RESISTANCE

 

 Le dépôt de la gare de Caen

 

 

    Le dépôt de la gare de Caen, où près de 800 ouvriers travaillent à l’entretien et la réparation du matériel roulant, est très tôt devenu un foyer de Résistance. Dès 1940, nombreux sont ceux qui ont commencé à se livrer à des actes de sabotage. Les plus timorés se contentent de fermer les yeux. Alors que la pénurie s'installe, gaspiller volontairement l’outillage est une façon de ralentir la production. Lorsqu'un stock de boulons arrive, il est vite épuisé: par kilos, ils sont subrepticement jetés dans les foyers des locomotives. Quelques coups de poinçon sur une pièce neuve suffisent à la rendre fragile. Les précieux coussinets de bielle disparaissent mystérieusement et il faut des semaines avant d'en recevoir de nouveaux en provenance des ateliers de Sotteville.

 

    En 1942, la Résistance au dépôt, prise en mains par le Front national, sous la responsabilité d’Henri Neveu, se structure autour d'hommes tels que Gustave Noël (28 ans en 1940, cheminot - Organisation : Front national - Domicile : Caen), les trois frères Boutrois, Jean-François Le Moal de Mondeville, Roger Leduc (30 ans en 1940, cheminot - Organisation : OCM - Domicile : Caen), Maurice Arrot , Jean Desvouges ((29 ans en 1940, cheminot - Organisation : Front national - Domicile : Caen), Georges Corbey ((32 ans en 1940, cheminot - Organisation : Front national - Domicile : Caen) ... Un ajusteur, Marcel Daubin (29 ans en 1940, cheminot - Organisation : Front national - Domicile : Caen), assure la coordination entre les différents groupes.

 

    Les sabotages sont désormais accomplis de manière systématique sur le matériel roulant servant localement aux troupes d'Occupation ou sur les locomotives et wagons réquisitionnés pour l’Allemagne. L'émeri, récupéré sur les meules, est discrètement mêlé à l’huile destinée aux boîtes d'essieu ou de boggie. Du sable est jeté dans les coulisseaux des bielles qui ne tarderont pas à chauffer anormalement. Des boulons et de petits outils sont "oubliés" dans les cylindres dans le but de les défoncer. L'injection d'eau des machines est sabotée pour empêcher la montée en pression. L'astuce suprême consiste à livrer aux .Allemands du matériel apparemment en bon état… qui tombera en panne très rapidement.

 

    Pour désorganiser le travail, de fausses alertes aériennes sont fréquemment déclenchées. Les ouvriers se dispersent et ne reprennent leur poste que plusieurs heures plus tard.

 

    Dans la nuit du 30 avril au 1er mai 1944, deux résistants du dépôt : Émile Boutrois et Jean-François Le Moal parviennent à faire dérailler une locomotive dans le pont transbordeur et à en lancer une autre dans la plaque tournante, bloquant ainsi le trafic de la gare pendant plusieurs jours.

 

    Provoquant une belle pagaille, l’action d'éclat met les Allemands sur les dents. Ils chargent l’un de leurs agents français, Serge Fortier , de mener son enquête. Il est l'homme idéal pour cette mission ayant vécu toute son enfance dans le milieu des cheminots, vivant comme eux dans le faubourg de Vaucelles. Il les connaît bien et a recruté une équipe de collaborateurs acharnés dans ce quartier, comme Albert Baot ou Gilbert Bertaux. Il va en même temps exploiter cette occasion pour se venger de tous ceux à qui il pouvait en vouloir et dresse une liste de personnes à arrêter.    

     

    Le 15 mai 1944, la Gestapo, aidée de la bande à Hervé, procède aux arrestations de plusieurs cheminots. Tous sont relâchés à l’exception de Colbert Marie , Désiré Renouf et Georges Madoret.

Georges Madoret, 21 ans en 1940, cheminot - Domicile : Caen. Il est arrêté par la police allemande le 15 mai 1944 pour des raisons demeurées inconnues, dans le cadre d'une rafle lancée sur le quartier de Vaucelles et visant principalement des cheminots appartenant au Front national. Conduit à la maison d'arrêt de Caen, il figure parmi les victimes de l'exécution sommaire perpétrée par les nazis le 6 juin 1944.

Les arrestations se poursuivent toute la journée et même une partie de la nuit. Sont ainsi capturés : Louis Renouf , Achille et Michel Boutrois et Maurice Arrot le propre beau-frère de Serge Fortier .

Émile Boutrois parvient à échapper à la rafle de même que Jean-François Le Moal et Jean Desvouges. Ils se réfugient chez les époux Bisson à Clécy, l’une des planques favorites des résistants du Front national. 

Berthe Bisson née Vallée, 37 ans en 1940 et Eugène Bisson, 44 ans en 1940 ; cultivateurs ; Organisation : Front national - Domicile : Clécy

 

 

    Le 1er juin 1944, la Gestapo est de retour et s’empare de Joseph Picquenot et de son fils Bernard , Maurice Millemann , Savelli et Maurice Siégel (29 ans en 1940, cheminot - Organisation : Front national - Domicile : Caen)  réussissent à se mettre à l’abri à temps.

 

    Selon le témoignage de son fils recueilli en 1993, M. Augé le chef de la gare était un résistant. Source . Le seul Augé trouvé est: Albert Augé, 43 ans en 1940, cheminot - Organisation : OCM , Samson du BCRA - Domicile : Caen)

 

    Le 6 juin 1944, Colbert Marie , Louis Renouf , Désiré Renouf, Maurice Arrot , Georges Madoret, Achille et Michel Boutrois , Bernard et Joseph Picquenot sont fusillés à la maison d'arrêt de Caen.

 

 

Sources:

Archives de Jean Quellien

 et 

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