi les chars ont stoppé sur la hauteur. La seule façon de progresser est d'imiter le capitaine des "Borderers" qui escalade le versant des cratères gigantesques et se laisse glisser sur le derrière, dans la contre-pente, selon une procédure que nous reprenons une bonne vingtaine de fois avant d'être sur les maisons du centre de la ville.

"Source photo IWM" photo présentée page 256 de ce livre. Le 9 juillet des hommes du 1st KOSB progressent dans les ruines à l'est du château.

L'excitation grandit quand, couverts de terre et de poussière, nous franchissons les derniers obstacles qui nous séparent encore des îlots d'immeubles partiellement debout de la rue du Vaugueux,

A gauche, "Source", Des Britanniques dont un infirmier, avec son brassard Croix Rouge, tenant un brancard dans les ruines de la rue du Vaugueux. Source au centre : Photo Life magazine.  Photo de droite page 266 de ce livre. Soldats écossais du 1st KOSB, le 9 juillet 1944. La rue du Vaugueux, les maisons à gauche ont fait place à la pelouse du château.

Rue du Vaugueux, à gauhe photo parue dans un magazine britannique, à droite photo parue le 23 juillet dans The Youngstown Vindicator, page 41.

 et plus loin, sur une butte, l'église du Sépulcre.(voir la carte ci-dessus).

 Carte postale Gaby, l'église du Sépulcre, au premier plan les ruines du Vaugueux.

Source. Au bas de la rue des Chanoines un tireur du 1st KOSB pose pour le photographe. En arrière-plan un fléchage allemand rue Buquet pour la retraite vers la rivière Orne.

Source. Le 9 juillet devant le 15 rue du Vaugueux, voir ci-dessous.

Rue du Vaugueux, des civils et des soldats, on reconnait certains participants !

Deux autres vues au même endroit au bas de la rue des Chanoines, le panneau routier et des soldats écossais du 1st KOSB

Toujours au bas de la rue des Chanoines un canon antichar Ordnance QF 6 pounder du 1st KOSB photographié devant et derrière (source). De nos jours et De nos jours.

Il est 11 h 40 et je jure que je suis bien le premier correspondant de guerre des relations publiques de la 2nd Army , dans Caen, le 9 juillet 1944. Le jeune capitaine rejoint une compagnie du KOSB dont les 'Jocks", précautionneusement, s'emploient à contrôler les entrées d'immeubles et les rez-de-chaussées. Ils poussent lentement ici une porte, là une fenêtre, du canon de leurs armes, lâchant parfois une rafale dans le vide si un doute demeure. Des obus allemands tombent irrégulièrement alentour, et les snipers sont actifs, avec leurs fusils semi-automatiques à lunettes. Une volée de balles anglaises répond à chaque coup de Mauser et le sniper n'attend pas pour filer vers une autre position qui le rapproche encore un peu de l'Orne, dans sa mission de retardement de l'avance des Tommies. Pris dans cette dangereuse opération de nettoyage qui met les nerfs à dure épreuve, je passe la fin de la matinée à sauter de perron en porte cochère alors que les balles sifflent indistinctement dans tous les sens, au risque de méprises. Si seulement j'avait emmené l'enregistreur, je n'aurais vraiment pas perdu mon temps!.

En début d'après-midi, tout le monde se trouve en même temps au pied des remparts du château, place de l'église Saint-Pierre, décapitée.

Avant

"Archives municipales de Caen". Au pied des remparts du château, au cente à l'entrée principale du château devant l'église Saint Pierre, à droite rencontre avec des Caennais dans la cour du château.

Source: page 247 de ce livre. La caserne Lefebvre du château en ruines, patrouille du 1st KOSB.

Le clocher de l'église Saint Pierre sans sa flèche, montage de deux photos prises du château le 9 juillet. Source et source.

Fresques allemandes dans la caserne du château. Source page 241 de ce livre.

 à gauche: L'Allemagne doit vivre même si nous mourons.

 à droite: Plus important que notre propre vie est la vie de notre propre peuple et l'existence de l'Allemagne.

Collection R. Tesnière. Troupes alliées avec un Bren carrier place Saint Pierre

"Photo Goupil, source: Archives municipales de Caen". La place Saint Pierre après le 9 juillet

Nous rencontrons les premiers civils en nous demandant bien quelle sera leur réception, après tant de souffrances dans la cité que nous avons implacablement ruinée.

Ils sortent progressivement des caves et des abris, timidement, des larmes aux yeux. Le caractère peu démonstratif des Normands nous est bien connu et, à Caen, dans les ruines, ils nous trouvent des fleurs et du vin qu'ils nous offrent avec le sourire des gens qui ont beaucoup espéré et souffert. La chaleur humaine des Caennais est désarmante, c'est le premier accueil véritable que nous recevions de civils en Normandie, et Caen fête ses libérateurs Irlandais et Ecossais spontanément avec sincérité et gentillesse: "Il y a si longtemps qu'on vous attendait... "

Sur la place Saint Pierre, à droite le Lieutenant Cyril Rand, C Company, 2nd RUR; à l'entrée de la rue Saint Jean, la pharmacie du Progrès, à droite après déblaiement.

Six hommes de la Résistance rejoignent les rangs du 1st KOSB et guident les sections vers les lieux supposés être toujours tenus par les Allemands, en mission de retardement.

                  

Collection R. Tesnière.

Des prisonniers sont en effet rassemblés derrière l'église Saint-Jean et nous nous faisons un plaisir de les passer aux FFI qui les escortent vigoureusement jusqu'à notre service de prévôté militaire.

Boulevard des Alliés, le lieutenant-colonel Ian Harris rencontre le capitaine Poinlane , adjoint de Gille qui se trouve à Vaucelles à ce moment-là. D'autres résistants viennent à notre rencontre, brassards tricolores et casques français, dans les tenues aussi différentes que variées.

 

Poinlane est en uniforme bleu foncé des chasseurs (Note de MLQ: il est vêtu d'une vareuse et pantalon bleu de la Marine) , coiffé d'un large béret, colt à la ceinture et son charme séduit le colonel qui sent en lui une ferme détermination de vouloir en "découdre avec le boche".

 

 

Il le prie de rejoindre le Major de Longueuil qui parle le français couramment, et cette force de 120 Irlandais dirigés par deux officiers conversant en français, atteint l'énorme chaos du quartier Saint-Jean.

Je rejoins à présent des sections irlandaises qu'un officier français dirige vers l'Orne en nettoyant quelques nids de résistance dans les amoncellements de ruines. Personne ne veut me croire et des sourires railleurs me sont adressés quand je tente d'expliquer que la Presse Radiophonique était à 500 m de là ce matin déjà, mais tragiquement sous-équipée !... Des balles sifflent depuis la rive sud de l'Orne, qui ne trouvent que peu d'obstacles encore debout pour les arrêter. Nous bondissons dans les éboulis des murs de la rue Saint-Jean,

"Archives départementales du Calvados". L'entrée de la rue Saint Jean par la place Saint Pierre.

où la tragédie des civils se lit encore dans les appartements cruellement mis à jour... Sur le parvis de l'église Saint-Jean, un coup de feu claque et le projectile frôle le casque d'un petit Irlandais qui se rue vers le porche de l'église, en jurant ! Ses camarades l'imitent suivis de toute la section qui s'engouffre dans le Saint-Endroit. Une course poursuite s'engage dans les coursives où des coups de feu résonnent. Une minute plus tard, chacun ressort, avec le sentiment du devoir accompli, et nous rejoignons la compagnie du Major de Longueuil clouée sur place dans les ruines du garage Citroën, par des tirs de mortiers et de MG provenant du quai de l'Amiral Hamelin.

"Photo présentée page 329 de ce livre, avec l'aimable autorisation de l'auteur", les ruines du garage Citroën

Collection R. Tesnière. Le dernier étage du garage Citroën à travers une fenêtre le dôme de Saint Michel de Vaucelles

14 h 10.

Je réalise que si l'Orne est atteinte, nous n'irons pas plus loin et je décide de récupérer mon chauffeur et ma Jeep. Je remonte la rue du Vaugueux, atteins le Calvaire Saint-Pierre  où des blindés du Génie de toutes sortes descendent lentement vers les champs de ruines pour y dégager des accès aux transports d'armes lourdes et aux blindés qui attendent toujours sur la crête de Lébisey. Bulldozer blindés et niveleuses sont déjà au travail rues de la Délivrande et du Moulin-au-Roy et dégagent une voie large de huit mètres. Des pionniers m'arrêtent, un mur ficelé par un câble à un Churchill s'effondre dans un épais nuage de poussière acre. Au carrefour des routes de Caen à la Délivrande et à Lébisey (Note de MLQ: le cercle rouge sur la carte ci-dessus) , je retrouve mon appareil d'enregistrement portatif dans la Jeep, et Mike, le chauffeur, profondément endormi dans un carré de céleri. Sa seule excuse sans valeur :"Je croyais que vous me faisiez signe de m'abriter des obus et de ne plus bouger...Tant pis pour le reportage en direct de la prise de Caen l'essentiel est bien qu'après cinq longues semaines sans gloire à ses portes, nous soyons désormais installés dans la ville. "

En début d’après-midi, vers 13 heures, les compagnies C et D conduisent le bataillon dans un quartier désolé pour arriver aux remparts du château qui amènent au Boulevard des Alliés, on ne peut mieux dénommé! Dog et Charlie Coys éliminent quelques nids de MG servis par des hommes de la 16. Luftwaffen-Feld-Division . en tenues camouflées, qui se rendent sans se faire prier.

Place Courtonne des Jägern de la 16. Feld-Division (L) retraitent ver le dernier pont sur l'Orne

 A 13 h 15, les sections atteignent la place Courtonne et la rive nord du Canal, où elles subissent des tirs depuis la rive opposée. Able et Baker les rejoignent au château.

                                                                                                        AGRANDISSEMENT

A gauche: capture écran d'un film voir à partir de 01:20:48 entrée de troupes britanniques dans Caen (unité inconnue). A droite "Photo IWM du Sgt Mapham présentée dans ce livre  page 238.

Capture écran du même film à 00:02:10 , à gauche la tour sud de l'église de la Trinité de l'Abbaye aux Dames. Pour les deux vues, zone de combats de la 3rd Infantry Division .

Voir également cet autre film de la  pénétration britannique par le Nord de Caen.

Source. Des hommes du 1st King's Own Scottish Borderers, Boulevard des Alliés où débouchera l'Andy's Alley.

Repérage de la photo ci-dessus, en bas à droite le raccordement de l'Andy's Alley avec le Boulevard des Alliés en amont de la Tour Leroy. De nos jours.

Le parcours approximatif du 1st KOSB

 

 

I-1-4 The Royal Winnipeg Rifles de la 7th Canadian Infantry Brigade de la 3rd Canadian Infantry Division

    Selon son war diary le Bn dont le PC est à Gruchy et les B  et D Coys à Cussy le 8 juillet, s'élance le 9 à 17H30 vers son objectif Saint Julien (coordonnées 023697) q'il atteint à  20H00; il est précédé par le 6th Armored Regiment (1st Hussars Regiment) de la 2nd Armoured brigade (Independant).

Localisation à 023697 et de nos jours en haut du Bd Richemond. AGRANDISSEMENT.

 

 

I-2 Pénétration par l'Ouest

 I-2-1 Inns of Court Rgt RAC du I Corps , commandant  lt-colonel Robert Albert Glanville Bingley   les blindés britanniques de reconnaissance font mouvement par la rue d'Authie, sur la gauche des Glens vers l'église Saint-Nicolas

"Photo Archives Départementales du Calvados " Rue Bicoquet, un Daimler Armoured Car MK1 du Inns of Court Regiment (Royal Amoured Car) du I Corps.

A l'angle de la rue Saint-Nicolas, rue Bicoquet un Caennais lance des fleurs aux soldats du  Inns of Court Rgt RAC du I Corps.

puis les Tribunaux d'où les blindés fileront vers l'Orne en passant par la place Gambetta où les automitrailleuses lourdes arrosent les bâtiments et la Poste.

"Photo collection particulière, présentées page 279 de Bataille de Caen avec l'aimable autorisation de l'auteur". Des civils dont un membre de la DP regardent un Humber devant l'Université, rue Pasteur.

"Photos collection particulière, présentées page 279 de Bataille de Caen avec l'aimable autorisation de l'auteur". Place Gambetta, à gauche le bunker du relais téléphonique allemand caché en immeuble, les immeubles du fond sont en partie basse l'école Gambetta (aujourd'hui dénommée collège René Lemière) et la partie haute (l'autre côté de la rue Daniel Huet) les ruines de la  Gendarmerie.

Le 9 juillet à 13h30, les Daimler des Inns of Court appuient les Glengarrians dans la chasse aux tireurs isolés, le bunker est contrôlé par les Canadiens des Glens.

"Collection François Robinard". La Poste, beaucoup de monde pense et dit qu'elle est sortie intacte des bombardements alors qu'elle a bien été écornée. On voit ici le côté bordant la place de la République et les ruines en premier plan sont celles de l'Hôtel de Ville (partie Commissariat de Police). La partie abîmée et qui a donc été reconstruite à l'identique est à l'angle de la rue Auber (place de la République) et de la rue Georges Lebret qui rejoint la rue Sadi Carnot. Photo intéressante et rare qui infirme une vérité reçue. Version annotée,  en 1953 la façade côté place Gambetta.       Aujourd'hui.

La photo ci-dessous prise le 9 juillet devant le 45 de la rue Caponière (soit en aval de l'embranchement de la rue de l'Abbatiale) pose problème ! en effet elle montre des blindés des Inns of Court   remontant la rue Caponière vers la place Villers et des Glens sur les trottoirs. Nous avons également au même endroit deux photos de Sherman du Sherbrooke Fusiliers Rgt (27th Armoured Rgt ) dans la même direction (dont une légendée à 16H-17H); il ne peut s'agir de l'entrée dans Caen en début d'après-midi mais d'un regroupement de blindés vers l'Ouest de Caen.  Le passage de l'Orne était impossible, tous les ponts ayant sautés.

"Photo Archives Municipales de Caen".  Devant le 45 de la rue Caponière. Deux Daimler Armoured Car Mk I des Inns of Court Rgt RAC le canon du QF 2 pdr est équipé d'un adaptateur Littlejohn (réducteur de diamètre). Remarquez le groupe sur le trottoir à droite, voir ci-dessous en gros plan

 

 

 

 

 

 

"Photo Archives Municipales de Caen". Le 9 juillet, 43 rue Caponière des Caennais fêtent l’arrivée des Canadiens. On trinque tandis  qu’un soldat surveille aux alentours. Il s’agit très certainement de Glens . Témoignage de Mme David (au centre) : au moment de la photo, un Canadien installait une ligne téléphonique en face de la maison, quelques minutes plus tard un obus le  pulvérisa ; ces Canadiens étaient francophones.

 

 

 

Le parcours approximatif des Inns of Court

 

I-2-2  Le l st Stormont Dundas and Glengarry Highlanders , 9th Brigade de la 3rd Canadian ID

Nous possédons l'ordre de bataille canadien (pages 117 et 1119) pour l'Operation Charnwood

A savoir pour la phase I:

9th Cdn Brigade, 3rd Cdn ID

avec sous commandement:

en support:

Ouest de Caen

08 h 30.Le Brigadier Douglas Gordon Cunningham commandant de la 9th Brigade réunit les commandants des trois bataillons canadiens écossais de sa 9th Brigade pour la phase ultime de Charnwood, la prise de Caen et la consolidation sur l'Orne.

"Photo PAC" Les principaux officiers de la 9th Brigade. De gauche à droite: Lt-col. F.M. Griffiths (HL I), Brigade-Major (Chef d'E-M de la brigade) N. Kingsmill, Brigadier D.G. Cunningham (Cdt de la brigade), Lt-col. G.H. Chritiansen (SDG), Lt-col. Petch (NNSH).

Toutes les reconnaissances le prouvent, l'ennemi s'est replié dans la nuit et six ou sept emplacements probables de défense d'arrière-garde sont identifiés et marqués sur la carte "overprint'" mise à jour la veille. Les Glengarrians  du lieutenant-colonel G.H. Christiansen ont été choisis pour être les premiers dans la ville et, dans la compétition qui s'engage avec les cousins anglais qui s'élancent par le nord, tout dépend de la célérité de la Dog Coy du Major Jack Stothart .

09 h 00. Le lieutenant-colonel G.H.Christiansen commandant du l st Stormont Dundas and Glengarry Highlanders organise ses compagnies, réseau hertzien sélectionné, mots de code confirmés, communications avec les amis de l'escadron C (19 Sherman) des Sherbrooke Fusiliers Rgt (27th Armoured Rgt ) de la 2nd Canadian Armoured Brigade parfaitement au point, comme d'habitude. Une section de mitrailleurs et une autre de mortiers lourds des Camerons Highlanders of Ottawa sont comprises dans le dispositif de colonne, soit neuf bren-carriers, quatre canons de 6 pdr tractés de la 94th Battery du 3rd Anti-Tank Rgt viennent ensuite avec deux sections de pionniers du RCE. Deux Sherman d'observation du 14th Field Rgt RCA  ferment la marche, avec les Jeep et le half-track du toubib. Le lieutenant-colonel Christiansen prend sa place dans la colonne, avec le lieutenant-colonel anglais M.W. Hope , qu'accompagne un de ses commandants de batterie, le Major Joë Pearson, en mission d'observation pour soutien à distance.

09 h 30. La Cie D dont le lieutenant Johnny Dure est le commandant en second se met en marche, à pied, depuis le château Saint-Louet, suivie par la Cie C. Les Sherman des Sherbrooke resteront sur la gauche, opérant en soutien direct d'artillerie car aucun Panzer n'est signalé. Au même moment, les 2. Batterie et 3.Batterie de Flak 8.8 cm de la SS.Flak-Abt.12 (12.SS-Panzer-Division), évacuent leurs positions au nord de Saint-Germain-la-Blanche-Herbe, pour Vaucelles. La compagnie de défense divisionnaire se retire elle aussi par échelons. Des voitures blindées du 7th Reconnaissance Rgt (17th Duke of York’s Royal Canadian Hussars) sont dissimulées derrière l'église de Saint-Germain depuis la veille et les hussards canadiens, transmettent par radio les mouvements de repli dont ils sont témoins. Ils ont ordre d'attendre les Glens avant de foncer vers les ponts sur l'Orne dans la ville, car de nombreuses mines connues seulement des pionniers SS interdisent la chaussée. Le lieutenant Doig a observé le passage des lourds tracteurs d'artillerie remorquant les 88 FIak et tente de rouler dans leurs traces. Mais l'écran des maisons lui en dissimule une portion et son Humber Armoured Car saute sur une mine en bordure de trottoir dans la rue de l'Eglise.

09 h 45. La Dog Coy atteint Franqueville sans opposition. L'Intelligence Officier, le lieutenant Reginal R. Dixon dans son M3A1 White Scout-car radio reçoit et transmet les messages au lieutenant-colonel Christiansen :"Able now", premier obstacle franchi.

09 h 55. "Baker now" annonce le wireless-set n° 19 de Reg. Dixon. Tout va bien, la Cie D est au Sud-est de Franqueville et s'engage sur la route Caen-Bayeux, suivie de la longue colonne guidée par Charlie Coy suivie du Q.G. mobile du bataillon. Viennent ensuite les armes de soutien, les Cies A et B ferment la marche, soit 900 mètres d'étirement

10 h 00. "Charlie now". Un obus de 88 détruit le half-track de transmissions.

10 h 45. A 800 m de Saint-Germain, mines sur la chaussée. Les pionniers sont dépêchés et procèdent au nettoyage quand des tirs d'armes automatiques éclatent depuis les premières maisons du village. Une section file sur la droite pour traiter la question, alors que les chars du "27th" font mouvement à gauche pour canonner les bâtiments. Trois d'entre eux sont stoppés par les mines, chenilles arrachées. Il devient évident que non seulement la route, mais les champs à gauche ont été minés par les Waffen-SS avant de se retirer et des chars fléaux (flails) sont demandés.

10 h 55. "Nous attaquons Saint-Germain" : les chars tirent dans les fenêtres des maisons d'où sont partis les coups de feu interdisant l'assaut des fantassins. Quand la canonnade cesse, ils ne trouvent plus que quelques cadavres SS, les autres se sont dérobés vers La Maladrerie. Le travail de déminage reprend sur la route alors que les "Flails" procèdent à la détonation des engins dans le champ, parmi les chars. Deux couloirs sont dégagés et aussitôt marqués de longs rubans de toile blanche. Mais le sol est très dur et se prête mal au travail des six Sherman-fléaux du 22nd Dragoons de la 79th Armoured Div. et quatre d'entre eux sont mis hors d'usage, tambours arrachés ou faussés. Les deux derniers Flails se placent alors devant la section de tête de la Cie D, celle du lieutenant Dure, un sur la route, l'autre sur le côté gauche, en faisant tourner à toute vitesse leur tambour-porte-chaînes qui frappe violemment le sol devant eux. La progression reprend.

11 h 15. Deux obus de 88 font mouche coup sur coup, sur un Bren-carrier de la section antichars et sur un agent de liaison motocycliste, tué sur le coup, avant la fourche des routes de Bayeux et de Carpiquet, à l'entrée du village. D'autres obus antichars suivent, tirés depuis Venoix, atteignent un scout-car alors que des fusants éclatent au-dessus des têtes, couvrant d'éclats tout le secteur.

 

Le colonel fait stopper les éléments de tête qui abordent la place du Planitre où une MG crépite depuis un abri bétonné. Il resserre sa colonne protégée désormais par les immeubles, tandis que les Sherbrooke descendent la rue de l'Eglise. "Bang", le premier M4 saute encore sur une mine, bloquant ceux qui suivent, mais le tireur peut encore aligner sa tourelle sur le poste de tir allemand qu'un seul coup de 75 suffit à neutraliser.

"Photos PAC" avec l'aimable autorisation de l'auteur. un Sherman du Sherbrooke Fusiliers Regt devant une casemate Place du Planitre.

11 h 25. "Fox Cleared" Nous sommes dans Caen, quartier de La Maladrerie. A la tête de sa 16th section, Johnny Dure parvient devant la prison Beaulieu, sans opposition.

L'AOS est 51 soit le 18th Field Co, RCE de la 3rd Cdn ID. Aujourd'hui

 Dans son Scout-car, Reg. Dixon est averti par la brigade que les deux autres bataillons, les Highland Light Infantry of Canada (HLI) et le  North Nova Scotia Highlanders (NNS), viennent derrière.

12 h 05. Progression très lente rue du général Moulin, gênée par des obus de mortiers et des postes de mitrailleuses qu'il faut éliminer pour pouvoir avancer. Un tir croisé très concentré vient de l'angle des rues Deslongchamps et Bernard de Palissy.

Source. Selon la source canadienne le 10 juillet la rue Deslongchamps vue de la rue de Bayeux vers la rue des Mazurettes avec des obstacles antichars, noter les deux massifs en béton d'ancrage pour porte belge. Repérage.

J. Dure laisse passer les Sherman qui canonnent les portes et les fenêtres, tandis que d'autres Waffen-SS les assaillent par derrière, par les pépinières. Deux Sherman y pénètrent en arrachant la grille, quelques minutes plus tard, ils ressortent, vainqueurs, en écrasant définitivement le portail. Un quart de tour sur la chenille droite, et ils reprennent le chemin du centre-ville, aspergeant les façades de leurs mitrailleuses de bord. La masse de leurs 32 tonnes offre une sécurité suffisante aux sections d'infanterie qui s'agglutinent derrière et peuvent communiquer avec le chef de char grâce à l'interphone installé dans une boîte à l'arrière du blindé.

12 h 30. La prison est à un kilomètre en arrière. La Cie D a des pertes, la Charlie Coy est avec elle, suivie du QG des Glens. La 16th section du lieutenant Dure, qui est l’avant-garde de la Coy D, parvient à la voie ferrée sur le boulevard Detolle, à l'intersection avec la rue de Bayeux qui conduit au cœur de Caen.

"Jig now" transmet l'Intelligence Officer lieutenant Dixon, au QG de la 9th brigade. Il est informé que les blindés anglais de reconnaissance de l'Inns of Court Rgt RAC du I Corps font mouvement par la rue d'Authie, sur la gauche des Glens, vers l'église Saint-Nicolas puis les Tribunaux d'où les voitures blindées fileront vers l'Orne.

Dog Company descend la rue de Bayeux sur deux files, une sur chaque trottoir, le long des immeubles. Les chars prennent position au carrefour de la rue Damozanne, aucun Panzer n'est signalé, les Panthern qui gardaient le carrefour en bas de la rue de Bayeux, se sont ébranlés deux heures plus tôt. A l'opposé, dans le haut de la rue du général Moulin, des civils sont sortis sur le trottoir du Petit Séminaire et saluent joyeusement les Glens qui défilent en rasant les murs.

Petit séminaire (Institution Saint Paul) , 3 rue du général Moulin

Les Allemands avaient installé une mitrailleuse au premier étage de l'épicerie située à l'intersection des rues de Bayeux et de Bretagne.

De nos jours, intersection: rue de Bretagne à droite et rue de Bayeux à gauche.

 Un des chars détruisit la mitrailleuse, mais en même temps, mit le feu à la maison.

12 h 45. "Engageons une arrière garde de mitrailleurs" transmet le lieutenant Dixon alors que la Cie D du Major Stothart longe le couvent de Saint-Vincent-de-Paul (l'orphelinat au 59 de la rue de Bayeux).

Le peloton des quatre Sherman du "27th" a ordre de rester en arrière jusqu'à ce que les Glens aient ouvert le chemin, et que les démineurs du Génie aient reconnu la chaussée (les mines T antichars ne sont mises à feu que par une pression supérieure à 135 kg).

13 h 00. Les Glens poursuivent tout droit, un ou deux snipers se manifestent encore, les HLI of Canada les suivent. Place de l'Ancienne Boucherie,

"Photos PAC" avec l'aimable autorisation de l'auteur, des Sherman le 9 juillet place de l'Ancienne Boucherie.

 la Cie D puis la C poursuivent vers la rue Guillaume-le-Conquérant,

"Photo coll. part." avec l'aimable autorisation de l'auteur. Place Guillouard, à gauche un homme de la Défense passive (un gendarme ? ou sous réserve Léonard Gille voir à la cérémonie de 18H00) avec son casque Adrian blanc avec des Canadiens dont un motocycliste, en arrière plan les Tribunaux.

alors que les compagnies A et B prennent à droite, la rue Caponière

"Photo Archives Municipales de Caen" Un canon antichar canadien en batterie à l'angle de la rue Caponière et de l'Abbatiale qui débouche sur la rue Carel.

puis la rue du Carel et la promenade du Fort, rejoignant la place Gambetta où des automitrailleuses lourdes arrosent les bâtiments et la Poste.

Voici une photo de Glens avec des Caennais prisent devant le 43 de la rue Caponière soit en aval de l'embranchement avec la rue de l'Abbatiale

 

 

 

 

Photo Archives Municipales de Caen". Le 9 juillet, 43 rue Caponière des Caennais fêtent l’arrivée des Canadiens. On trinque tandis  qu’un soldat surveille aux alentours. Il s’agit très certainement de Glens. Témoignage de Mme David (au centre) : au moment de la photo, un Canadien installait une ligne téléphonique en face de la maison, quelques minutes plus tard un obus le  pulvérisa ; ces Canadiens étaient francophones.

Ici un plan élargi montre ce groupe sur le trottoir et des blindés des Inns of Court Regiment RAC ce qui signifierait que la photo a été prise en milieu d'après-midi après que les Glens aient atteint l'Orne.

 

 

 

Une troupe de quatre Sherman se joint à elles et expédie des milliers de balles vers la Prairie et le coteau de Vaucelles en arrière du Grand-Cours (aujourd'hui le Cours du Général Koenig) . Un autre peloton stationne Fossés saint Jullien.

"Photo coll. part." avec l'aimable autorisation de l'auteur. Une troop de Sherman, Fossés Saint Julien ( voir les barrières du marché aux bestiaux typiques des Fossés).  A droite un Firefly reconnaissable à son canon.

Place de l'ancienne Boucherie, les canons de 6 Pdr des Glens tiennent le carrefour que traverse la queue de la colonne régimentaire.

"Photo Archives Départementales du Calvados" . Le 9 juillet, un Sherman dans les ruines de la rue de Bretagne

 La foule est là qui les acclame, les félicite et découvre avec sympathie que ses libérateurs sont Canadiens. L'espace de cette rencontre avec les Canadiens écossais et leurs merveilleux équipements, leurs généreux égards pour enfants et parents, font oublier pour un temps la fatigue, les deuils et la misère. Toute ébahie, la population de l'îlot sanitaire réalise enfin que ça y est, elle est libre.

13 h 30. "C and D Companies now in the centre of the town". Le lieutenant-colonel Christiansen est place Saint-Pierre

"Photo Goupil, source: Archives municipales de Caen". Après le 9 juillet, la place Saint-Pierre et l'église Saint Pierre, à gauche en ruine l'hôtel d'Escoville, non visible derrière les ruines en arrière plan le château.

et 300 Glens découvrent avec effarement le champ de ruines qui s'étale vers Saint-Jean et l'Orne.

14 h 40. Lieutenant Dixon : "La poursuite continue. La ville de Caen est tombée entre nos mains. Les SDG sont maintenant près de la rivière (Cies C et D). La brigade reçoit l'ordre d'avancer rapidement pour consolider les objectifs atteints avec succès". Les Allemands font sauter le pont de la Mutualité (selon d'autres sources dans la matinée du 9 juillet) , Vaucelles devient une presqu'île. Joë Pearson, le commandant de la 532nd Battery du 191st Field Regiment, RA (unité britannique  assignée au 2nd Cnd Army  Group  Royal  Artillery (AGRA) a poursuivi son exploration en moto jusqu'à la caserne Hamelin,

jumelles rivées, il observe la berge opposée où il note les départs des tirs de MG, puis de mortiers. Soudain, un soldat allemand émerge des éboulis de pierres juste à côté de lui, ils se dévisagent et, en une seconde, Joe dégaine son revolver de service et abat le sniper qui s'apprêtait à passer sur des planches, les moignons du pont de Vaucelles.

 

Ce qui reste du pont de Vaucelles

Des hommes du 2nd RUR surviennent alors, qui couraient après le jeune Waffen-SS depuis un bon moment. De  l'avenue de Tourville (pont de Calix) au pont de Vaucelles, le lst KOSB et le  2nd RUR montent la garde renforcés par mortiers et canons antichars dont les bulldozers du Royal Engineer ont permis l'acheminement.

Les Glens sont responsables de la rive ouest de l'Orne, du pont de Vaucelles au viaduc du chemin de fer, dans le coude de l'Orne.

 En ville, la chasse aux snipers se poursuit, parfois exagérée par quelques FFI surexcités qui voient des Panzer cachés dans les ruines là où ne demeure qu'un tuyau de poêle, certes provocateur.

 A 16 h, le lieutenant-colonel Christiansen précise au Brigadier Cunningham que les foyers de résistance rencontrés dans Caen n'étaient le fait que de quelques Waffen-SS déterminés, comme on a appris à les connaître, et qui ont généralement réussi à s'enfuir. (La 12. SS Panzer-Division perd 63 tués et disparus le 9 juillet)

"Photo PAC référence PA-131403". Un fantassin du  Stormont, Dundas and Glengarry Highlanders avec un Schmeisser MP40 allemand , le 10 juillet.

    Les derniers éléments allemands ont passé l'Orne sur des radeaux à l'abri des arbres du Grand Cours et en utilisant des madriers et des planches pour franchir les fractures des ponts délabrés.

La 9th brigade compte 69 tués et blessés le 9 juillet.

"Photos Archives Départementales du Calvados". Le 9 juillet à 16h-17h, devant le 45 de la rue Caponière des Sherman  remontent vers Venoix (le passage de l'Orne est impossible tous les ponts ont sauté)

"Photo Archives Municipales de Caen" Non datée, deux Sherman des Sherbrooke Fusiliers Rgt (27th Armoured Rgt )  place Villers ( à hauteur du 122 rue Caponière) direction Venoix. Remarquer à droite l'inscription allemande sur le mur: la flèche indique la direction de la retraite vers l'Orne.

Le parcours approximatif des Glens

Ce régiment a eu 10 morts le 9 juillet 1944

 

  I-2-3    7th Reconnaissance Rgt (17th Duke of York’s Royal Canadian Hussars) (commandant lt-colonel Thomas Cripps Lewis) de la 3rd Canadian ID  .

NB Ce régiment à recrutement montréalais comportait beaucoup de francophones.

La veille au soir, partant de Saint Louet, les pelotons des lieutenants: Telford, Rillie, Patterson et Brunstrom ont atteint l'entrée de La Maladrerie mais pris à partie par des antichars, les Scout-cars se sont repliés.

« Notre colonne volante rencontre des mines et les inévitables tireurs embusqués, à l’entrée de Saint-Germain., où je décide de passer la nuit en position défensive. Nous avons poussé quatre Humber dans Caen qui ont pu s'avancer jusqu'à la prison pratiquement sans opposition. Mais en ce point, sous un tir d'armes automatiques de plus en plus fourni,  elles ont dû rentrer "au port", mission largement remplie. « 

Le matin du 9 juillet, des voitures blindées sont dissimulées derrière l'église de Saint-Germain-la-Blanche-Herbe depuis la veille et les hussards canadiens, transmettent par radio les mouvements de repli dont ils sont témoins. Ils ont ordre d'attendre les Glens avant de foncer vers les ponts sur l'Orne dans la ville, car de nombreuses mines connues seulement des pionniers SS interdisent la chaussée. Le lieutenant Doig de l'escadron A a observé le passage des lourds tracteurs d'artillerie remorquant les 88 Flak et tente de rouler dans leurs traces. Mais l'écran des maisons lui en dissimule une portion et son Humber Armoured Car saute sur une mine en haut de la rue Caponière atteinte par Venoix. La pénétration dans Caen se fera par le Nord.

"Photos PAC" Deux photos du même Bren. Photos du 10 juillet 1944. Séquence filmée voir en 4:22.

A gauche source p010274, Des Caennais se rassemblent autour d'un véhicule chenillé pour recevoir des cigarettes et des sucreries des soldats canadiens. En arrière-plan, les immeubles sont fortement détruits. Le Bren est rue de Bayeux  devant la venelle Crespellière côté numéros pairs. Casque Adrian peint en blanc et une paire de bottes en caoutchouc= Agent de la Défense Passive (DP). Français requis par les Préfectures pour servir de supplétifs à la Croix Rouge ou autres organismes de sécurité et de secours. Les jeunes de la Défense Passive de Caen (Equipes d'Urgence et Equipes Nationales) eurent durant le mois de martyre de la Ville une attitude héroïque.

A droite le Caporal J.R. Pelletier dans un  Bren carrier distribue des cigarettes à des civils. Source page 2 de ce site. Noter l'Arm of Service 41 à l'avant du Bren soit 17th Duke of York's Royal Canadian Hussars, la même localisation que l'autre photo le photographe est passé de l'autre côté  du Bren dans le bas de la rue de Bayeux.

 Position du Bren l'intensité de la couleur indique le degré des destructions.

"Photos PAC" Place Saint Pierre devant les ruines de l'hôtel d'Escoville. A gauche: de gauche à droite : Sergeant G.B. Bradley, Trooper F.G. McKeowndu du C Squadron, 17th Duke of York's Royal Canadian Hussars (AOS 41) avec leur blindé  Humber Mk. IV baptisé "Cigar", 18-20 July 1944. Au centre : Soldats du 17th Duke of York's Royal Canadian Hussars avec des Humber IIIA. A droite: Captain Ralph Sketch, commandant de la Item troop, 100th Battery, 4th Light Anti-Aircraft Regiment, RCA (3rd Canadian Infantry Division)

Vers 17 heures, le 7th Reconnaissance Regiment s’avance vers l’Orne, mais les ponts étant détruits, les blindés ne peuvent franchir la rivière.

Ce régiment a eu 7 morts le 9 juillet 1944.

 

I-2-4 Les  North Nova Scotia Highlanders (NNS), 9th Brigade de la 3rd Canadian ID quittent  Franqueville pour Venoix. En tête la Cie B du capitaine Wilson.

A Venoix, un peu avant midi, le dépôt de munitions, établi dans la carrière située face au Cimetière, est détruit par les artificiers S.S., qui se replient ensuite, en toute hâte, vers la « Cavée » du Bas-Venoix, au-delà de la ligne de chemin de fer Paris-Cherbourg.

Ce fut là, sur cette partie de l'Odon serpentant dans la prairie, que les SS, durant une semaine environ, établissent une ligne de défense avant de se replier sur le village de Louvigny.

 Les chenillettes empruntent un mauvais chemin qui s'avère miné. « Nous sommes salués par des rafales et des coups de feu.» Les Novas entrent à Venoix en suivant la tranchée du chemin de fer qui, bien abritée, est une excellente voie de pénétration d'ailleurs remplie de positions abandonnées par l'ennemi. Des chenillettes partent vers Carpiquet, d'autres vers la route de Vire. A 16 heures, le nettoyage est pratiquement terminé, les chenillettes n'ayant rencontré aucune opposition. Le major Ripley a découvert une voiture allemande abandonnée. Le sergent Griffiths a été tué par un S.S.

Descendant la voie ferrée vers l'Orne, les Novas se retranchent dans la ferme des Baladas au fond de la Prairie (la ferme des Baladas a été détruite en octobre 1961 pour laisser la place au parc des expositions). « Une poignée des nôtres s'installe là pour y passer la nuit. » Pendant la fouille des maisons, les lieutenants Ward et Brown suivis du capitaine Grieves descendent sur Bretteville où ils croisent les chenillettes du sergent Rector. Le soldat Irvine fait savoir que les snipers sont toujours très actifs. «Comme souvent, de drôles d'histoires circulent au sujet de femmes allemandes qui tirent sur nos soldats. En réalité, les gens de Venoix arrivent vers nous avec des fleurs, des baisers et des bouteilles de cognac. Le moral de la compagnie B des Novas, l'une des premières unités à entrer à Caen, est aussitôt remonté ! Peu après, sous le sifflement des premiers 88, nous observons des Panzers camouflés vers Louvigny.»

Venoix tombe aux environs d'une heure de l'après-midi aux mains des Canadiens du North Nova Scotia Highlanders , alors que les quelques habitants restant dans la commune, et qui s'étaient terrés dans leurs abris, durant l'explosion de la carrière, commençaient à revenir en surface, pour tenter de préparer leurs repas. Cela n'empêcha pas, en tout cas, de faire aux enfants de la Nouvelle Ecosse, un accueil qui les surprit. Car ils ne s'attendaient pas à trouver des civils à Venoix et surtout à être reçus par eux à bras ouverts... au bout desquels, bien souvent, était une bouteille de « calva », conservée pieusement pour les grands événements.

A Venoix, vers midi, une chenillette « Bren carrier », venant de la rue Gallieni, descend l'avenue Henry Chéron en direction de Bretteville-sur-Odon.

A bord du véhicule, à l'avant, servant de guide, posté comme une figure de proue, un civil coiffé d'un chapeau et ceint d'une écharpe tricolore :  Jules Hollier-Larousse ,, maire de Louvigny et membre de la Résistance, ouvrait la route.

Deux jours plus tôt, le 7, M. Hollier-Larousse avait réussi à traverser les lignes, près de Carpiquet, à la ferme Morin, sur la route de Caumont. Là, il avait rencontré le commandant des « Novas » le Lieutenant-colonel Petch , et c'est en compagnie de celui-ci qu'il rentrait ainsi dans Venoix.

Les rares civils restés sur place - une vingtaine environ - suivaient avec une joie mal contenue, le parcours du véhicule. Soudain, alors que la chenillette arrivait en haut de la côte de Bretteville, arriva en sens inverse, une «Mercédès» décapotable allemande, manifestement égarée...(une 202 Peugeot selon une autre version)

Le Lieutenant-colonel Petch, qui se tenait à côté de M. Hollier-Larousse, vida alors le contenu de son revolver, sur l'officier qui se tenait, debout, dans la voiture ennemie. Celle-ci fit alors une terrible embardée et alla s'écraser contre le mur du manoir de Boucherville (Ex-PC de la 12.SS Panzer-Division Hitlerjugend , où le Kommandaur de la Division, le SS-Brigadeführer und Generalmajor der Waffen-SS Fritz Witt trouva la mort le 14 juin 1944).

Ensuite, arrivent les « Sherman » du 10th Armoured Regiment (Fort Garry Horse) , puis venant de Bretteville, l'infanterie, en longues files, rasant les murs et fouillant les maisons. Un tank s'aventure rue de Bellevue et tire un coup de canon. Du même coup, tous les volets de la maison voisine s'écrasent sur le trottoir.

Parcours des NNS le 9 juillet. La ferme des Baladas dans la Prairie.

Ce régiment a eu 3 morts le 9 juillet 1944

I-2-5 Highland Light Infantry of Canada (HLI) 9th Brigade de la 3rd Canadian ID 

A la suite des Glens , le HLI, après le combat sanglant de la veille à Buron, arrive à La Maladrerie.

"Photos PAC" avec l'aimable autorisation de l'auteur. Le 9 juillet, des Canadiens-écossais du  Highland Light Infantry of Canada, 9th Brigade, 3rd Cdn ID à la prison Beaulieu.

Des hommes du HLI dans Caen les 9 et 10 juillet

de gauche à droite, les Privates:  Harry Parker, John Cote, Eddie Feltham, Steve W. Buttee, J. Thomas et Gus McKinnon. Source.

 

«Nous trouvons partout des civils sortant de leurs abris, heureux de nous accueillir. Les fleurs et les vivats pleuvent. Devant nous, les Glens sont descendus  jusqu'à l'Orne. La ville est coupée en deux par notre front à la hauteur de la rivière.  Tandis que nous sommes fêtés par la population enfin libérée, l'ordre arrive d'occuper les positions où nous sommes. Nous nous installons alors au petit séminaire Saint-Paul, 3 rue du général Moulin.(vers 13H30), où suivra le Q.G. de la 9th Brigade. Le général Keller passe une brève inspection dans la cour et nous félicite pour notre excellent travail. Derrière nous, venant de l'abbaye d'Ardenne, les Reginas tiennent le haut de La Maladrerie. Vers minuit, de fortes patrouilles descendent en chenillette pour assurer la garde des ponts. »

"Photos PAC" avec l'aimable autorisation de l'auteur, en bas l'entrée du Petit Séminaire; en haut le 11 juillet, dans la cour une compagnie du HLI rend les honneurs au Brigadier Douglas Gordon Cunningham , commandant de la 9th Brigade. En haut à droite,  au garde à vous le général (?) et le Brigade Major N. Kingsmill (chef d'E-M de la 9th Brigade) qui a pris le commandement du HLI le 9 suite à la blessure de son chef de corps le lt-colonel F M Griffiths le 8 à Buron.

Ce régiment a eu 6 morts le 9 juillet 1944

 

I-2-6 1st Bn The Regina Rifle Regiment Lt-Col. Foster M. Matheson , 7th Brigade de la 3rd Canadian ID 

Pour ce bataillon, nous possédons le journal de marche (war diary de juillet 1944). Ils sont à l'Abbaye d'Ardenne à 14H00, à 15H30 visite du Brigadier Harry_Wickwire Foster , commandant la 7th Brigade qui annone un déplacement pour consolider la zone près de la prison Beaulieu. L'ordre de départ est donné à 18H00, la Cie D en avant garde suivie de la A  de la HQ et de la B. La zone de consolidation est à l'entrée de La Maladrerie au Nord de la prison Beaulieu, en jaune zone atteinte à 22H00 par la Bn HQ pour la nuit.

En jaune les positions des Reginas le 9 juillet

"Photos PAC" Les Reginas faisant la chasse aux snipers le 10 juillet

                                                                                                                 AGRANDISSEMENT

A gauche: Capture écran à 00:00:44 de ce film tourné le 9 juillet, les troupes alliées pénètrent dans Caen. A droite: Photo IWM présentée page 248 de ce livre  devant la Poste centrale place Gambetta, à droite un Medic du Royal Winnipeg Rifles.

FELDGENDARMERIE 723 (la Feldkommandantur 723 équivalent de la Préfecture du Calvados)

HEERESZAHNSTATION = Cabinet de dentiste de l'armée de terre

NSKK = Nationalsozialistisches Kraftfahrkorps Brigade Todt Gruppe 4. Staffel 4."l'insigne tactique" est un symbole (non officiel) représentant un canon sous casemate comme cette chevalière stylisée du NSKK Staffel 5. Voir également sur ce totem à Saint Malo.

STANDORTKOMMANDANTUR = Kommandantur de la place équivalent de la mairie

QUARTIERAMT FÜR DURCHGANGSVERKEHR = Bureau pour la circulation en transit.

F = Feldtelephon. Le F est en blanc sur fond rouge (ici en version fanion ) et en dessous la flèche directionnelle qui indique l'emplacement où se trouve la central téléphonique (dans ce cas le grand bunker de télécommunications Wn 111 type R618 sur la place Gambetta entre la Préfecture et la Poste)

En bas à droite, pancarte noire: Orst-Laz = hôpital local. Le Kriegslazarett était à l'hôpital civil avenue Georges Clemenceau.

Ce régiment a eu 10 morts le 9 juillet 1944

 

I-2-7 La cérémonie place du Lycée

A l'annonce de l'arrivée des Alliés rive gauche, les principaux membres de la Résistance, René Duchez et Georges Poinlane avec à leur tête le capitaine Léonard Gille , passent l'Orne. Ils étaient depuis la nuit précédente au PC de la rue d'Auge. Le drapeau à croix de Lorraine , porté par Poilane, ils parviennent au lycée Malherbe où M. Joseph Poirier , au nom de M. André Detolle , maire de Caen, les accueille chaleureusement ainsi que M. Pierre Daure , nouveau préfet du Calvados, et Mgr des Hameaux curé de Saint Etienne.

18 h 00, place du Lycée, la foule des réfugiés de Saint-Etienne se regroupe autour des résistants de la compagnie Fred Scamaroni, où lentement Léonard Gille lève un drapeau français timbré de la croix de Lorraine, au réverbère de la place en guise de mât. Ce drapeau était celui de la Mairie, dont s'étaient emparés le Lieutenant Roger Leblond et Michel Guilbert,  porté en lieu sûr à Louvigny, le drapeau avait été brodé en son centre d'une magnifique Croix de Lorraine par la résistante « Jeannette».

 

Selon cet article ce serait ce drapeau (quant à l'inscription je la considère comme une profanation)

 

Dans son bref discours, d'une voix brisée par l'émotion, Léonard Gille rappelle:

 "Les Allemands sont partis sans plus nous comprendre que lorsqu'ils sont arris. Ils croyaient que nous nous montrerions, écrasés sous les ruines. Ils se sont trompés. Depuis quatre ans, ils n'ont rien compris à l'âme française. Nous allons leur montrer ce qu'est la résurrection d'une race !"

A son signal. un disque égrène les notes de La Marseillaise que la foule entonne avec émotion.Marseillaise enregistrée (ÉCOUTER) par le radio correspondant de guerre canadien Marcel Ouimet.

Photo collection Jean-Pierre Benamou avec son aimable autorisation

Préparation de la cérémonie du 9 juillet vers 18H00 sur la place du Lycée, à gauche le portail d'entrée de Saint-Etienne

  

Photos prises du balcon du Parloir du Lycée Malherbe (voir photo ci-dessous). A droite photo Roger Tesnière.

Photo CollectionThomas

Photo collection Jean-Pierre Benamou avec son aimable autorisation  Remarquez le drapeau à mi mât

Captures écran d'un film. Le lever des Couleurs, la compagnie Scamaroni, des infirmières de la DP, Léonard Gille (casque blanc) avec des officiers alliés. AGRANDISSEMENT

Plaque dite du 9 juillet

"Ici le 9 juillet 1944, le drapeau français fut hissé pour la première fois depuis quatre ans sur Caen meurtrie par les combats. Souvenez-vous des sacrifices de ceux qui nous ont libérés Britanniques, Canadiens, Français de la Résistance des Forces Françaises de l’Intérieur de la Compagnie Scamaroni et de tous Ceux qui périrent au cours de la bataille de Caen"

Voir à la fin de ce film la cérémonie, Léonard Gille  avec un casque blanc.

"Photo Archives Départementales du Calvados". Place de l'Ancienne Boucherie, le 9 juillet, des fantassins et un Bren remontent vers la rue Caponière

Qautre dessins présentés dans ce livre illustrant la libération de Caen le 9 juillet 1944

 

I-2-8 La journée du 9 juillet heure par heure, la pénétration dans Caen.

 

Le 8  vers 21H00, la Cie B du 2nd RUR , qu'appuient 8 Sherman de la 33rd Armoured Brigade , tente une exploration vers les premières maisons de Caen, rue de Lébisey.

Le 8 au soir, le 7th Reconnaissance Rgt (17th Duke of York’s Royal Canadian Hussars)  engage quatre Humber dans Caen qui ont pu s'avancer jusqu'à la prison.

Dans la nuit du 8 au 9. le Kampfkommandant qui réside dans l'immeuble Pelpel, rue Saint Gabriel quitte Caen

03h00. le SS-Standartenführer Kurt Meyer commandant de la 12.SS Panzer-Division Hitlerjugend quitte son PC du quartier Lorge pour Garcelles (13 km au Sud de Caen); sa division a reçu l'ordre du I. SS-PanzerKorps de passer l'Orne

Vers 2heures. 6 à 8 Allemands dont un blessé grave (au pied) se réfugient pour se reposer dans l'abri souterrain du Sépulcre, ils repartent vers 06H00 en disant "alles kaput".

Vers 3 heures. une ambulancière de la Croix-Rouge qui transporte un blessé de Sainte-Thérése au Bon-Sauveur, croise près du pont du "Tortillard"(ou de La Mutualité) des camions et des canons lourds allemands qui descendent vers le sud.

06 h 00.  la rue de Bayeux est déserte, des camions allemands passent. Un Panther suit, l’officier en haut de la tourelle est blessé au visage, le sang coule, on sent que les soldats sont exténués.

06 h 30. quelques Waffen-SS, mitraillette en main, vont et viennent comme des fous, Place des Petites-Boucheries. Ils ne savent pas quelle direction prendre.

Au matin, deux Panzer sont encore à La Maladrerie, l'un est derrière le mur chez Antar, l'autre dissimulé dans le talus, route de Carpiquet. Ces chars disparaissent vers 9 heures.

 

La station service Antar de la Maladrerie, passage des Canadiens. De nos jours.

 

07h20. une patrouille du 2nd Royal Ulster Rifles (RUR)  au quartier Saint-Julien, dans les premières maisons de Caen

07h 30. la section du lieutenant Burges du 2nd RUR s'infiltre rue Marescot

8 h. 30 Radio Vichy diffuse , le communiqué suivant:

« La ville de Caen n'ayant pas un caractère stratégique évident. l'état-major allemand a décidé de retirer ses troupes au sud de la ville ».

09h00. des "Anglais" rue Leroy et au Sépulcre, quartier Saint Gilles

Vers 9 heures. des soldats allemands descendent la rue de Bayeux, en courant, chacun prend un poste sous les portes cochères, ils s'embusquent dans les corridors des maisons, à toute vitesse ils barrent la rue avec des chevaux de frise.

Dans la matinée, des Waffen-SS descendent la rue de Bretagne.

9 heures.  le pont de la Mutualité s'écroule saboté par les Allemands en retraite. Dans la matinée, le viaduc ferroviaire de la Prairie a été également saboté.

Dans la matinée. à l'intersection de la rue de Bayeux avec la rue Bicoquet, un soldat allemand, met le feu à son camion.

Dans la matinée. place Saint Martin, six Waffen-SS, en tenue camouflée, embarquent leurs MG dans deux Kübelwagen qui prennent la direction des Tribunaux.

Sans précision d'heure ! les Allemands mettent le feu aux hangars de la caserne Lorge.

09h30. la Cie B du 2nd RUR au Calvaire Saint-Pierre

10h30. le 3rd Reconnaissance Regiment RAC (8th Royal Northumberland Fusiliers)  rue de La Rochelle à Saint Jean Eudes

10 h 30, une arrière-garde allemande est en position sur le trottoir face au cinéma Majestic, Bd des Alliés. Les soldats rampent avec des grenades et des chapelets de balles. Une dernière patrouille débouche en courant et tout le monde se replie précipitamment.

Vers 11 heures, trois groupes de combat prennent position place Saint-Sauveur, mais ne tardent pas à se replier par la rue l'Ecuyère.

Vers 11 heures. des Panzern se mettent en position Place des Petites-Boucheries, l'un prenant en enfilade la rue de Bayeux, l'autre la rue Caponière. Quelques mitrailleuses s'y ajoutent... les dernières arrière-gardes. Vers midi, elles se retirent à leur tour.

Vers 11 heures. des "Anglais" sont vus à proximité du Jardin des Plantes.

11 heures. des Ecossais avec une Jeep portant un blessé arrivent dans l'hôpital civil, avenue Clemenceau.

11h15. le l st Stormont Dundas and Glengarry Highlanders les Glens à la fourche des routes de Bayeux et de Carpiquet

11h25. les Glens devant la prison Beaulieu,

11h30. la Cie B du 2nd RUR, le Major Hyde en tête, atteint le Boulevard des Alliés

Vers 11H30, une mitrailleuse allemande en position de tir, place des Tribunaux, avec ses servants à plat ventre, le tireur, doigt sur la gâchette, les deux autres, bandes de balles aux mains. Une deuxième mitrailleuse est en même position place Malherbe et un guetteur est posté sur le parvis de Notre-Dame de la Gloriette.

12h30. une patrouille du 2nd RUR rue des Fossés Saint-Julien

12h30. les Glens à la voie ferrée sur le boulevard Detolle, à l'intersection avec la rue de Bayeux (Halte de la Maladrerie)

12h45. les Glens devant le 59 de la rue de Bayeux couvent de Saint-Vincent-de-Paul

vers 13 heures, les compagnies C et D du 1st King’s Own Scottish Borderers (KOSB)   devant les remparts du château

vers 13h00 le North Nova Scotia Highlanders (NNS) libère Venoix

13h00. Les Glens Place de l'Ancienne Boucherie

13h15. des sections 1st KOSB atteignent la place Courtonne et la rive nord du Canal

13 h 30 Informations anglaises:

"Les Alliés, puissamment soutenus par l'artillerie et l'aviation, sont dans les faubourgs de Caen. Epron, Saint-Contest, Saint-Germain sont nettoyés. Des mines et des combats d'arrière-garde empêchent les blindés d'entrer dans la ville. Aujourd'hui sera la journée des combats de rues. D'après des dépêches allemandes, La Haye-du-Puits serait occupée par les Américains. A Washington. le général de Gaulle achève ses entretiens avec le Président F.-D. Roosevelt. "

13h30. les Inns of Court Rgt RAC place Gambetta

13h30. le lieutenant-colonel G.H.Christiansen chef de corps des Glens est place Saint-Pierre

13h30 les Glens devant le 43 de la rue Caponière

vers 13h30. les Highland Light Infantry of Canada (HLI) au Petit Séminaire Saint-Paul, 3 rue du général Moulin.

Vers 14h00. des Canadiens place Villers

Vers 14 heures. Deux tanks canadiens entrent dans la cour d'honneur du Lycée.

De 14H30 à 15H45 contre-attaque de la Kampfgruppe Rauch . Pour plus de détails voir ici.

14h40. les Glens près de la rivière Orne (Cies C et D).

16h-17h. des Sherman des Sherbrooke Fusiliers Rgt (27th Armoured Rgt ) devant le 45 de la rue Caponière direction Venoix.

vers 17 heures. le 7th Reconnaissance Rgt (17th Duke of York’s Royal Canadian Hussars)  au bord de l’Orne

18h00. cérémonie place du Lycée

Dans l’après-midi. les blessés militaires du Bon-Sauveur:  6 Allemands et 12 Britanniques sont transportés par les Canadiens vers les 86th et 88th General Hospitals de Douvres-la-Délivrande.

Les derniers Allemands franchissent l'Orne sur les ruines des ponts détruits et sur des radeaux à l'abri des grands arbres du Grand Cours.

19 h 30 Bulletin de la BBC :

"On vient d'annoncer au GQG du général Montgomery que Caen est libérée et est entièrement aux mains des Alliés. Les Britanniques venant du nord et les Canadiens de l'ouest, ont opéré leur jonction au centre de la ville. Vaucelles est encore aux mains des Allemands. Des dépêches du front annoncent que les Canadiens ont définitivement chassé l'ennemi de Carpiquet et Bretteville­sur-Odon serait tombé ce soir, des patrouilles ont atteint le confluent de l'Odon et de l'Orne".

22h00. le 1st Bn The Regina Rifle Regiment bivouaque devant la prison Beaulieu

 

9 juillet Journal des opérations (KTB) du Heeresguppe B

L'ennemi pénètre à Caen dans le secteur de la16. Feld-Division (L) . La 12.SS-Panzer-Division Hitlerjugend est refoulée par de durs combats, quelques groupes encerclés se défendent vigoureusement contre un adversaire très supérieur. Une contre-attaque de la 21. Panzer Division ne réussit pas. L'adversaire ne poursuit pas son attaque au-delà de Caen.

On ne peut finir cet article sans présenter cette photo emblématique de la libération de Caen

Lire son histoire.

 

 

- et et et et et et et et et et et .

Remerciements

A lire ensuite du 10 au 17 juillet 1944 à Caen.

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