RESISTANCE

SOURCES: Collection Résistance et Mémoire.

Henri LE VEILLÉ (1907-1997) alias Microlo.

 

    En 1939. Henri Le Veillé est agent des installations aux PTT à Caen. C'est aussi un ardent syndicaliste de la CGT. A la déclaration de guerre, il est affecté en Afrique du Nord. Démobilisé après la défaite, il rentre à Caen, début septembre 1940, et reprend son travail à la Poste.

    Avec sa fougue habituelle, il ne tarde pas à manifester clairement son opinion. Conseiller municipal de Blainville, il refuse de siéger sous le portrait du maréchal Pétain ; ce qui lui vaut, avec quelques uns de ses collègues, d'être déchu de son mandat.

    En octobre 1940, alors qu'il est venu à la maternité de Bénouville pour une installation téléphonique, la directrice, Léa Vion , après s'être assurée de ses sentiments, lui propose d'entrer dans la Résistance au sein de l'Armée des Volontaires.

    Il est alors mis en rapport avec l'un des membres de ce mouvement, René Duchez , qui lui demande de former un groupe au sein des PTT et de recueillir des renseignements sur les transmissions allemandes. Il remplit cette mission avec succès et ne tarde pas à étendre son organisation dans la Manche et l'Orne ; ce qui lui vaut d'être approché en janvier 1942 par Ernest Pruvost qui, de Paris, est en train de mettre en place le réseau Action PTT. Le Veillé accepte d'en prendre la direction pour la Normandie, tout en restant membre de l'Armée des Volontaires puis de l'OCM.

    Débur 1942, Marcel Richer du groupe Résistance PTT de la Manche lui remet le plan complet des réseaux souterrrain et aérien des lignes téléphoniques du département de la Manche.

    A l'automne 1943, il participe aux premières réunions du Comité départemental de libération (CDL) au titre de représentant de la CGT. Au début de l'année 1944, il prend en charge et guide dans le Calvados le capitaine Jean Renaud-Dandicolle , chargé par le SOE de mettre en place le maquis de Saint-Clair et de réceptionner des parachutages d'armes.

    Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944. Henri Le Veillé et ses hommes passent à l'action et sabotent les réseaux de transmissions des Allemands ce qui nuira gravement à leurs capacités de réaction face à l'assaut des Alliés.

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Sources:

Archives de Jean Quellien

et et .

Rapport du Capitaine Henri Le Veillé dont voici la première page

(ajouts de MLQ)

Capitaine LE VEILLÉ Henri, homologué N° 82.825
6 rue Pierre Bourdan - PARIS 12è

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Rapport donné à M, Henri MICHEL, le 10 mai 1956
Historien à la Présidence du Conseil.

LE VEILLÉ Henri, Contrôleur Principal I. E. M.

Centre National. Etudes PTT

6 rue Pierre Bourdan - PARIS 12è

 

En 1939, j’étais agent des Installations aux PTT à Caen (Calvados). A la mobilisation, le 1er septembre 1939, ayant un fascicule pour le Centre Mobilisateur d'Infanterie n° 183 (Les Arènes de Bayonne), bien qu'ayant fait mon service en qualité de quartier-maître mécanicien d'aéronautique (Escadrille 5 B 2 de la Marine) pendant la guerre du Maroc avec le Commandant COMPARDON et le Capitaine Joseph LE BRIX  en 1926-1927.

En 1932, j’ai effectué une période 21 jours à l'aviation maritime de Brest où j'ai été signalé comme P.R. (Propagandiste-Révolutionnaire), c'est ce qui m’a valu d'être envoyé au Maroc, camp d'Hel-Adjeb à côté de Meknès. Ensuite; grâce au lieutenant SOUARD du 323è R.I. , lequel avait compris que je devais être victime d'un gendarme maritime quelconque qui voyait des communistes partout, je fus désigné par le commandant de bataillon pour aller suivre les cours de perfectionnement à Casablanca (2 mois). Versé au 218è R.I., j'eus la désagréable surprise de constater que tous mes camarades avaient été nommés au minimum sergents et que malgré mon classement j’étais oublié.

Après avoir demandé le rapport du Colonel, commandant le 323è R. I. je fus reçu par le commandant major du régiment "Tachouard", qui me félicita pour mon travail et ma bonne tenue au cours, mais me fit savoir que le Colonel ne pouvait me nommer étant P.R..

J'ai été plusieurs fois volontaire pour partir en France encadrer les Sénégalais ou la Légion Etrangère ; à chaque fois, refus catégorique. Un certain jour, au rapport, on demande des spécialistes de l'aviation. Je me fais inscrire; étant le seul au bataillon à avoir sur mon livret matricule marqué "SPECIALISTE DE L'AVIATION". Quelques jours plus tard on me fit savoir de ne pas insister, que c’était inutile.

Avec le 218è R.I.M. je pars à Gabès, puis à la ligne Mareth attendre les Italiens "qui ne viennent pas".

Le 24 juin 1940, le Colonel TAMISIER nous a tous réunis pour nous faire part de la capitulation du Maréchal PÉTAIN et nous a demandé de continuer la lutte avec nos amis les Anglais, nous disant que rien n'était perdu, que la bataille devait continuer. 80% du régiment était d'accord avec le Colonel. Puis quelques jours plus tard après l’arrestation de MANDEL et l'histoire de Mers-el-Kébir, nous avons été rassemblés de nouveau pour entendre un Colonel faisant fonction de Général, nous demander de rentrer dans nos familles, d'être corrects avec les Allemands pour ceux qui retournaient en zone occupée, que la guerre était perdue et terminée.

Nous devions de plus laisser une zone neutre de 250 km entre nous et les Italiens. Donc nous rejoignons Sfax à pied, personne n'avait le moral très bon. Comme il y avait souvent des accrochages avec les civils italiens remis en liberté des camps d'internement par les Allemands et qui nous insultaient sur notre passage, nous fumes dirigés sur Maison-Carrée en Algérie. Après plusieurs étapes nous arrivons vers le 30 juillet 1940 en Algérie. Je fus démobilisé au 1er tirailleur marocain à Maison-Carrée le 13 août et envoyé à Limoges pour être rapatrié en zone occupée à Caen. Après plusieurs jours d'attente à Alger, nous avons pris le bateau pour Marseille. Là commencent mes premiers ennuis avec les Allemands.

En me promenant sur la Canebière, mon beau-frère démobilisé, que je venais de retrouver, me fit voir les Allemands installés dans un Hôtel (commission - d'armistice). Comme je venais de faire des réflexions désobligeantes à leur égard, un jeune sous-lieutenant français (de la nouvelle armée de PETAIN) et deux gendarmes voulurent me faire circuler; n'obtempérant pas assez vite au gré de ces messieurs pour qui je n'avais pas beaucoup de respect "à cause de leur attitude", ils me firent emmener par la patrouille au Fort St. Jean où je m'expliquais avec un lieutenant qui ,lui, avait fait la guerre, mais pas sur la Canebière.

Il me fit libérer immédiatement.

Le soir, je pris le train pour Limoges. A Limoges, je me rends à la Direction des PTT pour obtenir les papiers nécessaires à mon retour à Caen. Les places étant limitées, il fallait attendre plusieurs jours, mais le même soir je pris le train pour Paris sans autorisation. Au contrôle de Vierzon, effectué par les Allemands, nous devions être quatre par banquette, huit par compartiment. Je reculais de compartiment en compartiment, au fur et à mesure que les Allemands avançaient. Une alerte mit fin à ma course, les Allemands partirent vers les abris, et le train repris la direction de Paris, tous feux éteints. A quatre heures du matin nous arrivions à la gare d'Austerlitz, et le 1er ou le 2 septembre enfin à Caen.

Deux jours après je me mets à la disposition des PTT.

Le Chef du Service des Mesures m'envoie effectuer une installation dans un hôtel pour les Allemands. L'officier menace de me mettre en prison si l'installation n'est pas faite et terminée le soir même. "Vraiment je n'ai pas de chance avec les occupants".

Au début d'octobre 1940, Caen était puni : d'où couvre-feu à 19 heures.

J'habite à 7 km de Caen. En bicyclette par le chemin de halage du Canal de CAEN à la mer, de façon à ne pas être rencontré par les patrouilles; je rentre à Blainville sur Orne après m’être attardé à Caen jusqu'à 21 h, il fallait rouler sans lumière à cause des avions et Caen était considéré comme zone de combat. Je fais subitement une rencontre brutale avec un autre cycliste auquel je fais des
excuses. Pour toute réponse je reçois un direct en pleine figure. N'étant pas de tempérament à accepter les coups, je riposte aussitôt, et je m'aperçois que j'avais affaire à un soldat allemand. J’étais heureux de mon premier contact avec les troupes d'occupation. Quelques jours plus tard je fus envoyé faire une étude d'installation à la maternité départementale du Calvados, à Bénouville.

Source. La Maternité dans le château de Bénouville

La Directrice Mme Léa VION me reçut aimablement, elle me demanda où j'étais passé pendant la guerre, mais surtout ce que je pensais de la capitulation de PETAIN et de la collaboration avec les Allemands. Ma réponse fut catégorique. Je la mis au courant de mon incident survenu au bord du canal, à la suite de quoi elle me demanda si je voulais accepter de travailler avec un groupe de français qui continuaient la lutte contre les Allemands. N'ayant pas digéré notre repli de 250 km devant les Italiens ainsi que mes premiers contacts avec les Allemands, j'acceptais sa proposition avec plaisir.

Fin octobre 1940, Mme VION me présenta à René DUCHEZ , Chef du 2è Bureau de la Subdivision M.1. à Caen, qui me demanda de former un groupe dans les PTT pour lui fournir les renseignements sur les centraux, stations et liaisons utilisés par les Allemands et établir une carte pour le Calvados, l'Orne et la Manche.

En décembre 1940, j'étais officiellement inscrit comme résistant. J'avais envoyé à Londres, par l'intermédiaire de DUCHEZ, mon nom de guerre (Microlo) accompagné de quelques lignes tracées de ma main : "Rien ne sert de courir, il faut partir à point".

J'avais été élu conseiller municipal de Blainville sur Orne en 1936. Le Conseil Municipal fut réuni par le Maire, M. GASSER, libéré gracieusement par les Allemands (originaire de Lorraine) du camp de prisonniers du Mans (Sarthe) (le Frontstalag 203), il fallait délibérer devant le portrait du Maréchal . Je refusais en compagnie de six de mes camarades: Marcel DELAHAYE (32 ans en 1940 ; profession : ouvrier à la SMN; Organisation : Action PTT ; Domicilié à Blainville sur Orne), Edmond LINAIRE , Henri LE FRAPPER , Maurice HERVY , Paul LETELLIER , Arsène GERVAIS. Devant notre refus, le maire leva la séance et fit un rapport au Préfet . Celui-ci me convoqua immédiatement et me demanda pour quelles raisons je ne voulais pas collaborer avec le Maréchal, ni avec les Allemands. Il insista en me demandant de bien réfléchir. Je lui fis comprendre que ma décision était irrévocable et que mes six camarades étaient entièrement d'accord avec moi.

Un mois après, en janvier 1941, nous avions les honneurs de Radio-Paris: "Les conseillers municipaux suivants; Henri LE VEILLÉ, Marcel DELAHAlE, etc de Blainville sur Orne, ne pouvant remplir leur mandat dans de bonnes conditions sont révoqués: décision de l'Amiral DARLAN , vice-président du Conseil".

Dans le même temps, j'ai contacté Achille NIARD (43 ans en 1940), Agent principal des Installations à CAEN, qui a accepté sans restrictions et qui est devenu par la suite un de mes adjoints pour la région normande, Paul MARIE (28 ans en 1940), en février 1941, qui était vérificateur IEM à CAEN, service automatique rural et me rendit de grands services par ses connaissances techniques très étendues et qui avait l'autorisation de circuler sur toute la côte avec la voiture administrative.

Ne pouvant avoir de renseignements sérieux sans le concours du service des mesures, qui dans un central téléphonique et télégraphique dirige tous les travaux de construction et de relève des dérangements, qui tient à jour le répertoire des câbles et lignes utilisées et disponibles, et de ce fait possède le contrôle de toutes les liaisons, ce service était en permanence sous la surveillance de techniciens allemands, « F.N.K.25 » (Feldnachrichten-Kommandantur 25.), il fallait agir avec prudence. Avec NIARD qui connaissait parfaitement M.FOUQUE , contrôleur principal, chef du service des Mesures nous fîmes une démarche pour nous assurer son concours. II nous refusa son aide en nous disant que nous étions des fous de croire en le Général de GA ULLE . Nous lui avons demandé de garder le secret de notre démarche, chose qu'il a respectée, car devenu résistant en 1943, il fut arrêté et déporté en Allemagne en qualité de responsable du mouvement de libération et ne revint pas, ainsi que M.(Gustave) MADELEINE, agent principal des installations et magasinier du service des installations pour le Calvados.  

Gustave Madelaine (51 ans en 1940) Profession : Employé aux PTT - Organisation : Libération-Nord - Domicile : Caen. Il appartient au mouvement de Résistance Libération-Nord, dirigé par Maurice Fouque, dont il est l'un des adjoints. Il est arrêté par la Gestapo quelques semaines après son chef, le 14 janvier 1944. Il est déporté le 22 mars 1944 au camp de Mauthausen. Affecté au Kommando de Gusen, il décède le 25 novembre 1944.

Donc un soir je décidais d'aller seul prendre des renseignements en consultant les documents de M. FOUQUE et des Allemands. Entre 19 et 20 heures, les soldats allemands s'absentaient, il ne restait qu'une dame Commis des Mesures, de service jusqu'à 21 heures. Ce soir-là je savais que Melle TESNIÈRES, très compétente et une vraie française était de service. Connaissant ses sentiments patriotiques, je lui demandais de surveiller la porte pendant que je consultais les demandes de constructions allemandes et le relevé des principaux circuits utilisés par eux. Melle TESNIÈRES se mit à ma disposition pour me fournir tous les renseignements dont j'avais besoin, sans risquer de me faire surprendre.

Les Dames des Mesures travaillant en brigade, il me fallait obtenir le concours d'une 2è Dame Agent des Mesures. Ce furent Mesdames DESMONS et RENAULT (Reine RENAULT née MARTIN, 41 ans en 1940; Profession : Employée aux PTT - Organisation : Action PTT - Domicilée à Caen), qui me rendirent de grands services, surtout en envoyant les ouvriers que j'avais au préalable désignés dans tel ou tel secteur pour obtenir les renseignements.

Ma femme Madeleine GOUGEON, était au courant depuis le début de mon activité et fut pour moi, une auxiliaire pendant toute la clandestinité. Le service renseignements PTT commençait à bien fonctionner dans le Calvados. LE VEILLE, NIARD, MARIE, Melle TESNIÈRES, Mmes DESMONS et RENAULT (canal DUCHEZ), Mme Odette DUCHEZ , chef S.R. pour le Calvados, Mme Léa VION . Mme Léa VION me mit en rapport avec M. DESVIGNES (Claudius Desvignes, 47 ans en 1940. Profession : comptable - Organisation : Armée des Volontaires ; OCM ; Marie-Odile - Domicile : Bénouville) , Chef comptable de son Etablissement qui s'intéressait à la Radio, suivant les opérations minutieusement sur des cartes, et effectuait sur cartes les liaisons téléphoniques, les centraux, stations et guérites du département d'après tous les renseignements. Mme Léa VION me proposa son ambulance pour les besoins de la Résistance (conduite par un prisonnier de guerre évadé des camps de Saint-Lô) (Frontstalag 131) Albert LEBOURGEOIS (28 ans en 1940. Profession : chauffeur - Organisation : OCM ; Marie-Odile - Domicile : Bénouville ).

En mars 1941, le Directeur des PTT M. SAUGEON me convoqua à son bureau  pour me prévenir que la Gestapo était venue pour consulter mon dossier et lui demander si j'étais communiste. Sur sa réponse négative, il me dit qu’il pensait que l'affaire était classée. Mais le Préfet l'avait chargé de me faire quitter Blainville sur Orne dans le plus bref délai et qu'il se mettait à ma disposition pour m'aider à trouver un logement à Caen. De plus, que si j'étais socialiste je n'avais qu'à être National-Socialiste, que c'était la même chose. Je ne fus pas du tout d'accord avec lui. Mais je le priais de me prévenir si la Gestapo continuait à s'occuper de ma personne, "faisant confiance à ses sentiments français".  Je vins donc habiter 2bis, rue Guerriere à CAEN (Le nom de la rue était de circonstance).

Pour élargir le service de renseignements et préparer des équipes de sabotages, je contactais Gaston BARATTE (54 ans en 1940, organisation: Front national et Action PTT, domicilié à Caen), chef d'équipe du service des Lignes à Caen (tué pendant la bataille du Calvados dans la région de Trun), qui était un militant syndicaliste et communiste aimé de tous ses camarades en qui ils avaient une grande confiance, et de ce fait en relations avec le service des Lignes et Souterrains de tout le département. Par la suite, je le fis rencontrer Léa VION , qui lui permit de travailler et cacher plusieurs de ses amis du Parti communiste traqués par la Gestapo. (André responsable clandestin du P.C. pour l'action) (André Lenormand , 27 ans en 1940. Profession : cheminot - Organisation : Front national - Domicile : Villers-sur-Mer.)

Tout le monde sait pourtant que Léa n'est pas d'accord avec les communistes, mais pour elle il y avait la Résistance au-dessus de tout.

En mai 1941, le service des Dérangements m’envoya dans la région de Thury-Harcourt, avec une voiture 201 Peugeot conduite par Albert LAUNAY, surveillant chauffeur (tué pendant la période du débarquement à Caen à côté d'un de ses fils blessé lui-même au bras).

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Source: Collection Yves Lecouturier. La Peugeot 201 des PTT.

Lorsque notre travail fut terminé je fis une visite à mon ami Jacques CHARLES, facteur à Saint-Pierre la Vieille, à côté de Condé sur Noireau que je n'avais pas vu depuis 1939. Je le mis au courant de mon activité. Il fut d'accord pour travailler avec moi et me fournir tous les renseignements dont j'avais besoin (liaisons téléphoniques des Allemands, dépôts de munitions, concentration des troupes, ouvrages, terrains d'aviation et sur les travaux en cours au Mont-Pinçon).

Localisation de: Caen, Thury-Harcourt, Saint Pierre la Vieille et le Mont Pinçon.

Il mit à ma disposition un fusil mitrailleur 1937 et plusieurs fusils Mle 1937 à baïonnette rentrante que les soldats français avaient abandonnés en juin 1940. Pendant que Mme  Jacques CHARLES offrait un bon café à mon, ami LAUNAY, je cachais le fusil mitrailleur sous le siège de la voiture, en demandant à Jacques CHARLES  de bien prendre soin des autres que je ferai prendre aussi vite que possible. En arrivant à Caen, il était trop tard pour que LAUNAY me reconduise à mon domicile. Le lendemain matin LAUNAY déplaça le siège et stupéfaction? il aperçut le fusil mitrailleur. Immédiatement il fut chez moi me demandant si j'étais au courant de son colis, je lui demandais de garder le secret et s'il consentait à travailler avec moi pour la Résistance. LAUNAY accepta, Donc deux agents de plus, et aussi deux voitures et une ambulance. Mon ami Marcel DELAHAYE , de Blainville sur Orne (ex-conseiller municipal) tué par l'éclatement d'une mine après la Libération, un gars du Nord qui n'aimait pas les Allemands, était depuis mon premier contact avec Léa VION , tous les jours en relation avec moi. il avait formé un groupe aux Hauts-fourneaux de Colombelles où il travaillait comme fraiseur, avec le concours de son chef d'équipe M. FOURET. Ce dernier me présenta à sa femme, qui était Dame employée à la Direction des PTT du Calvados à Caen, ce qui compléta bien l’équipe PTT.

M. et Mme FOURET mirent leur maison à ma disposition pour me permettre de réunir mes chefs de groupe. La maison étant isolée à la sortie de Caen, et à double issue, elle offrait toute sécurité. Je tiens à signaler le courage de M. et Mme FOURET, qui malgré la perte de leur fils unique (André) tué sur son bateau (le Dunkerque) à Mers-el-Kébir, surmontant leur douleur, au lieu de prendre une position neutre ou hostile aux Alliés, continuèrent la lutte dans la Résistance jusqu'à la Libération.

M. BROUSSE (Henri Brousse : 47 ans en 1940 ; profession : inspecteur des PTT ; Organisation : Action PTT ; Domicile : Alençon ; déporté.) fut arrêté au débarquement pour son action. Les agents d'Alençon avec sa complicité, "Mercy étant son chauffeur" prirent le maquis avec voiture et matériel PTT. Le maquis fut ravitaillé pendant un certain temps par la Coopérative PTT dont M. BROUSSE était un des responsables avec M. CASARINI. Déporté il mourut en Allemagne. Je conseillais à Fernand CHASSEGUET de voir de ma part Louis MERCY(Louis Mercy : 33 ans en 1940 ; profession : Agent PTT ; Organisation : Action PTT, CND Castille, OCM ; Domicile : Alençon.), spécialiste de la radio. A mon retour à Caen, je fis le compte rendu de mon voyage à René DUCHEZ . Ne pouvant plus assurer la bonne marche du groupement seul, je présentais Achille NIARD  à René DUCHEZ, Léa VION , Léonard GILLE et ensemble nous primes contact de la part de DUCHEZ avec Jean CHATEAU de CAEN (spécialiste du renseignement). Il fut décidé par DUCHEZ que NIARD serait le responsable départemental du Calvados pour les PTT (renseignements et action), son tempérament calme et ses relations lui permirent d'obtenir le maximum. Avec Paul MARIE en tant que responsable de la radio, de l'organisation d'une section opérateurs et dépanneurs, de la recherche d'emplacements des postes, je pouvais me consacrer à l'organisation de la région normande.

DUCHEZ ayant reçu des ordres de grouper les responsables, afin 4'éviter que plusieurs agents fissent le même travail, il me mit en rapport. avec M. Robert KASKOREFF , pépiniériste à Caen (et par la suite responsable régional F.F.I. ) ainsi qu'avec M. Eugène MESLIN de l'O.C.M. de Caen (Colonel Harivel) mort en déportation.

C'est à ce moment-là que ma femme me fut d'une grande utilité. Elle recevait les agents de liaison, prenait et donnait mes rendez-vous, car avec mon travail des PTT et la Résistance, je ne faisais pas de grandes stations à mon domicile. Je tiens à signaler que j'avais de la chance. Beaucoup de mes camarades étaient obligés de se cacher de leur femme, et par la suite certains perdirent leur ménage lorsque nous fûmes contraints de passer des nuits dehors pour les parachutages qui n'étaient pas toujours effectués, ainsi que pour les sabotages.

N'ayant jamais eu de congé de maladie pendant ma carrière administrative j'en profitais de temps en temps pour me permettre de mener à bien les missions qui m'étaient confiées et effectuer mes déplacements. J'avais soit une entorse, soit une crise de paludisme. Le docteur, un ami de Achille NIARD, était toujours d'accord.

Septembre 1941. J'apprends que mon camarade Marcel RICHER , agent des Installations à Saint-Lô, était libéré des camps de prisonniers en qualité de PTT. Connaissant ses sentiments et son caractère, j'allais avec ma femme et ma fille Nicole, âgée de 12 ans, en promenade un dimanche à Saint-Lô pour fêter son retour. Immédiatement, je lui pose la question de confiance. II me dit être heureux de pouvoir entrer en action aussi vite, que les Allemands avaient intérêt à bien se tenir. Aimé de tous ses camarades PTT, dans son secteur, j'étais certain d'avoir avec lui un groupe solide dans son secteur de la Manche. Je l'invitais à venir le dimanche suivant à Caen pour le présenter à DUCHEZ  et M. KASKOREF le remit en relation avec M. Adolphe FRANCK (41 ans. Profession : instituteur lorrain expulsé, interprète d'allemand à la préfecture de la Manche - Organisation : OCM Centurie - Domicile : Saint-Lô), responsable de la Manche. Marcel prit avec lui Étienne BOBO  (Étienne Bobo: 20 ans en 1940 ; profession: vérificateur aux PTT; Organisation: Résistance PTT ; Domicile: Saint-Lô) jeune contrôleur IEM compétent et dynamique qui s'occupait du service des Mesures de Saint-Lô et des questions techniques, BOBO fut fait prisonnier au maquis de Beaucoudray, ou Ernest PRUVOST était chef national PTT, avec 10 de ses camarades le 14 juin 1944, et fusillé le 15.

Fin 1941, avec M.KASKOREF , ma fille Nicole qui portait dans son petit sac des papiers compromettants, nous fîmes une tournée en chemin de fer à Alençon, CHASSEGUET fut mis en rapport avec l‘ingénieur du Génie rural, pour former des équipes de sabotages, à Saint-Lô avec RICHER , et au Mans.

Donc le Calvados, la Manche et l'Orne étaient organisés pour les renseignements, les transmissions et l'action.

Janvier 1942, je reçois une lettre de Ernest PRUVOST , rédacteur au Ministère des PTT venant se mettre en rapport avec moi sur les recommandations de mon ami Charles MOREAU, responsable syndicaliste sur le plan national (avant l'occupation). Il me demandait d'aller à la gare deux ou trois jours plus tard au train de Paris, où je devais trouver Melle FLAUBERT, tailleur noir, écharpe verte avec une petite valise marron, qui venait pour me parler du livre de Salambo. Je n'étais pas très enchanté, car je me doutais bien connaissant les sentiments de Charles MOREAU, du but de la visite de Melle FLAUBERT, et d'autre part je n'aimais pas du tout travailler avec les femmes dans la Résistance.

Après mon entrevue avec Melle FLAUBERT (Simone MICHEL-LEVY) , pendue et brûlée 5 jours avant la libération de son camp par les Américains, pour sabotage (Ravensbruck), j'avais changé d'opinion et j'étais enchanté d'avoir fait sa connaissance. Je regrettais que beaucoup d'hommes ne soient pas aussi courageux et dynamique que Simone. En rentrant le soir à la maison, je dis à ma femme :"C'est une deuxième Léa . Avec Odette DUCHEZ nous aurons un trio de femmes solides sur qui nous pourrons prendre exemple". Simone commença par me demander de former la Résistance PTT dans la région de Rouen (Calvados, Orne, Manche, Eure, Seine-Inférieure). Je commençais par lui annoncer que le boulot était en route depuis un an sous les ordres de DUCHEZ dans le Calvados, l'Orne et la Manche, que dans la région de Rouen ils pourraient trouver un Inspecteur du service technique ou un Ingénieur qui aurait beaucoup plus de compétence que moi pour diriger la région.

Simone me dit que pour l'instant j'étais considéré comme le responsable. PRUVOST demande de t'assurer immédiatement le concours d'agents du Télégraphe, afin de posséder un réseau clandestin de liaisons depuis le Ministère des PTT, que son adjoint Maurice HORVAIS devait venir incessamment pour me donner des conseils administratifs et techniques de façon à ce que le réseau fonctionne avec toutes les garanties nécessaires.

Je croyais l'entretien terminé, mais Simone me demanda de travailler pour elle. Elle était responsable de la radio clandestine au réseau PTT en liaison avec le réseau CND du Colonel REMY . Elle voulait que je lui trouve le plus vite possible un emplacement pour installer un poste émetteur à 8 km de la côte, dans un endroit bien dégagé. Pour ce genre de travail je lui fis remarquer que nous étions fin prêts. Simone me dit: "Vous les Normands vous ne dormez pas".

Je proposais à Simone de la présenter à mon chef (il fallait bien la Résistance pour que je devienne discipliné !), pour régler cette question de poste émetteur. Odette DUCHEZ nous reçut avec empressement en attendant René . Simone et Odette devinrent vite amies, Odette étant une ancienne employée des PTT, Simone lui demanda si elle ne pouvait pas lui trouver une paire de bas, Grâce aux relations de René, après notre travail terminé, elle fut doublement comblée : bonne journée pour la Résistance et elle repartait avec deux paires de bas. C'était une affaire car elle était un brin coquette cette brave Simone.

Lorsque René fut arrivé il me fit remarquer sans ménagement que ce n'était pas chic de l'abandonner pour former un autre réseau. Je le rassurais aussitôt car il n'était pas question de ne plus travailler avec lui, nous avions besoin de son aide pour mener à bien notre mission. René et Odette DUCHEZ l'ont prouvé par la suite. Leur concours nous a été précieux. Après notre explication, nous nous mettons d'accord pour recevoir le poste émetteur avec deux opérateurs et pour assurer, le transport. Tout était fin prêt, restait à Simone de jouer. Celle-ci repartait pour Paris enchantée, je n'avais plus qu'à attendre mon message.

Après le départ de Simone , je m'assurais le concours d'un camarade du service du Télégraphe à ·CAEN. Ce fut Emile PLANCHAIS (30 ans en 1940 ; Profession : Employé aux PTT - Organisation : Action PTT - Domicilié à Caen), un des principaux employés du téléphone à Caen, qui voulut bien en assumer la responsabilité. Huit ou dix jours après la visite de Simone, PLANCHAIS me fit appeler à son bureau, il me donna un message venant de Paris: "ton ami Maurice ira te rendre visite à Caen le… ".

Au jour convenu Maurice HORVAIS fit son apparition 2bis rue de Guerrière. Il se présenta à ma femme, "Je suis l'ami Maurice et je viens parler à votre mari du livre de Salambo". Il me fit part des projets de PRUVOST , me donna la marche à suivre sur le genre de renseignements techniques dont il avait besoin, ainsi que de quelle manière je devais opérer pour organiser la région de Rouen.

Il me communiqua le nom du responsable de la Seine-Inférieure, VERDIER, mécanicien-dépanneur au garage des PTT à Rouen, que je connaissais depuis longtemps et en qui j'avais grande confiance. Par la suite, à cause de son action il dut prendre le large en zone libre et fut remplacé par Charles YVON, agent des centraux de Rouen.

J'étais heureux d'avoir fait la connaissance de Maurice , surtout emballé par so

n assurance et son grand calme. Après la visite de Maurice, le Calvados, l'Orne, la Manche, et la Seine-Inférieure avaient un responsable départemental.

Février 1942, Simone annonça son arrivée ; elle accompagnait les opérateurs. Au jour convenu je les attendais avec DUCHEZ à la gare de Caen, avec l'ambulance de la Maternité. Les deux opérateurs étaient Jacot (Olivier COURTAUD , radio à l'Aéropostale en Argentine, agent du BCRA) et Olaf ( Gustave COLZY, spécialiste de la radio). Ils furent arrêtés en même temps que Simone , en 1943, déportés en Allemagne et malgré toutes les souffrances endurées sont rentrés à la libération et n'ont jamais livré nos noms à la Gestapo.

Nous passons chez DUCHEZ pour prendre contact. Jacquot nous mit tout de suite dans le bain: "mon brave LE VEILLÉ , je vous remercie tous les deux d'avoir si bien fait les choses, je tiens à vous prévenir que vous n'avez rien à attendre de nous, que votre travail ne sera certainement pas récompensé, la seule chose que vous risquez d'obtenir c'est douze balles dans la peau. Il est temps encore ; réfléchissez avant de vous lancer avec nous". DUCHEZ lui répondit que nous étions dans le coup. depuis plus d'un an. Nous savions à quoi nous en tenir. Jacquot nous félicita et nous demanda de partir au travail.

Il fut transporté, ainsi qu'Olaf, par ambulance avec le poste émetteur chez, M. SAVARD (Roger SAVARD, 47 ans en 1940, Profession : Cultivateur - Organisation : OCM - Domicile : Anisy), cultivateur à Villons-les-Buissons à 7 km de Caen. M. (Roger) SAVARD était un résistant de la première heure, il avait une grande confiance dans la victoire, était une de nos relations: il fournissant du ravitaillement aux résistants, avait chez lui deux jeunes réfractaires que j'avais placés Daniel BAGNI (coiffeur) et Marcel GARDIN (mécanicien) (20 ans en 1940 - Organisation : Action PTT - Domicilié à Caen). Jacquot et Olaf restèrent chez M. (Roger) SAVARD pendant 8 jours: ils étaient logés, nourris et avaient même le coiffeur sur place. Ils correspondaient avec un bateau anglais qui venait à 80 km en mer. Les premiers essais ne furent pas satisfaisants. Les opérateurs entendaient les Anglais, mais ceux-ci ne recevaient pas. L'appareil avait été construit par leurs soins et ils
correspondaient en phonie. Après avoir rempli leur mission, ils reprirent la direction de Paris pour aller dans d'autres régions. Le poste fut mis en dépôt chez DUCHEZ
en attendant la prochaine émission. Gaston BARATTE avait formé son équipe pour les sabotages et les renseignements: Robert CASTEL (tué à l'action par les Allemands au débarquement  ), CHAUBOIS, VICTOIRE, etc… et deux habitants de Blainville sur Orne que je connaissais depuis les élections de 1936 (communistes tous les deux, ils ont été fusillés par les Allemands en 1942 non le 10 décembre 1941): Maurice HÉBERT (Maurice Hébert pseudo "Robert", ouvier aux chantier naval de Blainville sur Orne) et CATHERINE (Albert Catherine, ouvrier à la SMN) avaient distribué des tracts libellés en allemand pour démoraliser les troupes qui étaient en position sur la côte.

GUERNET, chef de poste de gendarmerie à Blainville sur Orne en tournée le matin de très bonne heure avec un de ses gendarmes trouva les tracts sur la route. A son départ ayant rencontré HÉBERT  et CATHERINE rentrant à leur domicile, sachant qu'ils étaient communistes, fit un rapprochement et les arrêta. Il téléphona à la Feldgendarmerie qui vint immédiatement prendre l'affaire en main, Le Capitaine GAUBERT. chef de la gendarmerie à CAEN, prévenu, fit remarquer à GUERNET que c'était une affaire uniquement française et que c'était à lui seul qu'il aurait dû téléphoner étant son chef direct et non aux Allemands. Il était trop tard, perquisition à leur domicile, rien chez Hébert , malheureusement chez Catherine il fut trouvé des tracts identiques à ceux qui avaient été distribués. Au domicile des Hébert, Madame Hébert (actuellement remariée à M. DEVILLERS, receveur des PTT à Villebaudon- Manche) fut insultée et maltraitée pour lui faire avouer que M. LE VEILLÉ appartenait au-même groupement que son mari. Mme HÉBERT et son mari nièrent énergiquement. HÉBERT et CATHERINE furent jugés à Caen, condamnés à mort sans avoir jamais avoué malgré toutes les souffrances physiques et morales que les Allemands leur firent subir, la provenance des tracts et le nom des camarades qui travaillaient avec eux.      

Le Maréchal PÉTAIN leur ayant refusé sa grâce (dernière chance que les Allemands leur avaient accordée, étant les deux premiers condamnés à mort du Calvados), ils furent fusillés à la caserne du 43è d'Artillerie à CAEN. HÉBERT chanta la Marseillaise au moment de l'exécution (HÉBERT 3 enfants, CATHERINE 6 enfants).

Monsieur GASSER, chef de la délégation de Blainville sur Orne, après la dissolution du Conseil municipal, avait en sa qualité de magistrat de la commune contribué à leur malheur. Il passa en jugement après la Libération à Angers avec GUERNET et furent acquittés tous les deux.

Au cours de mon travail à l'Administration des PTT, je fis la connaissance du facteur-receveur de Beuville, LEUDIÈRE, de famille lorraine, n'aimant pas les Allemands, il n'attendait qu'une filière pour entrer à la Résistance. Ancien sergent-radio il se levait la nuit pour écouter les cours de lecture au son faits par la radio de Londres afin de se mettre dans le bain. Nommé facteur-receveur à Mathieu, il forma un groupe avec des gens du pays et l'instituteur Emile DESMEULES (41 ans en 1940; Profession : instituteur - Organisation : Arc en Ciel - Domicile : Mathieu)(actuellement directeur d'école à Caen) .

Léa VION me mit en rapport avec LEGRANDOIS (Lucien Legrandois, 38 ans en 1940; Profession : Employé aux PTT - Organisation : Action PTT - Domicile : Bénouville), facteur-receveur à Bénouville, ancien radio de la Marine, l'équipe radio du Calvados, devenait complète.DUCHEZ et KASKOREF  me firent rencontrer  Roger LE MEN, qui était à Lisieux, et M. Jacques BERJOT, un ancien lieutenant du Génie. BERJOT organisa des cours sur la façon d'utiliser les explosifs dans une ferme. Roger LE MEN, qui avait suivi les cours forma un groupe à Lisieux avec son frère, son père et des gens de la région. Sa mère, directrice d'école à Lisieux, rendit de grands services à la Résistance. La ferme était située à côté de l'abbaye d'Andaine. (certainement faute de frappe abbaye d'Ardenne)

Dans la nuit du 5 au 6 juin, Roger LE MEN  avec son groupe, procéda à la destruction des lignes téléphoniques allemandes, des coupures sur voies ferrées, ainsi qu'â la destruction d'un pont dans le secteur de Lisieux. Pendant la bataille de Normandie, il provoqua par pose de mines sur les routes, la destruction de blindés allemands. Le réseau PTT avait déjà beaucoup de membres n'appartenant pas à l'administration des PTT.  

D'autres agents des PTT qui appartenaient au groupe Keller se joignirent à nous. M. Léon BOURDON, contrôleur principal au central téléphonique de CAEN (44 ans en 1940, contrôleur principal des installations électromécaniques aux PTT, organisations: Jade-Fitzroy, Action PTT, domicilé à Caen) , qui au débarquement isola les liaisons allemandes, empêcha l'évacuation du bureau de Caen par les Allemands avec M. HOUSSARD (Femand Houssard, contrôleur technique des P. T. T., 35, rue Halbot), chef de centre, et ces derniers de saboter le central téléphonique, LE BOSQUAIN, chef de la station des lignes souterraines à grandes distances à Caen, Augustin LEMARESQUIER (32 ans en 1940 ; profession: contrôleur PTT; Organisation: réseau Delbo-Phénix ; Domicile: Tourlaville), station d'Avranches, Clément SEGER (Clément Seger: 39 ans en 1940 ; profession: chef de centre; Organisation: Action PTT ; Domicile: Saint-Lô), chef de station à Saint-Lô, pour les liaisons télégraphiques, le réseau fonctionne avec Emile PLANCHAIS comme responsable de la région, il s'était assuré le concours de deux camarades, un de Rouen et un d'Evreux, SANSOM (Jean Sanson: 30 ans en 1940 ; profession: employé PTT; Organisation: Action PTT ; Domicile: Villebaudon) pour Saint-Lô, et BONNEFON (Marcel Bonnefon: 29 ans en 1940 ; profession: contrôleur des PTT ; Organisation: Action PTT ; Domicile: Alençon.) à Alençon,

Le service des Mesures, Melle TESNIÈRES, Mme DESMONS et Mme RENAULT pour Caen, BOBO pour Saint-Lô, BONNEFON pour Alençon.

La région était constituée normalement, NIARD pour le Calvados, CHASSEGUET pour l'Orné, RICHER pour la Manche, YVON pour la Seine-Inférieure, HAMEREL pour l'Eure.

Fin 1942, Maurice HORVAIS vint à Caen avec un Chef de la Résistance "Moreau" Colonel Girard , mettre au point notre système Télécommunications. La réunion eu lieu rue Richard Lenoir, Avec NIARD, MARIE et DESVIGNES de Bénouville nous avions établi la carte des liaisons allemandes et françaises utilisées par les occupants, les centraux et stations pour le Calvados. MOREAU et HORVAIS me donnèrent des consignes afin de prévoir l'isolement des lignes sans trop de dégâts et les rétablir assez vite pour les Alliés.

HORVAIS me donna une nouvelle façon de le toucher à Paris. Sa femme étant téléphoniste à Saint-Lô, je pouvais par la table des mesures l'avoir en direct à Saint-Lô. Mme Raymonde HORVAIS me servait d'agent de liaisons pour obtenir Maurice , RICHER ou BOBO .

Les Allemands commençaient à sentir l'action menée par les Résistants. L'Adjudant de la F.N.K. 25 de CAEN se suicida laissant à son chef une lettre dans laquelle il écrivait: "Je ne peux arriver à faire mon travail avec les Français, je préfère me suicider".         

Mon fils Jacques est né le 1er novembre 1942, chez Léa à Bénouville sous une pluie d'éclats de D.C.A (Défense contre les avions). Les Anglais étaient de la fête et la D.C.A. allemande ne chômait pas. La relève des dérangements qui était effectuée au ralenti, ainsi que toutes les constructions de lignes, les installations de postes et de centraux; dans tous les centraux de la région, les responsables des magasins PTT cachaient au maximum les appareils et le matériel nécessaire aux constructions « câble, fil de cuivre, etc ... »

La F.N.K. 25 décide que dans une semaine, les agents des Installations de Caen devraient récupérer 400 appareils téléphoniques pour être expédiés en Russie.

Avant la prise du travail, avec NIARD, nous fîmes comprendre à nos camarades qu'il fallait saboter la récupération d'appareils, en prétextant que les abonnés étaient absents et ceux qui refusaient la dépose de leur appareil devraient donner une lettre indiquant que l'appareil était indispensable à la bonne marche de leurs affaires. Après huit jours de prospections, il y avait une dizaine d'appareils récupérés.

Exemple : NIARD était parti pour toute une journée sur la côte avec une voiture pour ne rien apporter le soir, qu'un rapport de deux pages justifiant sa sortie.

Les Allemands firent des menaces et M. NOLIBOIS, Inspecteur du Service Technique à Caen, nous menaça de représailles pour entrave à la bonne marche du service. Je le pris en tête à tête dans le couloir lui précisant qu'il avait intérêt à modérer son zèle pour les Allemands, sinon il aurait bientôt des comptes à rendre aux Français.

M. NOLIBOIS et les Allemands abandonnèrent la récupération des appareils.

Dans l'Orne, M. BROUSSE, Inspecteur du service technique, avec l'aide de CHASSEGUET , JAYET (Gabriel Jayet: 52 ans en 1940 ; profession: contrôleur des PTT ; Organisation: Action PTT, OCM ; Domicile: Alençon.), MERCY et quelques agents des lignes, cachèrent dans des dépôts clandestins tout le matériel dont les Allemands avaient besoin; De même dans la Manche, M. CROUZEAU (René Crouzeau: 41 ans en 1940 ; profession: inspecteur des PTT; Organisation: réseau Action PTT ; Domicile: Saint-Lô) , Inspecteur technique, avec l'aide de RICHER , BOBO , ROBIN (Raymond Robin: 32 ans en 1940 ; profession: ouvrier, mécanicien dépanneur; Organisation: Libération-Nord, Action PTT ; Domicile: Saint-Lô), etc… cachèrent tous les matériels qu'ils purent. M. CROUZEAU fut arrêté pendant quelques jours par les Allemands. (tué par les Allemands à Beaucoudray le 15 juin 1944 )

DUCHEZ m'avait donné ordre de faire le maximum afin que j'obtienne de mon service de travailler spécialement pour les Allemands. Avec le service des Mesures j'obtins les combinaisons de circuits, les guérites ainsi que quelques centraux allemands à entretenir. Nous ne pouvions aller aux guérites qu'en compagnie d'un soldat allemand qui avait la clef. Je réussis à prendre l'empreinte des clefs, à en faire faire une par guérite, et je les déposais chez DUCHEZ. Il vint un soir avec moi faire la visite des guérites. Je lui fis un petit cours sur la façon d'isoler les circuits, au cas où le jour « J » NIARD et moi-même ne serions pas en mesure de le faire. NIARD mit le lieutenant BERJOT au courant: de cette façon nous étions certains que le travail serait fait.       

1943 - Organisation des premiers parachutages avec RIQUET (S/Lieutenant Emmanuel ROBlNEAU ) et l’équipe DELAHAYE , toujours avec l’ambulance de la Maternité.

Là aussi ma femme fut d'une grande utilité. Il fallait écouter les messages à 13h 15, 19h 15 et 21 h. « Les petits ruisseaux font les grandes rivières - Les doryphores sont dans les pommes de terre - L'âne a mangé la marguerite - Les deux peintres attendent le troisième ». Les containers étaient répartis par les soins de DUCHEZ , dans les dépôts qu'il avait constitués. Léonard GILLE était le grand spécialiste des aviateurs anglais et américains. Léa VION eut l'occasion d'en héberger plusieurs dans sa Maternité, en attendant que Léa puisse les envoyer jusqu'à la filière leur permettant le retour en Angleterre. Ils parlaient tous deux correctement l'anglais.

Au début de 1943, un avion anglais de reconnaissance est abattu par la D.C.A. à côté de Villons-les-Buissons, pas très loin de chez M. (Roger) SAVARD. Aussitôt le dispositif d'alerte de Léo et René fonctionne. L'ambulance arrive et récupère les deux aviateurs survivants qui ne parlent pas français, ni anglais, et pour cause ce sont des Polonais.

A la Maternité Léa fait venir un pasteur protestant de CAEN qui parle polonais (il pourrait s'agir de l'abbé Ludwig MAKULEC ) afin de leur expliquer qu'il faut attendre plusieurs jours avant d'avoir la liaison pour repartir en Angleterre. Au jour convenu, l'ambulance part pour la gare de Caen avec les deux Polonais déguisés en civil, ils étaient tellement grands avec leur costume trop court, qu'ils étaient plutôt bizarres, Au rond-point du Boulevard des Alliés, les Feldgendarmes fouillaient les voitures. Ils cherchaient toujours les deux aviateurs manquants. Ils arrêtent l'ambulance, DUCHEZ descend, un des Allemands lui demande ce qu'il transporte. DUCHEZ répond en allemand: "Deux fous que nous amenons à l'asile". Le Feldgendarme demande à DUCHEZ sa qualité :"je suis gardien" répond-il. Il ajoute "avant j'étais fou, maintenant je suis guéri". Le Feldgendarrne ouvre la porte de l'ambulance, et voyant les deux malheureux polonais ahuris et comiques, il referme la porte en disant à: DUCHEZ : "Raus schnell,  partez et faites vite". Le chauffeur tellement ému n'arrivait pas à faire démarrer la voiture correctement. Tout le monde avait eu chaud, y compris les deux polonais.

Par Léa je sus que leur message était passé et qu'ils étaient bien rentrés en Angleterre.

Un lundi matin descendant du bureau avec NIARD, dans la cour de la Poste, deux civils allemands viennent à notre rencontre.

Source. La Poste, place Gambetta

Je dis à NIARD, "C'est la Gestapo, ouvre l'œil" . Physiquement nous les reconnaissions très vite, de plus, lorsqu'ils étaient mariés ils portaient l'alliance à la main droite (détail ! ). "Messieurs, nous voulons voir Mme BOULANGER, connaissez-vous cette dame"? NIARD, sans s'émouvoir: « Mme BOULANGER travaille à la Direction, prenez l'escalier de gauche, c'est au deuxième étage ». Immédiatement nous montons à notre bureau. NIARD appelle la surveillante et demande Mme BOULANGER de toute urgence. Il lui conseille de prendre le large aussi vite que possible, la Gestapo est dans la maison et vient certainement pour l'arrêter. Il était temps. Quelques minutes après son départ, les deux agents descendent au central téléphonique où la surveillante leur répond: Mme BOULANGER tient de partir, elle a été appelée de toute urgence chez elle. Grâce au sang-froid de NIARD, Mme BOULANGER leur avait échappé.

Léa VION est vraiment d'un grand secours pour la Résistance, son établissement devient une pépinière de clandestins : aviateurs et jeunes réfractaires. Elle a déjà quatre jeunes gens, je lui en envoie deux nouveaux: le fils de Gaston BARATTE (Paul) et le fils de LE NEVEZ , mécanicien à Cesny-Bois-Halbout, dont j'ai fait la connaissance au cours de mes déplacements PTT dans la région de Thury-Harcourt, et qui me rendit de grands services par la suite avec le capitaine Jean (Jean RENAUD-DANDICOLLE) .

Léa donne des attributions à ses gars ; un aide-comptable, un mécanicien, un ancien marin. Celui-ci fait l'instruction sur les armes à ses camarades. Pour rétablir l'ordre entre mes gars et les filles de Léa (berceuses, étudiantes en pharmacie, infirmières, employées de bureau), de temps en temps je viens faire un petit tour à Bénouville. Je fais part des dernières nouvelles car tout le monde attend le débarquement avec hâte. Ils aimaient tous Léa et l’appelaient : Mémé; malgré quelques misères à cause de ses filles. Léa était une vraie mère poule pour eux, Le soir, elle leur donnait des cours d'anglais, de français et de mathématiques pour occuper leurs loisirs.

Au débarquement, un de ces petits gars fut tué à la Maternité. Les autres s'engagèrent tous à la 1ère Armée.

Après la Libération le fils LE NEVEZ se maria avec la secrétaire de Léa , le chauffeur clandestin Albert LEBOURGEOIS avec la fille de M. DESVIGNES qui était économe à la Maternité, Le soir ils effectuaient des rondes dans la propriété, Léa possédait un vrai corps de garde.

En juillet 1943, j'eus la visite de Louis LETASSEY (50 ans en 1940; Profession : Employé aux PTT - Organisation : Action PTT - Domicilié à Caen), contrôleur principal des Ambulants (Le Père Louis pour les Résistants) qui m'était envoyé par DEBO (Edmond DEBEAUMARCHÉ ) rédacteur aux ambulants à Paris, qui organisa avec Ernest PRUVOST le courrier clandestin pour toute la France avec le concours des ambulants. Le Père Louis, devint le responsable de la région pour le transport du courrier de tous les réseaux de Normandie, des postes émetteurs, des armes, des sacs postaux et des agents clandestins. Le service courrier clandestin était coiffé au national par DEBO .

L'état-major PTT était complet: PRUVOST , Chef national, HORVAIS , adjoint responsable de l'organisation et de l'action, DEBEAUMARCHÉ , adjoint responsable du courrier et des transports, Simone MICHEL-LEVY , adjoint responsable de la radio.  

Deux fois par semaine, le Père Louis avait son P. C. au café Paul (le Café des Touristes, "chez Paul" 73 boulevard des Alliés, au niveau de la place Saint-Pierre) à CAEN où les responsables de réseaux venaient apporter et prendre le courrier.  Avec son petit air inoffensif, le père Louis passait inaperçu, personne ne se serait douté que le petit père tranquille était le responsable du courrier clandestin pour tous les réseaux de la région.

Au cours d'une de ses missions, il vint me prévenir un matin au central qu'il tenait à ma disposition dans sa réserve, trois sacs venant de Paris. Je pris rendez-vous pour 10 heures au bureau-gare .

Avec LAUNAY et la 201 nous arrivons au bureau-gare, le père Louis me dit: "allons prendre une petite boisson rafraîchissante ", je lui fis remarquer qu'il serait plus prudent de déménager les sacs dans le plus bref délai. Le père Louis me répondit: "il ne faut pas se précipiter, nous risquerions de nous faire remarquer." Je lui demande où sont les sacs: ils sont là me dit-il tout en désignant un tas de sacs postaux, personne ne fera attention. Après avoir bu notre boisson, le père Louis me donna les 3 sacs, et sans perdre de temps nous partîmes avec la 201 PTT - je n'étais pas comme le Père Louis, et il me tardait de 1ivrer mes colis.

Il fut pour moi un bon conseiller, parfois, avant de prendre une décision, je lui demandais conseil. Il me disait souvent : « Henri, allons dormir, demain matin nous serons plus calmes pour mettre notre plan au point ». Il avait raison.

Je profitais du service de transport clandestin pour me rendre en mission à Paris à l'État-Major P.T.T. (où je fis la connaissance de BEAUMARCHÉ et REY (mort en déportation). DEBO me présenta au Colonel (Paul) LABAT des Transmissions (mort en déportation). Le soir, ma mission terminée, je rentre vers Caen avec le Père Louis dans son wagon usine.

A l'arrestation de Simone , le père Louis me dit: » il serait peut-être prudent de te mettre à l'abri quelque temps" ». C'était inutile, j'avais confiance et j'avais raison, Simone fut martyrisée sans donner: le nom de ses camarades.

Un soir vers 23h ou 23h 30 trois coups sont frappés à ma porte. Aussitôt ma femme me réveille, les trois coups sont répétés plusieurs fois. Je descends avec une lampe et un nerf de bœuf. J'entrouvre la porte et trouve Léo (Léonard GILLE ) qui me fait remarquer que j'ai une manière désagréable de recevoir les amis.

Léo me met au courant de sa mission: il faut former au plus vite le Comité Départemental de Libération. Il se composera du futur préfet désigné par le Général de GAULLE : M. DAURE , recteur d'Académie à Caen, Léo , représentant du parti radical (président du Comité), un représentant du parti socialiste, un du parti communiste, un des jeunesses paysannes (M. TRIBOULET , ancien ministre), René DUCHEZ , Melle "Janine" Boitard (Mme Léonard Gille). Il me propose d'être le représentant de la C.G.T.. Je me mets d'accord avec Gaston BARATTE qui était en liaison avec la C.G.T. clandestine à Paris par (Emmanuel) FLEURY et GOURDEAUX (Henri Gourdeaux), tous deux de la fédération postale. J'accepte à condition de connaître le nom des responsables de façon à ne pas me dévoiler à des personnes en qui je n'aurais pas confiance.

La première réunion eut lieu chez Melle Janine BOITARD , au cours de laquelle je fis la connaissance de M. DAURE et M. TRIBOULET . Un peu plus tard étant prévenu de me rendre à VIRE pour une nouvelle réunion chez le pharmacien, je décidais de demander un bon de transport à M. HOUSSARD, chef de centre, me permettant ainsi de voyager par le car Vire-Caen.

Je frappais au bureau de M. HOUSSA.RD, le soir vers 18h30. Je rentre et ferme la porte à clé en lui demandant de rester calme, car j'ai des choses urgentes à lui communiquer. Il me fait remarquer que ce n'est pas très correct de s'introduire de la sorte dans 1e bureau du Chef de Centre. "Monsieur HOUSSARD, je suis le responsable de la Résistance pour les PTT et j'ai besoin de vos services, notre entretien, dans votre intérêt, si vous refusez doit rester secret. J'ai besoin d'un ordre de service pour me rendre en mission demain matin à Vire". Il réfléchit à la manière de pouvoir me donner satisfaction. Après s'être mis d'accord avec M. BOURDON, contrôleur principal au Central, il fut décidé que j'irais convoyer un télétype au bureau de Vire.

Donc j'avais satisfaction et M. HOUSSARD, chef de centre, se mettait à ma disposition pour la Résistance. J'en profitais pour lui demander qu'à l'avenir il désignerait autant que possible les agents du réseau pour travailler sur les installations réservées aux Allemands. Ce qui me permit par la suite de posséder tous les renseignements dont j'avais besoin pour les missions de la Résistance.

Afin d'éviter que le Comité Départemental de Libération soit détecté au cours de ses réunions, nous déplacions le lieu de rendez-vous pour chaque réunion. M. François COJAN, carrier et transporteur à Mouen (10 km de Caen), un breton qui n'avait pas digéré l'occupation allemande, mit à ma disposition son appartement ainsi que son fils (18 ans) au cas où il serait absent pour les transports dont la Résistance aurait besoin.

Le réseau devenait prospère avec des moyens puissants à sa disposition.

Fin 1943 BELHACHE (Pierre HARIVEL )  venait d'apporter à Odette , chef des S.R. les plans de la défense de Jersey. La Gestapo fait irruption pour arrêter René . Ils demandent à Odette : Votre mari est-il là ? Elle répond négativement, et, montrant son mari et Harivel elle dit: ces deux messieurs l'attendent depuis un bon moment. La Gestapo les met à la porte. La fouille commence, et Odette est arrêtée et déportée à Ravensbrück, malgré toutes ses souffrances morales et physiques endurées à Caen et à Alençon, elle n'a jamais donné le nom des camarades qui travaillaient avec elle et René . (Mme Odette Duchez a été arrêtée à Alençon (Orne) le 4  novembre 1943)

René resta caché dans la région à 15 km environ de Caen: jusqu'au débarquement où il rejoint le P.C. de la résistance rue Saint-Ouen (chez M. Esnould transporteur selon Jacques Vico ) et pendant toute la bataille du Calvados est l'adjoint du Commandant Gille (Léo) qui dirige les F.F.I. du Calvados.

 

Localisation du PC de la résistance à Caen

Quelques heures plus tard, je sonne à la porte de René , j'apportais des documents. Si les Allemands avaient été plus malins en mettant quelqu'un de garde chez DUCHEZ, la Gestapo aurait fait une bonne journée. Personne ne répond. Je commence à m'inquiéter et vais au Café de la Préfecture (4, place Gambetta) demander si, on avait vu M. DUCHEZ. La patronne me met au courant de l'arrestation d'Odette , je pars aussitôt donner l'alerte. Certains étaient déjà prévenus par Arsène (le seul Arsène mentionné est Arsène GERVAIS de Blainville sur Orne).

Mon beau-frère, Lucien BONNET, que j'avais contacté depuis le début, ancien sous-officier de carrière, facteur à Échauffour dans l'Orne, fit avec son groupe dans la région de L'Aigle un bon travail: parachutages avec les gendarmes du secteur qui assuraient la sécurité du terrain, sabotages des pylônes à haute tension de Rai-Aube, et au débarquement l'isolement des communications allemandes, barrages des routes, etc…

Source, centrale électrique de Rai-Aube sur la Risle près de L'Aigle.

A mon domicile, je reçois la visite d'un jeune homme qui se présente: Sous-lieutenant JANIN des Transmissions, je viens de la part de M. PRUVOST de Paris, me mettre à votre disposition pour la radio. Je lui réponds que je ne comprends rien à son histoire, ne connaissant pas M. PRUVOST. Il insiste; me faisant remarquer qu'il vient spécialement de Paris, n'ayant pas de temps à perdre. Je le mets délicatement à la porte. Deux jours plus tard mon client revient, cette fois il a le mot de passe. Je le reçois et nous nous mettons d'accord.

A un de ses voyages à Caen, Maurice HORVAIS me donne une circulaire de l’État-Major P.T.T. sur la façon de procéder pour isoler les communications allemandes:

1° - Après avoir coupé les câbles en plusieurs endroits sur le même parcours, les isoler à leurs extrémités pour gêner la recherche des dérangements par les tables de mesures.

2° - Pour les circuits aériens, faire sauter les poteaux dans les courbes provoquant ainsi le mélange de toute la nappe (avec ceinture ou les scier à la base).

3° Eviter la destruction totale afin de pouvoir rétablir les communications pour les Alliés, le plus vite possible.

Circulaire à diffuser à tous les responsables départementaux.

Je vais aussitôt avec ma fille Nicole, chez CHASSEGUET à Alençon, ainsi que chez RICHER à Saint-Lô, remplir ma mission, Maurice HORVAIS ayant fait le nécessaire dans les départements de l'Eure et de la Seine-Inférieure.

Le Père Louis (Letassey) me présenta à M. Maxime RÉMOND, receveur principal à Caen (tué au débarquement ) qui nous aida beaucoup dans notre travail et nous permit de camoufler des jeunes réfractaires en les embauchant comme facteurs auxiliaires.

M. HOUSSARD m'appelle à son bureau, me signale que MM. FOUQUE et MADELAINE ont été arrêtés sachant qu'ils distribuaient tous les deux le "Populaire" clandestin.

Gustave Madelaine, 51 ans en 1940 Profession : Employé  aux PTT - Domicile : Caen. Il appartient au mouvement de Résistance Libération-Nord, dirigé par Maurice Fouque, dont il est l'un des adjoints. Il est arrêté par la Gestapo quelques semaines après son chef, le 14 janvier 1944. Il est déporté le 22 mars 1944 au camp de Mauthausen. Affecté au Kommando de Gusen, il décède le 25 novembre 1944.

 Je lui demande s'il a fouillé leur bureau dans le cas où il y aurait des papiers compromettants. Sur sa réponse négative, je vais immédiatement aux Mesures et passe une visite minutieuse de tous les papiers de M. FOUQUE , pendant que les dames des Mesures montent la garde.

Dans la région de Caen les sabotages se succèdent, les Allemands deviennent nerveux, les arrestations se multiplient. RIQUET (pseodo d'Emmanuel ROBINEAU ) à son tour fut arrêté, (Suite à la mission de surveillance que j'avais reçue avec Leudière (facteur à Beuville) du sinistre chef de la Gestapo à Caen, tué en plein jour rue du Gaillon) Il doit s'agir de Lucien Brière, gestapiste caennais tué rue des Fossés du Château le 3 mai 1944.

Les travaux des Allemands sont exécutés au ralenti. Paul MARIE le responsable de la radio qui a l'entretien des centraux automatiques ruraux collectionne les procès-verbaux (532) formule administrative distribuée par M, NOLIBOIS, inspecteur des Services techniques, pour ralentissement et mauvaise volonté à la relève des dérangements de son secteur, où à 80% les centraux étaient occupés par les Allemands.

Maurice HORVAIS , en mission à Caen, me met au courant du plan Potard (pseudo de Ernest PRUVOST ) et Violet, qui fut le plan de sabotage adopté par les Anglais au débarquement. Pendant son voyage, il devait rencontrer un officier de marine allemand qui désertait pour se mettre au service de la Résistance. Il devait le voir à l'Hôtel Continental (27, bd des Alliés) de Caen, je lui fis remarquer que ce n'était pas prudent, mais avec son calme habituel, il me demanda de le conduire à l'hôtel, où il rentra seul. J'alertais aussitôt notre service de sécurité et je revins monter la garde sur ma bicyclette à proximité du Continental pour intervenir en cas de besoin, ou au cas où Maurice aurait été attiré dans un guet-apens.

Depuis 1943 les F.T.P. voulaient constituer un maquis dans la région de Montchamp. J'étais en rapport avec eux par l'intermédiaire de Gaston BARATTE et Marcel DELAHAYE , les réunions avaient lieu chez Mme DELAHAYE, mère, restaurant rue Montoir-Poissonnerie à Caen où son jeune fils Daniel fut caché dans une chambre pendant 4 mois après son départ de chez M. (Roger) SAVARD en attendant nos besoins dans un autre secteur.

Comme j'attendais les ordres de PRUVOST ou DUCHEZ pour constituer un maquis dans la région, je ne pus donner suite à leur proposition.

PRUVOST depuis quelques temps avait été obligé de quitter le Ministère des PTT assez précipitamment la Gestapo étant venue pour l'arrêter. Il était en Normandie caché sous le nom de M. LECHENE.

Il habitait chez M. FlLLATRE (Alphonse Fillatre "Clisson": 52 ans en 1940 ; profession : Patron de l'industrie, du commerce et de l'artisant ; Organisation : OCM-Centurie ; Domicile : Villebaudon.) à Villebaudon et ensuite chez M. LEBOUVIER (André Lebouvier;  profession : Patron de l'industrie, du commerce et de l'artisant ; Organisation : OCM-Centurie, Action-PTT ; Domicile : Percy) à Percy. Nous avions le privilège d'avoir avec nous le chef national du réseau.

Madame Raymonde HORVAIS assurait les liaisons entre Saint-Lô et PRUVOST ,  ce qui permettait à Maurice son adjoint, d'être en rapport avec lui sans avoir à se déplacer.

C'est là que j'eus l'occasion de fournir à PRUVOST pour prendre le maquis, et effectuer ses parachutages, l'une des meilleures équipes PTT de la région, l 'équipe Marcel RlCHER avec: ROBIN   , BOBO   , LERABLE   (Auguste Lerable: 35 ans en 1940 ; profession : Agent des PTT ; Organisation : Réseau Action PTT ; Domicile : Saint-Lô.) , Sanson , (tous fusillés à Beaucoudray le 15 juin 1944), LESÉNÉCHAL (Auguste Lesénéchal: 34 ans en 1940 ; profession : Agent des PTT ; Organisation : Réseau Action PTT ; Domicile : Saint-Lô.), BOBOEUF (Emile Boboeuf: 43 ans en 1940 ; profession : Agent des PTT ; Organisation : Réseau Action PTT ; Domicile : Saint-Lô.), RAOULT (Auguste Raoult: 43 ans en 1940 ; profession : Agent des PTT ; Organisation : Réseau Action PTT ; Domicile : Saint-Lô.), etc… des costauds qui se permettaient de porter seuls un container.

Janvier 1944 - RENAUD DANDICOLLE , Lieutenant Jean Danby, breveté parachutiste, appartenait à l'Etat-Major des Services spéciaux de LONDRES (le SOE ), promu capitaine après son parachutage en France (pour la Normandie c'était le capitaine Jean). Parachuté en France en janvier 1944 il entre en contact avec Maurice HORVAlS .

Au début de février il vient chez moi à Caen envoyé par Maurice : "Je viens vous parler de la loi de Kirchhoff". Il reste une journée à la maison, 2bis rue Guerrière; pour se distraire il aide ma fille à faire ses devoirs. Le but de sa visite: il veut que je lui constitue un groupe dans la région pour intervenir contre les Allemands au moment du débarquement. Il me prévient que le grand jour approche : il ne faut pas perdre de temps.

Le lendemain l'ambulance de la Maternité vient le chercher, pour le conduire à Bénouville chez Léa VION , où je lui fais rencontrer LE NEVEZ (André Le Nevez, 46 ans en 1940; Profession: garagiste - Organisation: Armée des Volontaires ; OCM ; Denis et Aristide) mécanicien à Cesny-Bois-Halbout, qui devient par la suite son chef de maquis (ferme Grosclaude, PC du maquis de Saint-Clair, du nom des exploitants agricoles: Georges et Eugénie Grosclaude à Pierrefitte-en-Cinglais ).

Le monument érigé en mémoire des 5 tués du maquis de Saint Clair

Il va ensuite prendre contact avec PRUVOST chez FILLATRE à Villebaudon. Il organise des parachutages, car depuis un moment déjà les Anglais ne voulaient plus en effectuer à moins de 50 km des côtes. Grâce à JEAN , début mai 1944, PRUVOST avec le groupe RICHER réceptionne les armes sur la bruyère de Landelles et près de St. Clair pour le groupe de LE NEVEZ. Ensuite il prend le maquis avec son radio Maurice (LARCHER) , LE NEVEZ et une quarantaine d'hommes du pays et des réfractaires de la région. Après les messages "Le champ du laboureur dans le matin brumeux" - "On n'a rien perdu quand on a gardé l'espoir" du 5 juin 1944 avec LE NEVEZ et son groupe il entre en action contre les Allemands. Il fournit des armes à Léo (Léonard GILLE ) commandant FFI pendant la bataille du Calvados pour la compagnie Scamaroni.

Un de mes bons amis de travail Pierre CORNILLET ((29 ans en 1940; Profession : Employé aux PTT - Organisation : Action PTT - Domicilié à Caen) qui était agent des Installations en 1939 au Central de Caen vient de rentrer d'Allemagne, comme prisonnier libéré. Il se met à ma disposition, parlant parfaitement l'allemand il est d'une grande utilité pour le groupe PTT. Pendant la bataille du Calvados il sera mon adjoint.

Avril 1944 - Pour ma sécurité, celle de ma femme et celle de ma fille - les arrestations devenant de plus en plus fréquentes - et sur la recommandation de plusieurs camarades, je décide d'abandonner le 2bis rue Guerrière et vais me réfugier à Vieux - 12 km de CAEN - chez M. LENOBLE qui met deux pièces à ma disposition sous le nom de M. DUVAL. Il était temps: quelques jours avant le débarquement les Allemands viennent pour me chercher, mais la maison est vide.

Localisation de Vieux à 12 km au Sud de Caen

Pendant l'occupation nous étions prévenus par Roger LEBLOND (25 ans en 1940; secrétaire de police; organisation: OCM; domicilié à Caen), Inspecteur de la Sûreté à Caen, lorsque la police française avait ordre avec la Gestapo d'arrêter les Français. C'est pourquoi j'avais pris le large avant que les Al1emands ne viennent.

Roger LEBLOND avait été recruté par René DUCHEZ . Il évita sûrement à beaucoup de camarades de la Résistance de la région de Caen d'être déportés en Allemagne.

Avec Achille NIARD, Paul MARIE et Pierre CORNILLET nous avions fabriqué, pour nos responsables, des postes à galène dans des ébénisteries de sonneries de téléphone. Ceux-ci avaient plusieurs avantages : 1°/ peu encombrants, et 2°/ nous pouvions entendre les messages très nettement sans brouillage.

Avec Pierre CORNlLLET, qui habitait Vieux, nous avions formé notre maquis et établi le quartier général chez le maire, M. LENOBLE, qui n'a jamais été au courant. Il connut notre activité seulement au débarquement; M. DAURE , préfet du Calvados, à la Libération vint m'y rendre visite plusieurs fois pendant la bataille de Caen, Nous avons participé avec M. LENOBLE au ravitaillement des réfugiés ainsi qu'au secours aux blessés, après le bombardement de Vieux, M. LENOBLE étant seul avec son commis de 16 ans, à avoir le courage de sortir pour soigner les blessés.

Georges GUÉROULT (45 ans en 1940; Profession : Employé aux PTT - Organisation : Action PTT ; F2 - Domicilié à Caen), agent des lignes à Caen, secrétaire des conducteurs de travaux, travaillait pendant la clandestinité pour le compte de l’Intelligence Service. Au débarquement avec plusieurs camarades du service des lignes de la région, il se joignit à nous et participa aux sabotages des télécommunications.

5 juin 1944 - Après les messages; « Les dés sont sur le tapis, il fait chaud à Suez… » les équipes de sabotages entrèrent en action.

Pour le Calvados, avec Pierre CORNILLET, Marcel DELAHAYE et Albert LAUNAY nous nous sommes occupés du câble spécial allemand reliant tous les blockhaus de la défense de la côte, qui partait du Central de Bernay et celui du château de Basly où se trouvait l'E.M. de la côte.

Achille NIARD, Gaston BARATTE, Léon BOURDON, CAMPS (prénom inconnu, âge inconnu, contrôleur principal aux PTT, organisation: Action PTT, domicilé à Bayeux), Roger LE MEN, Georges GUÉROULT, le Capitaine JEAN et leurs équipes effectuèrent le sabotage des communications le 6 au soir, toutes les liaisons étaient isolées dans le Calvados.

Ernest PRUVOST , Marcel RICHER , Étienne BOBO , Clément SEGER, Augustin LEMARESQUIER et leurs équipes firent la même besogne dans la Manche,

 

Fernand CHASSEGUET , Louis MERCY, LEMASSON (il y a 3 Lemasson, résistants dans l'Orne), Georges GOUALARD ((31 ans en 1940 Profession : Agent PTT - Organisation : OCM - Domicile : Flers), TRAVERS (pas trouvé !), Georges  SCHAEFFER (38 ans en 1940 ; profession :  monteur PTT ; Organisation : Réseau Action PTT, OCM ; Domicile : Domfront.), Lucien BONNOT (28 ans en 1940 ; Organisation : Réseau Action PTT, OCM.) dans l'Orne.

YVON, PETIT (père et fils), VARET, dans la Seine-Inférieure.

HAMREL et NOVINCE dans l'Eure. D'où interruption de toutes les communications en Normandie le 8 juin 1944.

Dans l'Orne les agents P.T.T. prirent le maquis dans la région de La Ferrière-Bochard au lieu-dit "Le Plesais" avec Louis MEROY. Ils continuèrent l'action contre les arrières de l'ennemi jusqu'à la Libération de leur département. Il en fut de même pour Georges GOUALARD (frère de Robert GOUALARD fusillé à Laval, non à Fontevraud-l'Abbaye) qui prit le maquis dans son secteur à Flers.

Dans la Manche les agents PTT de Saint-Lô, avec Marcel RICHER et René CROUZEAU rejoignirent le maquis à Beaucoudray où était Ernest PRUVOST , chef national du réseau, avec des gens de la région: Mme Berthe LEBLOND, institutrice (née Lhardy: 33 ans en 1940 ; profession :  institutrice ; Organisation : Ceux de la Libération, Réseau Action PTT, OCM ; Domicile : Tourlaville.), M. Raymonf ABDON , instituteur (23 ans en 1940 ; profession :  instituteur ; Organisation : Action PTT, OCM ; Domicile : Villebaudon.), M. Aphonse FILLATRE, etc… Ils entretinrent les coupures des liaisons téléphoniques et passèrent à l'action contre les Allemands jusqu'au 14 juin où après l'attaque du maquis par les S.S. 11 maquisards furent faits prisonniers et fusillés le 15 juin au petit jour. René CROUZEAU  , Raymond ROBIN   , Étienne BOBO   , Auguste LERAB LE   , Jean SAMSON , Jean LECOUTURIER   , Ernest HAMEL , André PATIN , Francis MARTIN ,  Jacques ALBERTINI , et Auguste GUY qui était blessé. Les rescapés: Ernest PRUVOST , Marcel RICHER , Auguste LESÉNÉCHAL, Auguste RAOULT, Maurice DESCHAMPS (profession :  employé PTT ; Organisation : Action PTT ; Domicile : Saint-Lô.), etc ... se cachèrent dans la région pour continuer l'action jusqu'à la libération de la Manche.

Source. Monument en hommage aux 15 fusillés du 15 juin 1944.

Dans la Seine-Inférieure, PETIT, père et fils organisèrent des maquis dans leur secteur.

Dans le Calvados, Achille NIARD continua l'action dans la région de Villers-Bocage et rentra à Caen après la libération de son secteur.

Pierre CORNILLET, DELAHAIS (non trouvé) et moi-même entrâmes à la Compagnie Scamaroni sous les ordres du Commandant GILLE et du Capitaine DUCHEZ , où je servis comme lieutenant jusqu'à la fermeture de la boucle de Falaise.

Marcel DELAHAIS, avec son groupe, et JARRIGE (non trouvé), un sergent-chef de parachutistes, parachuté dans la nuit du 5 au 6 juin et qui avait des ordres pour faire la liaison avec les Résistants, firent du bon travail dans le secteur de Benouville et Blainville sur Orne.

Avec Pierre CORNILLET nous restâmes à Vieux et continuâmes notre action jusqu'au 20 juin 1944 où je reçus l'ordre du Commandant GILLE , qui était au P.C. de Caen, avec René DUCHEZ , Alex LETELLIER, Léon DUMIS , Roger LEBLOND, André SAUVAGE (28 ans en 1940, professseur de gymnastique au collège de Vire, groupe OCM )), Melle Janine BOITARD (mariée depuis avec Léonard GILLE ), rue Saint-Ouen au presbytère (de l'église Saint-Ouen), de me rendre dans la région de Condé sur Noireau pour regrouper les forces de la région de Condé et rétablir les liaisons avec M. DAURE   et Léonard GILLE .

Ayant un agent à Saint-Pierre-la-Vieille (43 km au Sud-ouest de Caen), JacquesCHARLES, qui avait formé un groupe, nous installâmes notre maquis au "Tronquet" une ferme de Saint-Pierre où je travaillais avec des gens du pays.

Carte IGN

LEMASURIER (non trouvé!), Roland RIVIERE (31 ans en 1940; Profession : Employé aux PTT - Organisation : Action PTT - Domicile : Lisieux), etc… ainsi que Pierre TESTARD (26 ans en 1940, cheminot, organisation Arc en Ciel, domicilié à Caen), LENOEL, Mme LENOEL, qui étant notre infirmière fut blessée pendant la bataille et eut les deux jambes coupées, m'avaient été envoyés par Léonard GILLE et de mon côté j'avais récupéré Daniel BAGNI , le plus jeune de l'équipe.

Après avoir rétabli les liaisons avec Camille VOIVENEL (cultivateur, groupe OCM)) de Vassy actuellement dans la région de Vire et Condé (certainement Condé sur Noireau à 26 km à l'Est de Vire), M. Fernand MASSUE (pseudo "Fontaine", 63 ans en 1940, sans profession, responsaable de l'OCM pour l'arrondissement de Vire) du Theil (certainement Le Theil-Bocage à 16 km à l'Est de Vire) et le P.C. de Caen, j'organise la lutte jusqu'à la fermeture de la boucle de Falaise.

Localisation de: Vire, Condé sur Noireau, Le Theil et Vassy

Au cours de l'une de mes missions au P.C. de Caen où j'étais accompagné de Pierre TESTARD et de François LEMOËL(34 ans en 1940, ouvrier à la cartoucherie de Mondeville, domicilié à Caen), nous eûmes bien peur. Par mesure de sécurité, le P.C. avait été déplacé et installé rue de Bretagne.

Localisation du PC de la résistanc à Caen

TESTARD et LENOEL montaient la garde à proximité pendant que je pénétrais dans le local. Je n'y trouvais personne, toutes les portes étaient ouvertes, les appartements sans-dessus dessous, et pour cause. En sortant je fis part de mes inquiétudes à mes coéquipiers. Au même instant j'aperçus Roger LEBLOND à 100 m, qui faisait des gestes désespérés pour me prévenir. Il me dit : « J'étais là pour vous prévenir, la Gestapo a fait une descente dans la maison, heureusement toute l'équipe a réussi à prendre la fuite. Le P.C. est déménagé, nous avons de la chance que les Allemands n'aient laissé personne de garde, nous l'avons échappé de justesse".

Roger LEBLOND me conduisit auprès du Commandant GILLE . Notre mission terminée nous reprîmes la route du Tronquet.

Pendant mon séjour au Tronquet il y eut un petit incident avec un responsable de la Résistance qui avait disparu de la région depuis un moment. En pleine bataille du Calvados le père Fontaine envoie un agent de liaison me porter un pli, venant de ce responsable, qui se trouvait dans la région du Mans. Je refusais catégoriquement en lui faisant savoir que mes chefs étaient à Caen et que je ne recevais d'ordres que des chefs qui dirigeaient les opérations sur place et non à 150 km du front. Le père Massue (Fontaine) était entièrement de mon avis.

Je devins docteur malgré moi un soir à 1Oh. Nous étions chez Fernand LEMAZURIER, la ferme est encerclée par des parachutistes allemands. Un officier et deux soldats arrivent sur nous, mitraillettes sous le bras. L'officier me dit: "Que faites-vous à cette heure dehors? Vous êtes des partisans, nous allons vous fusiller".

Je lui fis comprendre que j'étais docteur (j'avais un brassard de la Croix-Rouge avec le cachet de la Préfecture du Calvados) que nous avions pour mission de nous occuper du ravitaillement des réfugiés, ainsi que des blessés. Il repart avec ses hommes, dix minutes plus tard un soldat arrive en courant chercher le docteur. Il me dit que l'officier me demandait de suite, qu'il y avait une femme de blessée. Avec Jacques CHARLES  nous ramenons dans une couverture chez LEMAZURIER une fermière du secteur. Les Allemands avaient tiré sur elle et son commis car elle n'avait pas répondu à leurs sommations. Nous déshabillons la malheureuse qui est encore vivante (malheureusement pas pour longtemps) : elle avait reçu une balle dans le haut de la cuisse, l'artère fémorale était coupée, elle meurt presque immédiatement et me sauve d'une situation bien difficile, mon intervention ne pouvant pas améliorer son sort. Son commis avait reçu deux balles de mitraillette, une dans le mollet, l'autre dans le talon, nous lavons ses blessures au Calvados, (comme désinfectant) et lui faisons des pansements. Une fois notre travail terminé, l'officier me donna un soldat allemand pour me reconduire, me précisant qu'à cette heure nous n'avions plus le droit de circuler. Avec notre guide, qui ne semble pas trop rassuré, nous nous mettons en route pour le maquis. il est de plus en plus inquiet. Nous passons par de petits chemins et il me voit discuter avec CHARLES et TESTARD qui veulent le supprimer pour récupérer la mitraillette. J'ai toutes les peines du monde à leur prouver que pour un Allemand cela ne servirait qu'à faire repérer le quartier, et que nous avions du travail plus sérieux.

A 300 m du P.C. je fis comprendre à l'Allemand qu'il pouvait disposer; il ne se le fit pas répéter plusieurs fois, me fit cadeau d'un paquet de cigarettes et s'éloigna en disant: Gut-Gutnach. (Gute Nacht = Bonne nuit)

CHARLES et TESTARD ne m'ont pas encore pardonné ma mansuétude: chaque fois que nous nous rencontrons ils me reprochent de ne pas les avoir laissés tuer le soldat.

Avec mon équipe nous continuons les sabotages en suivant les Allemands jusqu'en bordure de l'Orne à côté de Putanges et je rentre au P.C. à Caen avec TESTARD le 20 août 1944. J'exécute encore quelques missions avec Léonard GILLE , René DUCHEZ , Marcel DELAHAYE , Pierre TESTARD, Alex LETELLIER, Léon DUMIS et Roger LEBLOND, et siège au C.D.L. dont Léonard GILLE est président.

A mon retour ayant rencontré Mme Gaston BARATTE je lui fais la promesse de ramener le corps de son mari à Caen (il avait été tué dans la région de Trun), Je demande l'autorisation à M. DAURE , préfet, qui me répond que les Pompes funèbres n'étant pas encore installées il fallait attendre.

Avec BOISJOLY (non trouvé !), Albert DEGUISE (41 ans en 1940, employé aux PTT, organisation: OCM et CND, domicilié à Caen), CHAMBOIS des PTT et le chauffeur du camion PTT nous partons avec un cercueil fabriqué par les camarades des PTT et nous ramenons le corps de ce brave Gaston dans le cimetière de Mondeville près de Caen. Plusieurs mois après il fut enterré dans le cimetière de Fleury sur Orne, officiellement.

Je suis ensuite désigné comme conseiller municipal de Caen, réparation à ma suspension de fonctions de 1941.

Le 1er novembre 1944, le colonel PRUVOST , chef de la T.M. (Télégraphie militaire) et de la P.M. (Poste militaire) me nomme adjoint au commandant des transmissions de la 3è région de Rouen. Le 15 juillet 1944, j'avais été nommé capitaine par le délégué militaire national, le Général Chaban-Delmas .

Le 5 février 1945, je vais à Londres en mission, désigné par M. Alexandre PARODI , Ministre du Travail, avec Léonard GILLE , nous partons en avion du Bourget et restons un mois en Angleterre où il tombe une moyenne de six V2 par jour dans le secteur londonien.

A mon retour je suis nommé capitaine à la T.M. à PARIS et pars en Allemagne sous les ordres du colonel PRUVOST jusqu'au 31 mars 1946 où je suis démobilisé à BERLIN.


 

LE VEILLÉ Henri - Responsable régional clandestin pour la Normandie. Chevalier de la Légion d'Honneur - Croix de guerre - Rosette de la Résistance - Capitaine homologué sous référence n° 82.825.

Remerciements au fils de Mme Desmons pour la photo de sa mère.

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